Raphaël Glucksmann, de bébé intello à candidat socialo pour les européennes

Raphaël Glucksmann, de bébé intello à candidat socialo pour les européennes© Bertrand GUAY Source: AFP
Raphaël Glucksmann lors du débat télévisé du 4 avril.

Fils de l'intellectuel et ex-soixante-huitard André Glucksmann, Raphaël Glucksmann est la tête de liste pour représenter le groupuscule Place publique et le Parti socialiste pour les européennes. Libéral repenti, est-il légitime à gauche ?

L'avenir de Raphaël Glucksmann était peut-être tout tracé, dès sa naissance. Choisi par le Parti socialiste pour mener sa liste aux européennes, l'essayiste porte le nom rendu célèbre par son père André Glucksmann. Maoïste, ce dernier a été l'une des figures de Mai 68. Intégrant le courant des nouveaux philosophes dans les années 70, en compagnie de Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann s'est fait remarquer pour ses positions atlantistes, défendant régulièrement les ingérences de la puissance américaine aux quatre coins du monde. De révolutionnaire à conservateur, André Glucksmann a soutenu Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2007.

Le philosophe a eu une influence certaine et a fait bénéficier son fils de sa notoriété. Ils ont d'ailleurs ensemble collaboré sur plusieurs projets, dont l'ouvrage Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy. Politiquement, Raphaël Glucksmann marche également dans les pas de son père. Appartenant comme celui-ci au club de réflexion atlantiste et néoconservateur le Cercle de l'Oratoire, il défend l'invasion américaine en Irak en 2003. Craignant la puissance russe, Raphaël Glucksmann parvient même à devenir conseiller officieux du président géorgien Mikheil Saakachvili, réputé pour ses positions pro-américaines. Ils co-écrivent ensemble en 2008 un livre, Je vous parle de liberté. Il épouse en outre Eka Zguladze, future ministre de l'Intérieur de Mikheil Saakachvili.

Du libéralisme à la critique du capitalisme

Militant au sein d'Alternative libérale (AL) au côté d'Edouard Fillias, Raphaël Glucksmann a été pressenti pour être le candidat du parti lors des législatives de 2007. AL se présentait alors comme un parti ouvertement libéral, tant politiquement qu'économiquement. Checknews de Libération a pu retrouver une conférence de presse de septembre 2006 au sein de laquelle Raphaël Glucksmann confessait : «Moi j’ai toujours été séduit par la philosophie libérale mais j’ai jamais eu d’engagements sur le terrain politique, je ne me suis engagé que dans des associations [...] En France, vous avez l’alternance entre le PS, le RPR ou l’UMP et l’UDF, depuis 30 ans. Vous avez des alternances, mais vous n’avez jamais aucun changement dans la politique étrangère. Et ça, on va y mettre fin, on va mettre fin à ces scories de la politique étrangère.»

Raphaël Glucksmann a encore du mal à assumer ce passé-là, se défendant d'avoir voulu être candidat pour Alternative libérale. Sur RMC le 27 mars, il reconnaissait malgré tout être né «dans la philosophie libérale» : «Je viens d'un univers philosophique et de pensée libérales mais il y a eu un moment déterminant, [...] 2008 et la crise dans laquelle s'est enfoncé l'ensemble des démocraties libérales.»

«On ne peut pas ne pas prendre en compte cette crise largement liée à un système capitaliste qui est devenu fou», ajoute-t-il, expliquant donc avoir évolué politiquement. Logiquement, sur l'idée européenne, Raphaël Glucksmann donne une coloration rosée à son discours politique. Il estime possible la «transformation» de la politique de l'UE à «traité constant». «Pas besoin de balancer l'Union européenne par-dessus bord», justifie-t-il, promouvant un «protectionnisme vert aux frontières» de l'UE et un «fonds d'investissement dans les services publics». Il veut également un «service civique européen pour que les gens se croisent». Il dénonce aussi l'erreur d'une gauche multiculturaliste, assurant défendre «le cosmopolitisme» et le modèle de «la République une et indivisible».

Mais Raphaël Glucksmann semble peiner à oublier ses racines libérales, notamment lorsqu'il s'agit d'immigration. Ainsi, il n'hésite pas à vanter la politique des portes ouvertes de la chancelière allemande Angela Merkel : «Je trouve qu'Angela Merkel, en accueillant un million de migrants, a sauvé non seulement [ces] personnes mais elle a [aussi] sauvé l'honneur de l'Europe [...] et l'Europe en tant que telle !» De fait, il s'offusque qu'«aucune parole forte en Europe» n'ait permis de défendre L'Aquarius, ce navire transportant des migrants venus d'Afrique. Il estime que son action était avant tout «humanitaire» et se scandalise quand d'autres le décrivent comme «pirate» ou s'interrogent sur le fait qu'il ait pu faire le jeu des passeurs.

A la recherche d'un poste électoral ?

A bien des égards, le parcours de Raphaël Glucksmann pourrait ressembler à celui d'un opportuniste. Co-fondateur en août 2018 d'un micro-mouvement nommé Place publique, celui-ci s'était donné l'objectif de négocier un rassemblement de la gauche pour les européennes de 2019. Après plusieurs négociations, seul le Parti socialiste, dans un contexte par ailleurs extrêmement délicat, lui a tendu la main en lui proposant même d'être sa tête de liste. Acceptant le défi au nom du rassemblement... il provoque ainsi des dissensions au sein de son propre mouvement.

En effet, les cofondateurs de Place publique, l'économiste Thomas Porcher et le producteur Farid Benlagha, claquent la porte du groupuscule. Dans une tribune pour Marianne le 25 mars, le second se livre à une véritable diatribe : «Raphaël Glucksmann aura donc manipulé tout le monde, servi aucune autre cause que la sienne : se garantir un placement privé.» Il estime en outre que l'alliance avec le PS a été «fomentée par un petit quarteron de bobos en mal de reconnaissance politique», Place publique étant selon lui noyautée par «un groupuscule autour de Glucksmann». Raphaël Glucksmann s'en défend. Dénonçant «une boule puante», il assure à l'envi que l'Europe est «le combat de [sa] vie».

Si Raphaël Glucksmann se félicite d'être le candidat du PS, le PS avait-il vraiment intérêt à miser sur sa candidature ? Le 4 avril, lors du premier débat entre les candidats des élections européennes sur France 2, son intervention finale a semblé donner l'impression qu'il n'assumait plus son rôle de capitaine de liste. Lorsqu'on lui demande les raisons qui pourraient conduire les électeurs à voter pour lui, il botte en touche : «Je ne vais pas faire cela en fait, je vais faire un pas de côté.» Ainsi, au lieu de s'adresser aux électeurs, il se tourne vers Benoît Hamon (Génération.s) et Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts), constatant qu'ils partagent des idées «presque» identiques. «On n'arrivera pas à convaincre les gens d'aller voter, de se lever, si on ne s'unit pas», reconnaît-il, presque ému...

En effet, il aurait été plus simple que toutes les gauches s'unissent derrière Raphaël Glucksmann. Mais les gauches se reconnaissent-elles en Raphaël Glucksmann ? Au vu de son parcours, c'était une gageure. Pour montrer l'exemple, et au nom de l'unité, pourquoi ne s'est-il pas lui-même retiré au profit de Benoît Hamon ou Yannick Jadot ? Le poste était peut-être trop important pour qu'il puisse céder sa place.

Bastien Gouly

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