Officier de police frappant des manifestants à Toulon : le préfet du Var a saisi l'IGPN

Officier de police frappant des manifestants à Toulon : le préfet du Var a saisi l'IGPN© STEPHANE MAHE Source: Reuters
(Image d'illustration à Nantes).

Le policier filmé en train de frapper plusieurs personnes lors de l'acte 8 des Gilets jaunes à Toulon a agi «proportionnellement à la menace», selon le procureur de la République. Le préfet du Var a toutefois saisi l'IGPN.

L'affaire devient-elle embarrassante ? Le préfet du Var, Jean-Luc Videlaine, a annoncé ce 6 janvier dans la soirée qu’il avait saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) concernant le commandant divisionnaire Didier Andrieux. Celui-ci avait été filmé lors des manifestations des Gilets jaunes le 5 janvier à Toulon en train de frapper plusieurs individus à mains nues, notamment au visage.

«Dans le cadre de mes responsabilités administratives, j'ai saisi l'IGPN afin qu'une enquête permette de faire toute la lumière sur les suspicions de violences policières à Toulon», a fait savoir le préfet du Var sur Twitter.

D'après Le Parisien, Didier Andrieux doit rendre avant ce 6 janvier au soir un rapport à sa hiérarchie.

Pour le procureur, Didier Andrieux «a agi proportionnellement à la menace»

Plus tôt dans la journée, interrogé par l'AFP, le procureur de la République de Toulon, Bernard Marchal, avait de son côté assuré ne pas avoir ouvert de procédure contre le commandant de police Didier Andrieux. 

D'après Bernard Marchal, un homme, que l'on voit plaqué contre un mur et frappé au visage par le haut-gradé de police dans une vidéo, était en possession d'un tesson de bouteille. Le procureur a considéré que le policier avait voulu le «neutraliser».

Pour autant, le procureur a donné sa vision des événements, tentant de légitimer les actes de l'officier : «Il y avait un contexte insurrectionnel avant et après ces vidéos, dans lequel il était impossible d'interpeller quelqu'un sans violence, et il a agi proportionnellement à la menace.»

«Nous avons pu établir que cet homme faisait partie d'un groupe d'une cinquantaine de casseurs qui avaient dégradé des voitures dans les minutes avant la vidéo», a ajouté le magistrat. Didier Andrieux pour sa part a justifié ses gestes dans Var-Matin et Nice-Matin, expliquant avoir d'abord porté un coup sur la main de l'homme, «pour lui faire lâcher le tesson». Il assure que les «deux autres coups» seraient intervenus car il ne savait pas si l'homme avait «lâché le tesson».

En outre, Didier Andrieux ajoute que l'homme frappé «est un multirécidiviste et qui n'a rien à voir avec les gilets jaunes». Ce dernier serait connu de la justice depuis une dizaine d'années, selon le procureur, notamment pour des faits d'outrage et de viol. Il a été arrêté, placé en garde à vue, et comparaîtra le 7 janvier à Toulon.

Lire aussi : Gilets jaunes : un policier frappe à mains nues des manifestants au visage à Toulon (VIDEOS CHOC)

Néanmoins, Didier Andrieux a aussi été filmé en train de frapper un Gilet jaune contre le capot d'une voiture. Selon le procureur, «là encore, le contexte nuance fortement les images». Le procureur affirme que le Gilet jaune aurait été masqué quelques minutes avant et aurait tenté de s'emparer d'une bouteille. Didier Andrieux a justifié ses coups en vue «de l'interpellation d'un homme qui se rebellait». Ce dernier a lui aussi été arrêté et placé en garde à vue.

Le directeur département adjoint de la sécurité publique, José Casteldaccia, cité par Var-Matin, estime pour sa part que les images doivent être remises «dans le contexte d'hyperviolences commises en fin de manifestation». Le commandant Andrieux affirme pour sa part avoir été «pris à partie par une dizaine d'individus, qui [lui] sont tombés dessus» au cours de la manifestation. «Je suis tombé au sol, j'ai été frappé avec des coups de pieds, notamment dans la tête. Les collègues ont dû faire usage de grenades de désencerclement pour me dégager», affirme-t-il encore.

Responsable par intérim des 400 policiers en tenue de Toulon, Didier Andrieux fait partie de la promotion à la Légion d'honneur du 1er janvier 2019.

Les images des coups qu'il donne lors de l'acte 8 des Gilets jaunes n'ont pas été commentées dans l'immédiat par le ministre de l'Intérieur, contrairement à d'autres, comme celles d'un ancien boxeur professionnel qui s'en est pris aux forces de l'ordre à Paris et dont les agissements ont, eux, été dénoncés par Christophe Castaner.

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