La cour d'assises condamne des djihadistes presque tous présumés morts

- Avec AFP

La cour d'assises condamne des djihadistes presque tous présumés morts© Jacques Demarthon Source: AFP
Cour d'Assises de Paris. (image d'illustration)

C'est un procès pour le moins surréaliste de djihadistes presque tous présumés morts au nom du «califat» islamique. Des «fantômes» condamnés le 17 janvier à des peines allant de 25 ans à la perpétuité.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné le 17 janvier à des peines de 25 ans à la perpétuité 19 accusés «fantômes», des hommes et femmes partis en 2014-2015 en Irak ou en Syrie et presque tous présumés morts au nom du «califat» islamique.

La plus lourde peine a été infligée à Mohamed Belhoucine, «figure tutélaire» dans cette affaire et considéré comme le mentor du tueur du magasin Hyper Cacher. Parmi les autres «fantômes» de ce dossier, tous les hommes ont été condamnés à 30 ans de réclusion criminelle, et quatre femmes à des peines de 25 et 28 ans. Cinq des accusés vivants, présents au procès, se sont vu infliger des peines allant jusqu'à 12 ans de réclusion. Des peines globalement inférieures à celles requises par l'avocat général, qui avait demandé 15 ans pour deux d'entre eux.

En revanche, les peines infligées aux «fantômes» sont rigoureusement identiques aux réquisitions pour tous les hommes. La cour n'a pas détaillé ses motivations. Le représentant du ministère public avait vu dans les «19 chaises vides» au procès l'illustration du «jusqu'au-boutisme» de ces jeunes français, marocain, mauritanien ou algérien, partis à 20 ou 30 ans, pour «un voyage sans retour». Parmi ces «fantômes», Quentin Roy, donné pour mort à 23 ans dans une opération suicide en Irak, le couple Faucheux, parti avec ses trois enfants, le prêcheur radical Sofiane Nairy ou les frères Belhoucine, personnages emblématiques de la galaxie djihadiste francophone, qui seront à nouveau jugés au printemps lors du procès des attentats de janvier 2015. Apprenti ingénieur, Mohamed Belhoucine est considéré comme l'auteur du serment d'allégeance à l'EI lu par Amédy Coulibaly dans la revendication de la tuerie de l'Hyper Cacher, qui a fait quatre  morts. Le 2 janvier 2015, quelques jours avant les attaques, il a rejoint la zone irako-syrienne via l'Espagne avec son frère Mehdi et Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly.

Juger les morts

Quentin Roy fait partie d'un autre groupe, celui des «copains» de Sevran, qui se connaissaient tous, et ont fréquenté ensemble la mosquée des «Radars» où ils ont forgé leurs convictions djihadistes. Le jeune converti est le seul des «fantômes» à avoir bénéficié d'une défense, donnant au procès un relief inédit. «En France en 2020, on refuse de rapatrier les vivants mais on juge les morts», a grondé à la barre l'avocat Antoine Ory, relevant à plusieurs reprises le «paradoxe» qui consiste à «juger un homme qui s'est suicidé», dans une opération kamikaze, quand le droit français commande que les poursuites s'éteignent avec la mort du mis en cause. Une incohérence balayée par l'accusation, qui avait au contraire souligné l'importance de «sanctionner l'engagement djihadiste d'individus», expliquant que la justice française ne pouvait avoir la certitude de leur mort, annoncée par des émissaires de l'EI.

Antoine Ory avait aussi, par avance, dénoncé la «peine de groupe» requise et finalement infligée à tous les hommes absents – sans distinction entre les parcours et les profils –, «au mépris du principe d'individualisation des peines», central en droit. Leur défense a décrit la puissance de la «dynamique de groupe» à Sevran, de la sandwicherie à la mosquée, renforcée par la proclamation du «califat» djihadiste en juin 2014. Mais aussi «la honte» ressentie face aux «paroles de haine» proférées il y a cinq ans, et le chemin parcouru en devenant père ou en décrochant un travail. Un message entendu par la cour concernant les deux hommes comparaissant libres, qui n'iront pas en prison : tous deux ont été condamnés à 2 ans fermes, immédiatement aménageables avec port de bracelet électronique, et trois ans de sursis avec mise à l'épreuve, notamment une obligation de suivi psychologique.

Le plus lourdement condamné est Iliès Benadour (12 ans de réclusion), qui avait reconnu avoir «coordonné» les départs de ses amis, désigné par l'avocat général comme un maillon «essentiel» de la filière en France. A ses côtés dans le box, Yacine Bouhil, qui n'a montré, selon l'accusation, «aucun désengagement de l'idéologie djihadiste», s'est vu infliger 10 ans de réclusion, et Sassim Sekour, qui a tenté en vain de gagner la Syrie, 8 ans. Leurs peines ont été assorties d'une période de sûreté des deux-tiers et ils seront inscrits au fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait).

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