La bande dessinée sur l'Europe de Nathalie Loiseau accusée de banaliser l'homophobie

La bande dessinée sur l'Europe de Nathalie Loiseau accusée de banaliser l'homophobie© Capture d'écran d'une page du livre L'Europe en BD, de Nathalie Loiseau, éditions Casterman.
La page décriée du livre.

Des élus de tous bords se sont insurgés contre un passage du livre de Nathalie Loiseau «L'Europe en BD», qui banalise selon eux l'homophobie. Un passage suggère qu'il faut respecter l'avis des Polonais opposés au mariage pour tous.

«Baffe aux minorités LGBT», recours controversé au «relativisme culturel» : nombre d'élus élus se sont dressés contre un passage de L'Europe en BD  une bande dessinée signée Nathalie Loiseau, tête de liste LREM aux élections européennes, (aux éditions Casterman) – destinée à expliquer aux enfants le fonctionnement de l'Union européenne (UE).

Les dessins polémiques montrent un professeur expliquant que certains sujets font débat dans l'Union européenne et que des «désaccords» peuvent survenir. Un petit garçon polonais estime ainsi qu'il est «plutôt normal» qu'on ne pense pas «pareil» partout. Il ajoute : «Moi je suis Polonais, et deux hommes qui se marient en Pologne, même pas en rêve.» Dans la case suivante, un des personnage du livre appelle à ce que «chaque pays» puisse «pouvoir faire comme il veut», suivi par une conclusion du professeur : «Nous avons des différences, c'est sûr, et il faut se respecter.»

Qu’apprenons-nous aux enfants ? Que l’homophobie est culturelle ? Qu’il faut la tolérer chez nos voisins ?

Des membres d'associations militant pour les droits des homosexuels ont immédiatement réagi, dont Guillaume Mélanie, co-président d'Urgence homophobie. «Qu’apprenons-nous aux enfants ? Que l’homophobie est culturelle ? Qu’il faut la tolérer chez nos voisins ? Non Madame, l’homophobie est une discrimination grave, à combattre partout !», a-t-il tancé.

D'autres responsables politiques ont abondé dans son sens. Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste (PCF), s'est ainsi étonné : «Mme Loiseau est-elle au courant qu'elle a signé cette BD qui nous demande gentiment de tolérer l'homophobie ?»

Une référence à une précédente polémique touchant la candidate macroniste pour les élections européennes : Nathalie Loiseau a en effet affirmé avoir «complètement oublié» qu'elle avait figuré sur une liste étudiante proche du GUD. Le porte-parole du Parti socialiste (PS) Boris Vallaud a, de son côté, qualifié le passage de «triste baffe aux personnes LGBT de toute l'Europe qui veulent l'égalité». Puis il s'est interrogé : «Cette démonstration absurde marche avec tout ? L'IVG ? L'accueil des réfugiés ? Avec de tels progressistes, à quoi servent les conservateurs ?»

L'ex-socialiste fondateur de Génération.s, Benoît Hamon, s'est également insurgé. «Comprenez-vous que beaucoup jugent indigne de faire passer une hostilité violente aux droits des LGBT pour de la diversité culturelle ?», a-t-il demandé.

Le député socialiste Régis Juanico a en outre fait remarquer que Benoît Hamon se trouvait avec des «féministes et des militants pour l’égalité des droits entre homos et hétéros» quelques jours plus tôt en Pologne, critiquant le relativisme culturel du livre de Nathalie Loiseau. 

Bastien Lachaud, député La France insoumise (LFI), a estimé quant à lui que la candidate LREM faisait de l'homophobie «une spécificité culturelle de la Pologne». Il a par ailleurs noté que selon Nathalie Loiseau, «mépriser les gens, c'est les traiter comme des romanichels», en référence à une interview sur France Culture dans laquelle elle avait fait le 29 avril une déclaration jugée stigmatisante : «J’avais l’impression d’être une romanichel quand je suis arrivée à la tête de l’ENA.»

Johnny Masson, membre du bureau politique du Rassemblement national (RN), a dénoncé une «banalisation de l'homophobie» et affirmé qu'avec le candidat Jordan Bardella, il n'y aurait «pas de place pour l'homophobie dans notre société».

Tentant de désamorcer la polémique, Nathalie Loiseau a répliqué avec force tweets à ses détracteurs.

Nathalie Loiseau tente de se défendre

«Décrire la Pologne telle qu’elle est ne veut pas dire qu’on l’approuve. Quant à la lutte contre l’homophobie, ceux qui me connaissent savent à quoi s’en tenir», a-t-elle répliqué, faisant allusion à ses «frères homosexuels».

«Je ne vous ai pas attendu pour lutter contre l’homophobie, soutenir le mariage pour tous comme la PMA pour toutes et contester les choix polonais. Ces attaques ne vous grandissent pas», a-t-elle répondu directement à Boris Vallaud.

Selon la rhétorique du «en même temps» chère au président de la République, la candidate LREM aux européennes a dénoncé dans un autre tweet «l’homophobie de Jaroslav Kaczynski, qui désigne les LGBT comme une "menace contre la Pologne"», en affirmant qu'elle constituait une «menace contre les valeurs de l’Europe». «Ne laissons pas l’obscurantisme gagner en Europe», a-t-elle exhorté.

Un livre pas si pédagogique sur l'Union européenne

La candidate LREM fait à nouveau la une de l'actualité, alors qu'elle avait la semaine précédente déjà fait scandale lorsque son inscription en 1984 sur une liste étudiante composée d'anciens membres du GUD avait été découverte. Aujourd'hui, cette mise en scène maladroite de l'entente européenne «dans sa diversité» illustre la difficulté à concilier la tolérance envers les divergences des Etats membres de l'Union et la condamnation de lois jugées sexistes ou homophobes par la France.

La conception de cet ouvrage, sorti le 17 avril, pose également question, dans la mesure où il ne s'adresse pas aux électeurs, mais à des mineurs. Curieusement, la qualité de candidate européenne de Nathalie Loiseau n’apparaît pas dans la présentation du livre. Quel est exactement l'ambition de l'ouvrage élaboré par l'ancienne ministre chargée des Affaires européennes et son fils ? Des jugements de valeur jalonnent la BD, tels que des propos à l'emporte-pièce sur le Brexit : «On a l'impression qu'ils voudraient avoir les avantages d'être dedans et ceux d'être dehors.» Autre point étonnant, les complaintes des deux personnages principaux de la BD, qui critiquent la complexité du dispositif européen. 

Lire aussi : Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, se prend les pieds dans le smic européen

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