Notre-Dame-des-Landes : le suspense à son comble à quelques jours de l'évacuation

Notre-Dame-des-Landes : le suspense à son comble à quelques jours de l'évacuation© Jean-François Monier Source: AFP
Festival militant à Notre-Dame-des-Landes le 8 juillet 2017

Dans l’attente de la décision du gouvernement sur la création ou non de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour fin janvier, les dernières déclarations de l’exécutif font redouter une évacuation violente des opposants.

Quelques jours avant que le gouvernement décide de la création de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement laisse entendre qu’il n’a pas encore tranché. Même s'il avait promis de trancher la question avant la fin du mois de janvier. Reste que diverses déclarations concernant la Zone à Défendre (ZAD), celle sur laquelle l'aéroport devrait être construit et que ses détracteurs occupent, laissent entrevoir la perspective d’affrontements à la veille de l’évacuation. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, répondant aux questions de CNEWS le 16 janvier, a tenu à préserver le mystère quant à la décision finale. Il a confirmé qu'il souhaitait expulser les zadistes, expliquant que des dizaines d'entre eux seraient «radicalisés».

Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, invité sur France 2 le 16 janvier, a expliqué devoir «gérer ce genre de crise avec beaucoup de maîtrise». Quelle que soit la décision, une évacuation est bel et bien prévue : «[La ZAD] sera en tout cas évacuée des éléments les plus radicaux», a-t-il expliqué. «Ce que nous voulons, c’est surtout lui donner un  autre avenir : il y a toute une série de gens qui ont des projets sur la ZAD qui sont prêts le cas échéant à pouvoir faire autre chose», a-t-il suggéré, laissant les réseaux sociaux imaginer que les zadistes coopératifs allaient pouvoir rester sur le site.

Le 14 janvier, le Premier ministre Edouard Philippe avait quant à lui rendu une visite surprise aux élus du département de Loire Atlantique. Il y avait rencontré les élus favorables, comme la maire de Nantes Johanna Rolland, mais aussi opposés au projet d'aéroport, comme Jean-Paul Naud, le maire de Notre-Dame-des-Landes. De l’avis des personnes rencontrées, sa décision n’était pas encore prise.

Une évacuation qui s’annonce longue et complexe

Sur France 2, début janvier, Edouard Philippe s'était montré catégorique : «Quelle que soit la décision que nous prendrons, il y aura une composante d'ordre public.» Même si Gérard Collomb est partisan du recours à une «force concertée» et «la plus mesurée possible», la réalité du terrain permet de comprendre combien il sera délicat d’intervenir. Selon les informations du Monde, 30 à 40 escadrons de gendarmerie mobile, soit 2 500 militaires, interviendraient pour une durée de deux à trois semaines. Des hommes à pied procéderaient à l’évacuation, le recours au génie militaire serait même envisagé, notamment pour détruire des barricades ou déloger des opposants réfugiés dans des cabanes en hauteur dans les arbres.

Plusieurs témoignages assurent que la ZAD serait une quasi-zone de guerre, évoquant la présence de pièges, d'explosifs, de tunnels ou d'engins incendiaires. Mais cet alarmisme n'est pas partagé par tous les observateurs. Le directeur de la rédaction du JDD, Yves Gattegno, a par exemple dû s’excuser après qu’un de ses journalistes a écrit un article intitulé «Les photos secrètes de la Zad» sans se rendre sur la zone, exploitant des photos non sourcées de la gendarmerie. Il présentait ainsi Notre-Dame-des-Landes comme une véritable zone de guerre sans y avoir mis les pieds.

Un des reporters de RT France est allé à la rencontre des personnes qui vivent sur le site. Il avait interrogé  l'une d'elles, Camille (pseudonyme de lutte que s'attribuent tous les zadistes), qui faisait état d'un arsenal bien plus rudimentaire : «Il y a des trous, des pneus, des troncs d’arbres car si la police nous attaque, il va bien falloir qu'on défende nos maisons et le territoire.»

Quoi qu’il en soit, la présence d'un certain nombre d'irréductibles dans la ZAD ferait redouter des échauffourées violentes. Actuellement, plus de 300 personnes seraient sur le site et, potentiellement, déterminées à le défendre. Certains militants ont d'ores et déjà annoncé qu'ils se rendraient dans la ZAD pour prêter main forte aux zadistes avant l’arrivée des forces de l'ordre.

 

Par ailleurs, à l’initiative d’Attac, des soutiens politiques (EELV, La France insoumise...) nationaux et locaux ont rédigé une tribune demandant que la ZAD ne soit pas démantelée et que les modèles alternatifs mis en place dans cette zone soient soient préservés.

Pour l’heure, le suspense est à son comble à quelques jours de l’annonce du gouvernement. Soit l'exécutif se met à dos les élus de Loire Atlantique, déterminés depuis des années à voir le projet aboutir – tout en se préparant à reverser une indemnité phénoménale au constructeur Vinci avec qui le contrat a été conclu pour une valeur estimée à plus de 300 millions d'euros. Soit il court le risque de déclencher une insurrection sur le site, alors que Notre-Dame-des-Landes est devenu le catalyseur de l'opposition d'une large frange de la gauche radicale aux gouvernements successifs depuis plusieurs années. Le spectre d’une bavure ou d’un accident effraie jusqu’à Edouard Philippe. Lors d’une réunion avec les élus de Loire-Atlantique, le 5 janvier, le Premier ministre avait répondu à ceux qui lui demandaient une évacuation ferme de la ZAD : «Imaginez qu'il y ait un mort et que ce soit un étudiant de Rennes ou de Nantes. Imaginez que ce soit un gosse. On fait quoi ?» 

 

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