De la Normandie à la Syrie : l'itinéraire du djihadiste Fabien Clain

De la Normandie à la Syrie : l'itinéraire du djihadiste Fabien Clain

Si les autorités n'ont pas encore confirmé la mort du terroriste islamiste Fabien Clain, celui-ci serait bel et bien mort dans une frappe d'un drone américain. Retour sur le parcours d'un influent converti.

Selon une information de France info toujours en attente de confirmation de la part des autorités françaises, le terroriste islamiste Fabien Clain aurait été touché par une frappe aérienne en compagnie de son frère Jean-Michel le 20 février près de Baghouz en Syrie. Si Jean-Michel Clain est gravement blessé selon France info, son aîné âgé de 41 ans serait pour sa part décédé dans cette attaque réalisée par un drone de l'armée américaine après quatre jours de reconnaissance. Si l'information est confirmée par le ministère français des Armées, qui attend une confirmation par analyse d'ADN, il s'agirait de la fin d'une longue traque.

Fabien Clain était connu de longue date des services français, mais il avait surtout accédé à la notoriété après avoir prêté sa voix pour la revendication de Daesh après les attentats de Paris et Saint-Denis qui ont ensanglanté la France le 13 novembre 2015.

Magnanville, Villejuif, Toulouse, Bataclan, Hyper Casher... Le nom de Fabien Clain semble revenir dans de nombreuses affaires liées au terrorisme islamiste, un milieu dans lequel il était connu comme recruteur. Converti à l'islam en 2000, celui qui se faisait appeler «frère Omar» est une célèbre figure de la cellule d'Artigat, près de Toulouse, où le salafiste Olivier Corel était devenu le mentor de ce dernier ainsi que d'un autre djihadiste tristement célèbre : Mohamed Merah, responsable de la tuerie de Toulouse en 2012.

Fabien Clain était également proche du djihadiste Thomas Barnouin, parti rejoindre les rangs de Daesh en 2014. Capturé en 2017 par les YPG kurdes, ce converti ferait partie, selon les informations de Marianne, du groupe des «revenants» du djihad livrés à la France par les Etats-Unis en 2019, avec la bretonne Emilie König et Adrien Guihal, qui a lui aussi fréquenté Fabien Clain.

Selon les explications de l'avocat de l'association française des victimes du terrorisme, Antoine Casubolo-Ferro, les frères Clain, et surtout Fabien, ont été les mentors de toute une génération de djihadistes : «Fabien et Jean-Michel se retrouvent pratiquement dans tous les dossiers à semer la terreur, à inspirer. Fabien Clain a levé un bataillon entier de djihadistes, il a convaincu des gens de partir, c'est une force incroyable. C'était une armée à lui tout seul. Donc qu'il ait cessé de nuire est une bonne chose. Tous les gens qui sont partis, tous les gens qui ont nui, tous les gens qui ont tué sont des gens avec lesquels il a été en contact. C'est certainement le mentor des frères Kouachi, le mentor de Mohamed Merah... tous ces gens qui ont fait un mal terrible aux gens, à la France, à nos victimes. À la souche, à l'origine, il y a Fabien Clain.»

L'homme semblait avoir disparu des radars depuis la revendications des attentats du 13 novembre 2015. Le spécialiste Romain Caillet le qualifiait dans son ouvrage Le Combat vous a été prescrit d'«un des secrets les mieux gardés de l'Etat islamique»... Jusqu'à un enregistrement publié sur Internet le 28 décembre 2018, dans lequel le djihadiste appelait les partisans du groupe terroriste à commettre des attentats en France et faisait allusion aux Gilets jaunes. Romain Caillet lui avait attribué ce message.

Dans son ouvrage sur le djihad, l'auteur avait dressé un portrait assez précis de Fabien Clain : né à Toulouse en 1978, Fabien Clain avait ensuite grandi à Alençon dans une famille catholique. A l'âge de 13 ans, sa famille est partie pour La Réunion dont elle est originaire. Fabien Clain est revenu à Alençon en 1998 avant de déménager en compagnie de son frère, Jean-Michel, à Toulouse après leur conversion à l'islam aux alentours de l'année 2000.

Dans le quartier du Mirail de la ville rose, la famille ne passe pas inaperçue et se fait surnommer «le clan Belphégor»

Entre-temps, Fabien s'est marié avec une ancienne camarade de classe rencontrée en CE1, Mylène F. Il a entamé un BEP de métallurgie avant d'abandonner pour devenir plombier en interim. Le couple aurait à ce moment été converti à l'islam par le mari d'Anne Clain, la mère de Jean-Michel et Fabien. Ils se convertissent tous ensemble, ainsi que la compagne de Jean-Michel, Dorothée M.

Dans le quartier du Mirail de la ville rose, la famille ne passe pas inaperçue et se fait surnommer «le clan Belphégor» en référence aux voiles intégraux que portent les deux femmes. Bientôt, les renseignements s'intéressent à eux et les considèrent comme des piliers de la tendance salafiste locale. Ils achètent notamment des livres et des cassettes via des islamistes belges pour les revendre sur les marchés.

Au cours de cette décennie, les frères Clain laissent des traces de leur engagement que l'on peut parfois encore consulter en ligne, notamment des morceaux de musique sur Myspace et YouTube, ainsi qu'un profil sur Copains d'avant pour Fabien, où l'on peut encore lire, ironiquement, «Toujours là... alhamdoulillah».

Non loin de Toulouse, ils constituent un noyau dur d'apprentis djihadistes à Artigat. Dans son livre écrit avec Pierre Puchot, Romain Caillet estime que les nouveaux convertis sont «attirés par le bagout» de Fabien Clain, même si, précise-t-il, il ne s'agit pas tout à fait d'un «théologien confirmé». Un djihadiste qui l'a fréquenté le décrit ainsi dans l'ouvrage : «Omar [fabien Clain], tout le monde le présente comme un idéologue, mais en vérité, c'était juste un frère comme les autres, un peu plus éloquent que la moyenne.» Un autre le décrit comme «attachant», il est même qualifié de «gentil, marrant, [...] un gros nounours».

Le réseau d'Artigat, devenu le premier réseau à envoyer des djihadistes français en Irak en 2007, est démantelé par les autorités. Au moment du coup de filet, les frères Clain se trouvent cependant en Egypte et ils échappent donc aux autorités. Lorsqu'ils reviennent en France, un an plus tard, ils ont préparé leur défense et se sont rendus de leur propre chef à la sous-direction antiterroriste (SDAT). Fabien Clain assure qu'il suit les préceptes d'un prêcheur opposé aux idées meurtrières d'Al-Qaïda. Il s'en sort ainsi pendant un certain temps et conserve sa liberté malgré sa mise en examen, mais un juge d'instruction opiniâtre le fait incarcérer... avant que son avocat n'obtienne sa libération.

En 2009, il se présente libre au tribunal qui le condamne à cinq ans de prison. Il en ressort en janvier 2015 alors que les attentats de Paris font rage à Charlie Hebdo, Montrouge et à l'Hyper Casher. En mars de la même année, Fabien Clain part avec sa famille pour la Syrie pour rejoindre l'Etat islamique où il retrouvera ses compagnons de route toulousains. En novembre, il devient la voix française de Daesh en revendiquant les attentats de Paris et Saint-Denis. La suite de l'histoire est pour l'instant inconnue, jusqu'aux plus récents développements. 

Lire aussi : Le djihadiste Fabien Clain aurait été tué en Syrie, son frère serait grièvement blessé

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