Yves Cochet : «Cohn-Bendit est trop anar' et libertaire pour être ministre de l'Ecologie»

Yves Cochet : «Cohn-Bendit est trop anar' et libertaire pour être ministre de l'Ecologie»© Regis Duvignau Source: Reuters
Daniel Cohn-Bendit en mai 2018 au festival de Cannes.

L'ex-ministre de l'Environnement Yves Cochet a répondu aux questions de RT France au sujet de la démission de Nicolas Hulot, de la nomination de son successeur et de la difficulté du combat écologique dans une économie libérale.

RT France : Comment avez-vous réagi à la démission de Nicolas Hulot ? 

Yves Cochet : On pouvait s’y attendre, puisqu’il avait donné des signes d’impatience depuis quelques mois. D’autre part, entre ses convictions assez profondément écologistes et le bilan réel en matière d’écologie du gouvernement Macron-Philippe, il y avait trop de contradictions. Ce qu'il n'a pas supporté, et je l'approuve...

Est-ce difficile d’être ministre de l’Ecologie en France ? 

Y.C. : Bien sûr, c’est très difficile. Même si on est pas purement écolo, comme Roselyne Bachelot, plutôt de droite, ou comme Delphine Batho, plutôt de gauche. On a des difficultés parce qu’on est un ministère à vocation transversale, qui non seulement s’occupe de la protection de la nature, de la défense de l’environnement, mais aussi de tous les autres domaines de l’action politique (les transports, l’énergie, le social, l’international et l’économie). 

Tous les autres ministres sont vos concurrents dans les arbitrages interministériels ou dans les arbitrages devant le Premier ministre. Comme la plupart du temps vous perdez, au détriment de l’écologie et en faveur de l’économie, vous finissez par en avoir assez. Nicolas Hulot, qui est une personne sensible, n’a pas supporté. Cette contradiction entre notre système économique actuel et l’écologie, malgré les belles paroles des uns et des autres en faveur de la verdure, ne sera pas résolue en nommant quelqu’un d’autre.

Cette contradiction entre notre système économique actuel et l’écologie ne sera pas résolue par quelqu'un d'autre

Qu’est ce qui a poussé Nicolas Hulot à la démission : la politique d’Emmanuel Macron ou le manque de résultats en terme d’écologie ? 

Y.C. : C’est plutôt le manque de résultats. Nicolas Hulot a très vite fait le bilan de son ministère sur France Inter. Il a dit : «Qu’est-ce qu’on a fait en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre ? Rien. Perte de la biodiversité ? Rien. Pollution des milieux ? Rien. Déforestations...»  Il a fait toute la longue liste des paramètres écologiques qui s’affolent actuellement.

Il estime que ce n’est ni à la hauteur ni suffisamment rapide. C’est une sorte de tare structurelle du système libéral productiviste. Bien sûr, Macron prétend changer les choses et réformer les Gaulois. Lui-même n’arrive pas à se réformer sur ce domaine, tout simplement car il ne comprend dans quel état est la planète, la santé humaine et quelles sont les menaces considérables que font peser l’activité humaine sur l’écosphère.

Est-ce que vous pensez que le prochain Ministre de l’Ecologie pourra changer les choses ? 

Y.C. : Oui, je pense qu’on peut gagner certains petits pas. Sur le glyphosate, il y a une demi-mesure, ça ne va pas assez vite. Sur le nucléaire, on a régressé. On peut regarder point par point, et thème par thème, parfois on peut avoir quelques petites victoires. Quel que soit le ou la ministre qui va remplacer Nicolas Hulot, on peut toujours parader, faire du baratin, mais si la politique ne change pas profondément et structurellement, on aura le même bilan l’an prochain et à la fin du quinquennat. 

Il y a plusieurs personnalités pressenties pour être le nouveau ministre de l’Ecologie (Daniel Cohn-Bendit, Ségolène Royal…). Qui vous semble être la personne la plus appropriée ? 

Y.C. : Je ne vais pas vous citer de noms, j’en connais au moins une dizaine. Je ne vois pas du tout Daniel Cohn-Bendit, il est trop «anar'», trop libertaire, trop soucieux de sa libre parole. On sait bien, Nicolas Hulot l’a dit et je pourrais le dire aussi, si on veut rester un certain temps au gouvernement il faut manier la langue de bois et avaler des couleuvres. Daniel Cohn-Bendit ne le fera pas.

Ségolène Royal pourrait y aller. Elle dit : «Je suis candidate à rien mais je suis prête quand on me le demande». La tâche sera tellement difficile pour ceux qui sont vraiment écolos et qui veulent changer les choses. Je ne vois pas qui pourrait faire l'affaire tant que cette politique libérale et productiviste sera menée, le ministère de l’Ecologie ne parviendra pas à avoir de bons résultats dans ce domaine.

Ce remaniement va-t-il avoir une influence sur la politique d'Emmanuel Macron ? 

Y.C. : Bien entendu. Le remaniement peut aller au-delà du simple remplacement de Nicolas Hulot. Il peut y avoir d’autres mouvements ministériels, soit des nouveaux qui arrivent ou des anciens qui partent, car il faut préparer les élections européennes dans une dizaine de mois. 

Ségolène Royal pourrait y aller

Concernant les ennuis d’Emmanuel Macron, je ne crois pas qu'ils diminueront tant qu’il continuera avec cette politique et ce caractère parfois jupitérien. Si cela ne change pas, il aura des déboires au niveau de sa popularité. Il devrait se remettre en question, à la fois dans les orientations de sa politique, qu’elle soit essentiellement écolo et non pas libéral-productiviste. De plus, il faudrait qu’il soit un peu plus modeste.

Lors de sa visite au Danemark, Emmanuel Macron a parlé des Français comme des «Gaulois réfractaires». Comment avez-vous réagi ? 

Y.C. : C'est une sorte de mépris avec le peuple français. Je crois que les Français, pas plus que les Allemands, les Danois ou les Finlandais, ne sont réfractaires au changement. Le problème c’est la nature du changement, la nature des réformes. Evidemment, si l’on ne cesse de les humilier et de leur retirer de la dignité, on a raison d’être réfractaire ou, comme dirait Jean-Luc Mélenchon, «insoumis».

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