La défiance des Gilets jaunes pour les médias exacerbée par la couverture de leur mouvement ?

La défiance des Gilets jaunes pour les médias exacerbée par la couverture de leur mouvement ?© Capture d'écran Ruptly
Des Gilets jaunes devant le siège de BFM TV, le 29 décembre 2018.

Les médias «traditionnels» n'ont pas le vent en poupe auprès des Gilets jaunes. Manifestation devant les rédactions, slogans hostiles aux journalistes... La couverture médiatique du mouvement n'a-t-elle fait qu'amplifier le sentiment de méfiance ?

Le 29 décembre, lors de l'acte 7 de leur mobilisation, des Gilets jaunes ont décidé de se rendre devant les rédactions de médias (BFMTV d’abord, puis France télévisions et Europe 1) que nombre d'entre eux accusent, depuis le début de la mobilisation, de collusion avec l'exécutif, les qualifiant régulièrement de «collabos». 

Ce «tour des médias» s'inscrivait dans un contexte particulièrement tendu entre les Gilets jaunes et certaines chaînes d'information. Des tensions qui sont allées jusqu'à se traduire par des scènes d'agression envers des journalistes couvrant les rassemblements. Entre autres exemples : deux journalistes de France 2 Montpellier ont rapporté avoir été «prises à partie et pourchassées par une foule de manifestants», à Boulou lors de l'acte 6 le 22 décembre, près de la frontière franco-espagnole, sous une «pluie d'insultes», comme «vendues» ou «vous ne faites que trafiquer la réalité».

En outre, dès l’acte 4 du 8 décembre, des manifestants présents sur les Champs-Elysées avaient crié à l'encontre de la chaîne BFMTV: «BFM enculés» et «Vous travaillez pour Macron», avant de s'en prendre au drugstore de Publicis, sur le toit duquel étaient postés des journalistes.

Autre illustration de l'animosité de Gilets jaunes à l'encontre de certains médias : le 27 décembre à La Chevrolière, en Loire-Atlantique, des Gilets jaunes ont eux bloqué l'impression du quotidien Ouest-France «mécontents de la couverture du mouvement» par ce quotidien régional.

Enfin, interrogé lors d'une action au fort présidentiel de Brégançon à la veille de l'acte 7, un Gilet jaunes avait refusé de répondre aux questions de BFMTV, se justifiant ainsi : «Aujourd'hui, d'un commun accord avec tous les Gilets jaunes, comme vous n'êtes pas impartial, on se retourne.»

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Comment expliquer une telle défiance vis-à-vis des médias ?

Comment expliquer une telle défiance, voire animosité, de Gilets jaunes à l'encontre de nombreux médias ? Peut-être convient-il de noter, qu'en amont et à partir des premières mobilisations de Gilets jaunes, plusieurs journalistes et personnalités médiatiques n'avaient pas tardé à afficher leur hostilité face à la perspective d'un tel mouvement, tantôt présenté comme «le retour du Français moyen, très moyen», tantôt qualifié de «poujadiste».

Quelques jours avant la première mobilisation nationale des Gilets jaunes, le journaliste Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien Libération, avait par exemple qualifié le phénomène, sur son compte Twitter, de «mouvement de beaufs [...] largement d'extrême-droite», n'hésitant par ailleurs pas à multiplier les commentaires vindicatifs – parfois grossiers – face aux réactions d'indignation générées par son tweet.

Une méfiance confortée par la couverture médiatique du mouvement ?

Le relai, par certains médias, d'informations contestées par les acteurs des mobilisations, ont pu contribuer à accroître ce phénomène. Il en est ainsi, par exemple, du comptage de manifestants lors de l'acte 7 du 29 décembre. Alors que le chiffre de 12 000 manifestants – chiffre officiel rapporté par le gouvernement  a largement été avancé pour expliquer une décrue du mouvement citoyen, un pointage des chiffres de 34 villes permettait dans le même temps d'atteindre au moins 20 180 manifestants.

De plus, si les incidents sur le terrain attestent d'une profonde méfiance des manifestants vis-à-vis des médias «traditionnels», les propos tenus par nombre d'éditorialistes commentant l'évolution du mouvement, témoignent d'une aversion réciproque. «Dans ce mouvement [des Gilets jaunes] informel, gazeux – moi je le pense depuis le début – il y a une organisation souterraine, cachée», estimait par exemple le journaliste politique Jean-Michel Aphatie, le 16 décembre sur France 5.

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Le lendemain, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction et de la publication du quotidien Libération, dans sa «lettre politique», déplorait que la mobilisation vise avant tout les élus, «dans des termes souvent agressifs, humiliants, diffamatoires». Et l'éditorialiste de qualifier, quelques lignes plus tard, l'un des porte-parole du mouvement de «complotiste avéré» avant de conclure que sur le plan politique, que les Gilets jaunes correspondaient selon lui à «une auberge espagnole où se concoct[ai]ent des plats au fumet bizarre». Trois jours plus tôt, à travers une autre «lettre politique» dans laquelle il évoquait «un discours honorable d’Emmanuel Macron», le même journaliste mettait ses lecteurs en garde contre un «effet brun» au sein des Gilets jaunes.

Dans la foulée de l'attentat de Strasbourg du 11 novembre, de nombreuses figures médiatiques avaient souhaité mettre la loupe sur le «complotisme» de certains groupes Facebook fréquentés par des Gilets jaunes, alors qu'y étaient échangés des commentaires (variés) sur cet événement.

Enfin, certains commentateurs sont restés perplexes sur l'importante médiatisation des épisodes de violences lors de rassemblements de Gilets jaunes, visant, selon eux, à discréditer la mobilisation. Ainsi, l'eurodéputé communiste et directeur du groupe L'Humanité, Patrick Le Hyaric, dénonçait le 23 décembre sur LCI la «mise en scène» de la violence des Gilets jaunes par la chaîne, l'accusant de chercher à «faire éteindre le mouvement». Une accusation que l'on retrouve dans la bouche de représentants des Gilets jaunes.

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