Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, se prend les pieds dans le smic européen

Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, se prend les pieds dans le smic européen Source: AFP
L'ancienne secrétaire d’Etat Nathalie Loiseau brandit un drapeau européen lors du lancement de la campagne de La République en Marche (LREM) en vue des élections européennes, le 30 mars 2019 à Aubervilliers, en banlieue de Paris.

En proposant un smic européen «décent» d’au moins la moitié du salaire médian, Nathalie Loiseau s’est lancée dans un débat technique et aventureux. Sa proposition placerait en effet ce salaire minimal sous le seuil statistique de la pauvreté.

«Oui. Je veux que l’Europe rime avec le mot social ! Aujourd’hui, six pays n’ont même pas de smic ! Il faut au minimum un smic dans tous les pays de l’UE», déclarait dans une interview publiée le 9 avril par le quotidien Le Parisien la tête de liste de La République en Marche pour les élections européennes, Nathalie Loiseau. Quant au montant de ce smic, Nathalie Loiseau a souhaité qu’il «permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian».

La proposition d’«un salaire minimum européen, adapté à chaque pays» figure d’ailleurs dans Pour une renaissance européenne, le programme de la République en marche pour les européennes. Il est écrit à la première personne («Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire…»), mais pas par Nathalie Loiseau, puisqu’il est sous-titré, Le Projet d'Emmanuel Macron pour l'Europe.

En revanche, l’idée de le fixer à 50% du revenu médian dans chaque pays n’y figure pas et a fait réagir La France insoumise. Adrien Quatennens député LFI du Nord a raillé sur Twitter «"l'Europe qui protège" de LREM» et calculé que le smic européen proposé par Nathalie Loiseau «s'élèverait en France à 886 euros... 317 euros de moins que le SMIC actuel». A peu près au même moment, la tête de liste du Parti communiste français Ian Brossat faisait à peu près le même calcul estimant, lui aussi sur Twitter, qu’«en France ce serait 900 euros».

Immédiatement, une partie de la presse a volé au secours de la porte-étendard du parti présidentiel, et la rubrique Checknews du site de Libération s’est empressée d’expliquer que «La proposition de LREM d'un smic européen à 50 % du salaire médian [avait été mal] comprise». Se fiant aux déclarations de LREM, Libération explique que cette proposition «vise surtout les pays qui n'ont pas de salaire minimum», et que «les marcheurs promettent qu'il n'y aura pas de nivellement par le bas pour les autres». 

Un smic européen inférieur au seuil de pauvreté

Bien entendu, le salaire minimum proposé par Nathalie Loiseau ne signifiait pas qu'il faille en baisser le montant dans les 22 pays où il existe déjà. Mais il est vrai que la proposition de salaire minimum «qui permette un revenu décent» en s’établissant à 50% du salaire médian surprend pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, parce que selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et Eurostat, le seuil de pauvreté est atteint par une personne lorsque son revenu ne dépasse pas 60% du salaire médian. L’Observatoire des inégalités, organisme indépendant soutenu par le mensuel Alternatives économiques et la fondation Abbé Pierre, considère, lui, qu’un seuil à 50% du revenu médian serait «plus conforme à la réalité de la pauvreté». Mais dans les deux cas, le smic européen de Nathalie Loiseau permettrait au mieux de vivre au niveau du seuil statistique de la pauvreté, voire en-dessous.

Stanislas Guérini, délégué général du parti présidentiel, a tenté de s’en expliquer le 11 avril, lors d’une émission débat sur CNews, où il était confronté à cinq autres chefs de partis politiques. Pour lui, la proposition de Nathalie Loiseau vise surtout les «six pays qui n’ont pas de smic» et ce salaire minimum serait, le cas échéant «à plus de 50% du salaire médian». Il décrit aussi une «convergence, pour que les smics européens puissent monter». 

En attendant, l’objectif chiffré est timide. En effet, à 50% du salaire médian, le smic de Nathalie Loiseau serait presque partout inférieur au smic qui existe déjà. Quant aux six pays où il n’existe pas, (Autriche, Chypre, Danemark, Finlande, Italie et Suède), ils font partie de ceux où le revenu européen disponible moyen est le plus élevé. De plus, l’absence de smic au niveau national n’empêche pas, dans ces six Etats membres de l'UE, l'existence de salaires minimaux par branches, déterminés par des négociations entre partenaires sociaux.  

La gauche reprend aussi cette idée de smic européen, mais place plus haut le curseur de son calcul : à 60% du salaire médian pour Generation-s, la liste de Benoît Hamon et à 75% pour La France insoumise. En revanche, le Rassemblement national est hostile à cette initiative.

Un serpent de mer dont l'Europe lorgne la queue depuis 25 ans

L’idée d’un salaire minimum européen n’est pas nouvelle. On en trouve la trace dès 1993 dans une recommandation de la Commission de l’emploi du Parlement européen qui appelait les Etats membres à adopter des «mécanismes pour la fixation de salaires fixés par la voie législative ou liés au salaire moyen national».

Alors qu’il n’était encore que tête de liste du Parti populaire européen, en 2014, l’actuel président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait lui aussi annoncé qu’il plaiderait «pour que chaque Etat membre introduise un salaire minimum adapté à ses pratiques nationales de négociations salariales et à ses conditions économiques».

Et en janvier 2017, le Parlement européen a par ailleurs adopté la Résolution sur un socle européen des droits sociaux. Elle est, toutefois peu contraignante et se borne à «souligne[r] l’importance de régimes de revenu adéquat minimal pour protéger la dignité humaine et combattre la pauvreté et l’exclusion sociale» et à «invite[r] la Commission et les Etats membres à évaluer la manière et les moyens de garantir un revenu minimal adéquat dans tous les Etats membres et d’envisager d’autres mesures en faveur de la convergence sociale dans toute l'Union».

Le smic européen que la plupart des formations envisagent individualisé par pays sur la base d’une règle de calcul commune est loin de constituer une urgence sociale au niveau de l’Union européenne. En revanche, il s’est déjà imposé comme une peau de banane apte à animer la campagne électorale pour les prochaines élections au Parlement européen.

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