Remaniement : les chantiers pressants qui attendent Castaner et Nunez après Gérard Collomb

Remaniement : les chantiers pressants qui attendent Castaner et Nunez après Gérard Collomb© PHILIPPE HUGUEN Source: AFP
Des policiers attendent leur ministre en visite, à Lille, septembre 2018, (image d'illustration).

Avec le départ de Gérard Collomb, l'an II du tandem Macron/Philippe commence mal, après un été déjà difficile. Pour le futur ministre de l'Intérieur, la tâche sera d'autant plus ardue qu'il devra affronter des chantiers inachevés.

«En même temps» ministre régalien et démissionnaire, cela ne pouvait durer : après une valse d'hésitations qui aura duré plusieurs jours, Gérard Collomb a fini par claquer la porte du ministère de l'Intérieur, laissant le Premier ministre, Edouard Philippe, assurer l'intérim jusqu'au remaniement du 16 octobre. Pas de surprise, c'est donc le fidèle macroniste Christophe Castaner qui a obtenu le maroquin de la place Beauvau et qui sera assisté de l'ancien patron de la DGSI, Laurent Nunez en tant que secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur.

De Gérald Darmanin à Jean Castex en passant par Frédéric Péchenard, les spéculations sont allées bon train concernant le nouveau locataire de Beauvau et elles ont presque éclipsé le sujet brûlant de l'avenir d'un ministère de premier ordre, dans un Hexagone toujours menacé par le terrorisme... Or la maison police, si elle ne brûle pas encore, commence à dégager une épaisse fumée dont les remugles font tousser au sein des forces de sécurité.

Des chantiers en cours, mais pas de maître d'œuvre 

Les gardiens de la paix s'inquiètent notamment de savoir ce qu'il adviendra des chantiers initiés par Gérard Collomb, ce dernier ayant à peine eu le temps de les lancer. Interrogé par RT France le 18 septembre, un porte-parole de l'association UPNI, proche des Policiers en colère, dénonçait ainsi : «Nous policiers, on va jusqu'au bout d'une mission. Lui, il lance des réformes et il s'en va.»

Et pour cause, de la police de sécurité du quotidien aux fameux quartiers de la reconquête républicaine, les mesures de Gérard Collomb sont déjà décriées pour leur manque d'ambition. L'UPNI a notamment déploré auprès de RT France une mauvaise analyse de la situation actuelle : «Ce n'est plus un problème d'ordre public, mais un problème plus profond, un problème de réseaux. On peut très bien le voir dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône : les forces de l'ordre y sont totalement dépassées par la situation et elles font face à de véritables cartels de la drogue comme en Amérique du sud.» 

Quant à la «reconquête républicaine», évoquée par Gérard Collomb lors de son discours de départ, selon cette même source, il faudra encore attendre : «C'est un aveu d'échec ! [...] A chaque annonce, ça recommence, mais ce n'est pas en faisant de la politique qu'on va changer ces quartiers.»

La menace terroriste toujours présente

Par ailleurs, comme l'ont pointé certains opposants politiques, à l'instar du républicain Guillaume Peltier, le contexte de menace terroriste particulièrement prégnant en France depuis 2015 ne s'est pas apaisé. L'élu du Loir-et-Cher a notamment supputé, entre le départ de Gérard Collomb et le remaniement : «Imaginons une seule seconde qu'il y ait un attentat sur notre sol en cette période de troubles, d'entre-deux, où le président de la République, des jours durant, est incapable de désigner un ministre de l'Intérieur...»

Malgré la fin de l'état d'urgence, les forces de l'ordre ont fort à faire dans ce domaine et certains signaux peuvent faire penser que la situation n'est pas parfaitement favorable au sein même des services. Une série de couacs à la DGSE et à la DGSI ces derniers mois au cours desquels des agents doubles ont été démasqués à Levallois comme à Mortier, révèle en filigrane un autre malaise du côté des grandes oreilles : l'alternance n'a pas eu lieu depuis l'élection d'Emmanuel Macron et une petite pagaille semble s'être installée.

Des services français déboussolés par le ni droite ni gauche ?

Interrogé par RT France en juin 2018, le secrétaire général d'UNSA-Police, Philippe Capon, confirmait une information de source policière selon laquelle, nonobstant quelques changements de têtes à certains postes clés, l'essentiel des effectifs de la haute administration policière était resté identique à celui de l'ère de François Hollande.

Cette façon de faire rompt avec une tradition tacite selon laquelle, à la faveur d'une alternance politique, les décideurs au sein des services changent, avec un mercato bien orchestré.

En revanche, après l'élection d'Emmanuel Macron, le nouveau monde a engendré de nouvelles méthodes en la matière : le ni droite ni gauche a également donné lieu à un non-renouvellement du vivier d'encadrement dans les services. Le grand flic nommé en tant que bras droit du ministre d'Etat, Laurent Nunez, connaît bien la DGSI et jouit d'une légitimité certaine puisqu'il l'a lui-même dirigée après avoir pris la préfecture de Marseille pour y faire baisser la criminalité en 2015.

Des salaires à l'insalubrité du parc immobilier, les syndicats seront intransigeants

Parmi les autres sujets vexatoires au sein de la police, UNSA-Police a également dénoncé récemment le grand écart des salaires qui ont cours dans les rangs des forces de l'ordre. Selon un tract émis par ce syndicat, les primes perçues annuellement par les directeurs de service, les inspecteurs généraux et les contrôleurs généraux de la police peuvent avoisiner plus de 116 000 euros. Un comble pour les simples policiers, qui doivent parfois travailler dans des conditions difficiles et qui se sentent souvent déconsidérés dans le cadre de leur mission.

Remaniement : les chantiers pressants qui attendent Castaner et Nunez après Gérard Collomb
Capture d'écran d'un tract syndical d'UNSA-Police

A ce titre, le sujet du parc immobilier de la police nationale constituera un des grands chantiers du successeur de Gérard Collomb. Les concours de photographies qui ont fleuri sur internet pour alerter sur l'insalubrité des bâtiments policiers en 2017 ont fait mouche et les syndicats ont déjà annoncé qu'ils seraient vigilants à cet égard. «Il va falloir que le nouveau ministre s’y mette», a prévenu Philippe Capon dans un entretien accordé à 20 Minutes.

En juillet, l'entourage de Gérard Collomb déclarait d'ailleurs : «Répondre à ce malaise a été la première priorité du gouvernement en matière de sécurité [...] Depuis un an, de très nombreuses mesures en faveur des forces de l'ordre ont été prises». Et de faire valoir des «engagements financiers forts [...] en matière d'investissement immobilier, avec 196 millions d'euros de crédits par an pendant trois ans pour la police et 101 millions pour la gendarmerie». Des efforts qu'un rapport sénatorial a toutefois jugé «totalement insuffisants» et «largement inférieurs de 450 millions d'euros aux besoins identifiés».

Faudra-t-il aussi «réparer le lien» avec la police ?

Enfin, Christophe Castaner et Laurent Nunez devront chercher à apaiser les relations tendues entre le gouvernement et les forces de sécurité. Quoique encore contenue, la grogne policière est bien réelle et les auditions des instances syndicales à la commission d'enquête du Sénat sur l'affaire Benalla ont révélé que les représentants professionnels du secteur avaient à cœur de soutenir leurs rangs. Surtout dans le contexte actuel : la fonction publique procédera à ses élections professionnelles à la fin de l'année 2018 et les syndicats policiers feront flèche de tout bois pour porter au plus haut les revendications de la base pendant les prochains mois.

Antoine Boitel

Lire aussi : Les quartiers de «reconquête républicaine» : le chant du cygne de Gérard Collomb ? (ENTRETIEN)

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