Des colonnes du Monde aux bancs des tribunaux, qui était Robert Faurisson?

Des colonnes du Monde aux bancs des tribunaux, qui était Robert Faurisson?© Jonathan Moadab
Robert Faurisson (1929-2018).

Le plus connu des révisionnistes est décédé à l'âge de 89 ans. En 1978, il publiait une tribune dans Le Monde remettant en cause l'existence des chambres à gaz. Une décennie plus tard débutait une série de condamnations en vertu de la loi Gayssot.

Né en 1929 à Shepperton, au sud-ouest de Londres, d'une mère écossaise et d'un père français, Robert Faurisson est décédé le 21 octobre à Vichy d'un arrêt cardiaque à l'âge de 89 ans. Avant de devenir le principal négationniste français et l'un des plus célèbres à l'échelle mondiale, il était professeur de littérature à Lyon, spécialiste de Rimbaud et de Lautréamont.

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C'est à la fin des années 1970 qu'une nouvelle vie médiatique, autrement plus sulfureuse, commence. Entre novembre 1978 et janvier 1979, il publie différents articles, dont une tribune dans Le Monde, baptisée Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz, et exposant sa thèse niant l'existence des chambres à gaz dans les camps de concentration nazis. Plus tard, il qualifiera celles-ci de «tromperie» et de «plus gros mensonge du XXe siècle». Ces publications entraînent une levée de boucliers : indignations, mais aussi menaces et attaques physiques.

Robert Faurisson est également poursuivi par la Licra, le Mrap et diverses associations de déportés et de résistants estimant subir un préjudice moral du fait de ces publications. La direction de Lyon-II, où il enseigne, décide de le suspendre quelques semaines. Robert Faurisson fait par la suite l'objet de plusieurs agressions, dont une près de son domicile à Vichy en 1989 par plusieurs membres d'une association baptisée «Les fils de la mémoire juive», qui le conduira à l'hôpital.

Le soutien de Chomsky

Difficilement imaginable aujourd'hui, une pétition demandant, en 1979, que «l’université et le gouvernement fassent tout ce qui est possible pour assurer [l]a sécurité ainsi que le libre exercice de[s] droits légaux [de Robert Faurisson]» a été signée par 500 personnalités parmi lesquelles se trouvait l'intellectuel américain Noam Chomsky. Celui pour qui la politique nazie envers les Juifs était «la plus fantastique explosion de folie collective de l’histoire humaine», a toujours affirmé que son soutien se limitait strictement à la défense de la liberté d’expression de Robert Faurisson, et ne concernait pas le contenu de sa thèse. Cela n’a pas empêché le nom de Chomsky d’être associé à celui de Faurisson pendant près de 25 ans.

En France, Robert Faurisson n’a pas bénéficié de soutiens notables parmi les intellectuels les plus en vue. Dans un article publié par Esprit en septembre 1980, l’historien Pierre Vidal-Naquet déclarait que la pétition signée par Noam Chomsky était scandaleuse parce «qu’elle ne se demand[ait] à aucun moment si Faurisson di[sait] le vrai ou le faux». Alain Finkielkraut écrivait dans Libération, le 16 janvier 1981, que les poursuites engagées contre Robert Faurisson faisaient partie de «l’exercice normal de la liberté d’expression», dans «tous les pays démocratiques, Etats-Unis compris».

Condamnations en série

Robert Faurisson est condamné en première instance, en 1981, à un franc symbolique. Dans les attendus du jugement, on peut lire : le tribunal reconnaît qu’il n’a «ni compétence ni qualité pour juger l’histoire» et que l’historien dispose de la «liberté pleine et entière» ; mais le tribunal reproche néanmoins à Robert Faurisson d’avoir manqué «de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s’imposent au chercheur qu’il veut être» et, d’avoir permis «avec une légèreté insigne mais avec conscience claire, de laisser prendre en charge, par autrui, son discours dans une intention d’apologie des crimes de guerre ou d’incitation à la haine raciale».

Depuis 1990 et la mise en œuvre de la loi Gayssot (qui sanctionne, d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende, la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité qui furent définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg), Robert Faurisson est condamné à plusieurs reprises en 1991, 1998, 2000, 2006 ou encore 2016, à de la prison avec sursis et à de nombreuses amendes. En 2016, il est condamné pour «diffamation raciale» à une peine de prison avec sursis, 4 000 euros d'amende, ainsi qu'à verser 3 000 euros de dommages et intérêts à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), qui s'était portée partie civile. Ceci pour avoir notamment déclaré : «Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique, qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l'Etat d'Israël et le sionisme international et les principales victimes sont le peuple allemand [...] et le peuple palestinien tout entier.»

En 2008, l'humoriste controversé Dieudonné l'accueille sur la scène du Zénith de Paris pour lui remettre un «prix de l'infréquentabilité et de l'insolence». Robert Faurisson se proclame antisioniste, une position qui lui vaudra le soutien de l'Iran, où il devient une figure intellectuelle. En 2012, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lui remet en effet un prix honorant «le courage, la résistance et la combativité».

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