Petite annonce : Les Républicains cherchent place politique entre macronistes et RN

Petite annonce : Les Républicains cherchent place politique entre macronistes et RN© Sebastien SALOM-GOMIS Source: AFP
entretien
Les trois candidats à la présidence du parti LR ont affiché un sourire de circonstance à La Baule le 31 août 2019, lors d'une de leur université d'été.

Pris en étau entre les libéraux de La République en marche et les conservateurs du Rassemblement national, Les Républicains veulent se relancer pour les municipales. Mais la droite française a-t-elle encore une place pour Les Républicains ?

Les élections pour la présidence des Républicains (LR) prévues les 12 et 13 octobre sont pour beaucoup de militants un enjeu de haute importance. En effet, si le parti peut encore se targuer d'être l'un des premiers pour son maillage en termes d'élus locaux, les Républicains (ex-RPR, ex-UMP) sont en pleine déconfiture électorale depuis la présidentielle. L'historien et spécialiste de la droite française Gilles Richard est catégorique : «Ce parti n’a pas de place, car il meurt. Les Républicains ne pourront plus redevenir un grand parti car les grands partis sont ailleurs.» Ces grandes formations politiques que Gilles Richard met en avant en tant que nouvel ADN de la droite, ce sont La République en marche (LREM) et le Rassemblement national (RN). 

Pour Gilles Richard, LR a entamé sa longue descente aux enfers après la prise en main de Nicolas Sarkozy en 2004. Les Républicains se nommaient alors l'UMP : «Nicolas Sarkozy a hérité d’un parti qui était dirigé par Juppé, un parti que l'on pouvait qualifier de néolibéral. Mais par sa politique identitaire, Nicolas Sarkozy y a associé des gens de sensibilité nationaliste. C’est cette contradiction qui mine l’UMP devenu Les Républicains depuis.» Gilles Richard estime que, désormais, La République en marche «est l’aile marchante des néolibéraux», et le Rassemblement national, l'aile «nationaliste».

Le parti Les Républicains ne pourra plus redevenir un grand parti car les grands partis sont ailleurs

Les Républicains étoufferaient ainsi dans un espace inexistant. «Alain Juppé, lui, souhaitait déjà faire La République en marche en 2002 en fondant l'UMP, avec la volonté de fusionner le RPR et l’UDF dans la perspective d’y associer les strauss-kahniens», ajoute l'auteur de Histoire des droites en France : de 1815 à nos jours. Quant à la sensibilité gaullienne, le parti lui a progressivement tourné le dos depuis les années 70, réduisant les forces gaullistes du RPR au parti LR comme peau de chagrin, certains s'écartant même peu à peu de la structure, à l'instar de Marie-France Garaud à la fin des années 1970, ou de Nicolas Dupont-Aignan en 2007.

Les Républicains, à la recherche d'un leader naturel

N'est-ce pas d'ailleurs l'électeur de droite lui-même qui s'est progressivement éloigné du grand parti de droite modérée ? Parfois désenchanté par les promesses non tenues durant les mandatures, parfois déçu par la ligne confuse. La fusion de formations centristes et du RPR au sein d'une même organisation, l'UMP, en 2002 n'a ainsi rien éclairci. Si le parti parvint tout de même à accéder au pouvoir, n'est-ce pas d'abord parce que l'électeur s'est identifié à deux de ses incarnations qu'ont été Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, le premier pour son charisme populaire, le second pour son tempérament explosif et dynamique ? Leurs mandats n'ont toutefois pas permis de rassembler au-delà de la droite, chacun ayant vécu des échecs politiques cinglants. Les deux les plus démonstratifs étant 1997 pour Jacques Chirac et 2012 pour Nicolas Sarkozy. Depuis 2012, la figure du chef naturel a manqué au parti, au-delà de son problème idéologique. «Il faut d’abord un leader qui soit capable de rassembler largement, doté d'un charisme pour porter ses positions et ses valeurs», confie d'ailleurs Alexis Lorendeaux, jeune militant LR et secrétaire général de l'Union des jeunes pour le progrès (courant gaulliste au sein de la droite). «Aujourd’hui, dans l’ère du tout communicant, c’est aussi à partir d'un homme que l’on arrive à identifier un parti politique», complète-t-il.

Dans l’ère du tout communicant, c’est aussi à partir d'un homme que l’on arrive à identifier un parti politique

La présidence du conservateur Laurent Wauquiez – secondé par la libérale pro-UE Virginie Calmels entre 2017 et 2018 – a illustré l'ambiguïté programmatique du parti. D'après Alexis Lorendeaux, un leader affirmé permettra au parti LR de retrouver logiquement «une ligne qui puisse permettre de répondre sur des questions précises comme l’immigration, la sécurité, le pouvoir d'achat, etc.». «Nous devons nous imposer comme le parti naturel de gouvernement», espère-t-il, martelant que «c’est la tête du parti qui entraîne la dynamique».

Les succès lors des précédentes élections locales ont ainsi créé l'illusion que LR était l'alternance évidente à la gauche. Ses atermoiements sur le cap politique ont peut-être provoqué l'inévitable : celui de se faire peu à peu déborder par deux ailes, les centristes libéraux de LREM et les conservateurs de droite radicale du RN.

Pour l'essayiste et ancien militant RPR – tendance séguiniste – David Desgouilles, Les Républicains sont effectivement «sur une faille sismique», écartelés entre LREM et RN. «Pour le moment, ils disparaissent dans la faille», constate-t-il. Pour lui, LR doit faire le constat des différents événements politiques depuis 2017 : «La France est fracturée politiquement en même temps qu’elle l’est géographiquement. Quand on regarde les derniers résultats, aux élections européennes notamment, ceux-ci viennent confirmer et amplifier le mouvement politique de 2017. On voit qu'on a une différence entre une France des métropoles – actuellement dominée par LREM avec l’appoint léger des écologistes – et une France périphérique, rurale, des petites villes – dominée pour sa part par le RN.»

Pourquoi les gens ne votent plus pour LR ? C’est parce qu’on ne sait plus ce que le parti pense !

Pour David Desgouilles, le parti LR doit de fait pouvoir parler aux deux électorats car, selon lui, «si on continue d’aller dans cette fracturation-là et qu'aucun parti n'est capable de parler à la fois à ces deux France là, on ira dans la dislocation, une atteinte à la cohésion nationale, au pire à la guerre civile». Le mouvement des Gilets jaunes, largement issu de la France périphérique, a, pour David Desgouilles, été le reflet de ces deux France qui se regardaient «en chiens de faïence». La solution pour les LR selon l'écrivain ? Que le parti aille dans le sens souhaité par le candidat outsider à la présidence du parti, Julien Aubert. Celui-ci veut transformer le parti de droite en deux organisations alliées, à l'image du RPR et de l'UDF des années 1970 à fin 1990. «Pourquoi les gens ne votent plus pour LR ? C’est parce qu’on ne sait plus ce que le parti pense !», appuie l'essayiste, tout en se montrant un brin fataliste : «Cela fait plus de sept ans, que ce parti n’a pas débattu de sa ligne, que ce soit au temps de Nicolas Sarkozy ou au temps de Laurent Wauquiez. Là, au moins ils vont le faire. Après c’est peut-être trop tard, je n’exclus pas que ce soit trop tard.»

Notre ligne doit se situer dans le courant libéral-conservateur... sans attendre que les jeunes reviennent

Le président du laboratoire d'idées Droite écologie et des Républicains à la Sorbonne, Ferréol Delmas, regrette deux lignes au sein des Républicains, entre «ceux qui considèrent qu’ils vont récupérer l’électorat du centre droit d’Emmanuel Macron» et «ceux qui veulent récupérer l’électorat du RN». «Comme les deux lignes sont dans la même famille politique, que ce soit soit l’une ou l’autre, ça ne marche pas car personne ne s’y retrouve», admet-il. Pour lui, la ligne François-Xavier Bellamy – tête de liste aux européennes et libéral-conservateur – est la formule gagnante : «Il faut arrêter de se préoccuper des électeurs d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Notre ligne doit se situer dans le courant libéral-conservateur... sans attendre que les jeunes reviennent.» Ferréol Delmas revendique un discours qui pourrait donc ne pas séduire une partie de la jeunesse. Peu importe, «le plus important c’est de stabiliser d’abord notre base, c’est-à-dire les Français qui sont en région, la classe moyenne».

Les Républicains doivent-il être tendance et se saisir de la préoccupation écologique ?

Pour ce faire, Ferréol Delmas souhaite que Les Républicains bousculent leur confort idéologique, en parlant notamment d'écologie : «Il faut innover et parler de sujets dont on ne parlait pas avant.» Le jeune militant souhaite que le parti trouve sa nouvelle identité en se démarquant clairement de La République en marche (LREM) : «Cela ne marchera pas si on fait un copié-collé de LREM. Il faut prendre les mêmes sujets qu’eux mais parvenir à se démarquer.»

L'écologie serait une des thématiques à prendre en main, de l'avis du jeune Républicain : «Il faut qu'on ait une écologie différente, affirmer par exemple qu’un chasseur n’est pas forcément un anti-écolo. L’écologie, c’est la participation du citoyen à son écosystème et à son ensemble. On peut considérer que le chasseur et le maire du petit village sont des acteurs de l’écologie parce qu’il connaissent mieux les considérations locales. L’écologie c’est aussi une certaine forme du terroir. La droite est complètement écologique de ce côté-là. C’est pas comme LREM, eux nous font l’écologie avec les éoliennes par exemple.»

Sans se définir comme «un pro-nucléaire à 100%», Ferréol Delmas propose de ne pas éluder un avenir sur le court-terme avec cette énergie, contrairement aux discours habituels des écologistes : «On ne peut pas se passer du nucléaire, si on se prive du nucléaire, on revient en Allemagne et on revient aux centrales à charbon. Il faut réfléchir à comment trouver des solutions alternatives au fur et à mesure avec les énergies renouvelables comme la biomasse. Il ne faut pas une sortie du nucléaire immédiate, une sortie qui soit complètement idéologisée.»

En clair, Ferréol Delmas estime que le parti LR doit être conservateur sur les questions de société et libéral économiquement. A regarder de plus près, ce positionnement est proche de ce qui est défendu par l'autre outsider à la présidence, le député de l'Yonne quadragénaire Guillaume Larrivé.

Les Républicains peuvent-ils se démarquer en envisageant la fin de l'actuelle Union européenne ?

L'élu municipal de Mont-Saint-Aignan et délégué Normandie pour le courant Oser la France (présidé par Julien Aubert), Jérôme Besnard, désapprouve lui aussi le discours qui vise à alterner entre la quête de l'électorat centriste et, selon les circonstances, l'électorat plus droitier : «Les Républicains ont encore une carte à jouer à condition qu’ils soient eux-mêmes et qu’ils ne courent ni derrière un lièvre ni derrière l’autre.»

Qu’est-ce qui se passe si demain la zone euro s’effondre ? Comment la France peut s’adapter ? C’est cela que nous devons penser

Selon ce gaulliste, la question de la place de la France dans l'Union européenne doit faire partie des marqueurs au sein des Républicains. «Ce qui est complètement dingue et surprenant aujourd’hui, c'est qu'il n’y a plus de gens qui réfléchissent à la prospective», confesse-t-il, en imaginant un scénario qu'il juge probable : «Qu’est-ce qui se passe si demain la zone euro s’effondre ? Comment la France peut-elle s’adapter ? C’est cela que nous devons penser. Lors d'un référendum, je ne pense pas qu’une majorité de Français voteraient pour la sortie de l’UE. Mais la vraie question c’est : comment gérer la sortie qui nous sera imposée ?».

Un discours aventureux, dans le sens où Les Républicains – hormis peut-être l'appel de Cochin de 1978 et la campagne européenne de 1979 – n'ont jamais été réellement convaincus par une remise en cause de la construction européenne. Jérôme Besnard assume son côté iconoclaste : «Si on écoute des économistes de bords très différents, ultralibéraux ou antilibéraux, on arrive au même constat, celui d'un monstre technocratique que l’on a créé à la fin des années 80, dans une économie mondiale totalement différente. Oui il y a un vrai risque que nous soyons obligés par les faits de retourner à une souveraineté, un risque qui pourrait devenir une chance.» Les Républicains deviendront-ils des défenseurs de la souveraineté, des eurocritiques se rapprochant d'une ligne gaullienne ? C'est peu probable, mais ce sursaut-là est possible comme le rappelait David Desgouilles dans un précédent article : les militants LR de base et restés encartés seraient, peut-être, «les plus favorables à un retour aux sources».

Le favori Christian Jacob, le choix le moins offensif pour Les Républicains ?

Pour Gilles Richard, l'élection de Christian Jacob ne fait aucun doute, malgré «son très faible charisme», car il est «le candidat du consensus et ne fait de l’ombre à personne». Sauf que, selon lui, il fera «face aux mêmes problèmes que tous ses prédécesseurs». David Desgouilles est aussi sévère sur une éventuelle victoire de Christian Jacob, vu comme «le candidat des chapeaux à plumes», c'est à dire soutenu par les principaux cadres du parti. Le manque d'ambition présidentielle de Christian Jacob et son souhait, selon David Desgouilles, de «garder la maison au chaud», fait que le parti va poursuivre «le robinet d’eau tiède», le tout «mâtiné par une critique d'Emmanuel Macron qui n'irait pas assez loin dans ses réformes de droite». «Je ne suis pas sûr qu’on arrive à parler à la France périphérique et rurale avec un discours pareil», prévient le chroniqueur du Figarovox et de Causeur. Il note en outre que ce choix-là serait «un calcul vain», celui de penser que les Français feraient en 2022 comme ils ont fait en 2012 et 2017, c'est à dire «un zapping politique», ne réélisant pas le parti de la majorité présidentielle sortante.

Le problème de la droite c’est d’avoir perdu l’adhérent moyen du RPR

Jérôme Besnard rappelle aussi que Les Républicains ont un avantage : celui d'être le «premier réseau d’élus de France». Il reste malgré tout inquiet car «la tentation, incarnée par Christian Jacob est de dire qu’il faut gérer l’existant plutôt que de reconquérir le possible». «Cela conduira à l’effacement progressif de notre paysage électoral et du parti», ajoute-t-il, notant que «le problème de la droite c’est d’avoir perdu l’adhérent moyen du RPR» en prenant exemple sur «le commerçant rural qui, aujourd’hui, vote pour le RN». Pour éviter une nouvelle désillusion électorale, le gaulliste Alexis Lorendeaux envisage la prochaine élection à la présidence LR comme un moment important, pouvant enfin offrir «une vision structurante» au parti : «Beaucoup de gens aujourd’hui, a fortiori dans la rue, sont incapables de dire quelles sont les idées motrices au sein du parti LR. Pourquoi voterait-on pour lui, si on ne sait pas ce qu’il est ? On doit avoir une vision qui ne se limite pas à décider s'il faut baisser de deux points la CSG ou baisser les impôts… un programme qui me semble assez maigre.»

Les municipales seront donc un moment clé pour Les Républicains. «On pourra voir combien de mairies seront perdues, combien vont filer vers LREM, combien vont éventuellement tomber dans l'escarcelle du RN», conclut ainsi Gilles Richard.

Bastien Gouly

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