«Le 1er décembre, l'Elysée aurait pu tomber» : les manifestations des Gilets jaunes vues par un CRS

«Le 1er décembre, l'Elysée aurait pu tomber» : les manifestations des Gilets jaunes vues par un CRS Source: AFP
Une manifestation de Gilets Jaunes à Nantes en mai 2019 (image d'illustration).

Un CRS révèle à France inter les difficultés rencontrées lors des manifestations de Gilets Jaunes. Entre la violence des manifestants et la passivité de ses supérieurs, l'homme affirme avoir plusieurs fois senti la mort arriver.

Le 1er décembre 2018, lors de l'acte 3 des Gilets Jaunes, Stéphane, un CRS, était en poste près de l'Avenue des Champs-Elysées. Très vite, il est surpris par la violence des manifestants. «Dès 8h30, 9h du matin, on entendait sur les radios de la police que ça commençait déjà à grenader et à partir à l'affrontement, chose qui est incroyable dans une manifestation. Là, on s'est dit : la journée va être très longue», déclare-t-il à France inter.

La journée sera longue en effet, et violente. Lors de la manifestation, l'Arc de triomphe sera orné d'un tag : «Les Gilets Jaunes triompheront». A la fin de la journée, on compte 270 interpellations et 200 blessés, dont plusieurs du côté des forces de l'ordre.

Devant le palais de l'Elysée, 3000 Gilets Jaunes font face à trois policiers

Stéphane est chargé de la protection de l'Elysée. Alors que certains Gilets Jaunes, comme Eric Drouet, ont appelé à prendre d'assaut le palais présidentiel, le CRS craint de ne pas pouvoir arrêter les manifestants qui décideraient d'en faire autant. «Quand vous avez 3 000 Gilets Jaunes qui passent devant votre barrière, vous vous dites : là, s’ils réalisent qu’on est que trois et que l’Elysée est à 100 mètres, on va peut-être téléphoner à la famille pour leur dire qu’on les aime et qu’on ne sera pas là ce soir», affirme-t-il à France inter.

«J’ai vu dans les yeux de mes collègues la crainte qu’on ne puisse pas tenir notre position. Si on avait été attaqués là où j’étais, on aurait pas pu tenir : l’Elysée tombait. À posteriori, ça fait vraiment peur», poursuit Stéphane. «Si on avait été vraiment enfoncés au niveau de l’Elysée, personne ne pouvait nous secourir». Pourtant, aucun manifestant n'attaquera le palais présidentiel.

Une semaine plus tard, Stéphane est appelé pour prêter main-forte à ses collègues sur les Champs-Elysées. «Là, ça a été la guerre. Je me suis dit : je vais sans doute y passer», se remémore-t-il à France inter. Déchaînés, les manifestants affrontent les policiers «avec tout ce qui leur tombe sur la main», affirme-t-il. Une bombe artisanale explose même à un mètre de Stéphane : «Si elle avait explosé au niveau de ma tête, je serais mort. Ça se joue à un mètre parfois, la vie ou la mort».

Aucun décès n'est heureusement à déplorer ce jour-là, mais l'on dénombre tout de même 120 blessés. De plus, le JDD révélera par la suite que, lors de cette manifestation, le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte iront se réfugier dans le bunker Jupiter, situé sous le palais de l'Elysée.

«C’est grâce à ces quelques milliers d’hommes que la République a tenu bon», affirme Stéphane

Le CRS assure ne pas vouloir «se dédouaner» sur ses supérieurs. Il leur reproche néanmoins de ne pas avoir été à la hauteur de la situation. «On pensait avoir une hiérarchie et des têtes pensantes de bon sens, professionnelles, qui prenaient les bonnes décisions, mais on s’est très vite rendu compte qu’il y avait eu de très très mauvaises décisions de prises au niveau des effectifs de terrain, et que la tactique prévue n’était pas du tout en phase avec ce qu’il se passait», affirme Stéphane.

«La qualité d'un commandement, on ne le voit pas en temps de paix : on le voit quand ça chauffe sur le terrain. Eh bien là, le 1er et le 8 décembre, ils ont été mauvais. À la préfecture de police de Paris, au ministère, ils n’ont pas pris l’ampleur de la situation», ajoute-t-il. Stéphane pointe du doigt une police «en sous-effectif, dispersée dans Paris, en manque de moyens, fatiguée». «Tout le monde crie au secours, il n'y a pas de renforts», déplore-t-il.

Stéphane proteste également contre le «manque de reconnaissance» du gouvernement après cette crise politique inédite. «C’est grâce à ces quelques milliers d’hommes que la République a tenu bon», estime-t-il. «Si les gens sont encore en poste dans les ministères, que notre Président est encore en poste, c’est grâce à eux. Et personne ne le dit».

Le policier considère néanmoins la colère des Gilets Jaunes comme légitime. «Jusqu'à fin novembre 2018, dans le fond, j'étais à moitié Gilet Jaune. Je trouvais anormal la hausse des taxes sur le gasoil, les réformes du gouvernement Macron». Stéphane ira jusqu'à manifester sur les ronds-points, et vivra une brève histoire avec une Gilet Jaune qui reste, encore aujourd'hui, une «amie fusionnelle». «Il n'y avait pas du tout de tensions, juste des revendications très fortes. Malheureusement, ça a été très mal géré politiquement. Il n'y a eu que du déni et de la fermeté», déplore Stéphane.

Nés d'un mouvement de protestation contre une taxe sur l'essence, les Gilets Jaunes fêteront leur première année d'existence le 17 novembre prochain.

Lire aussi : Le nombre de policiers et gendarmes blessés en mission en hausse en 2018

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