«Voir des crimes contre l'humanité chez Colbert est débilissime» : Yann Moix ulcère le Cran

«Voir des crimes contre l'humanité chez Colbert est débilissime» : Yann Moix ulcère le Cran© Capture d'écran @ONPC
Yann Moix dans l'émission ONPC le 25 novembre 2017.

Le Cran a saisi le président du CSA, le 30 novembre, en raison de propos formulés par le chroniqueur Yann Moix sur l'Histoire et l'esclavage lors de l'émission «On n'est pas couché» de France 2 diffusée le 25 novembre.

L’écrivain et chroniqueur télé Yann Moix, sur le plateau de l'émission On n'est pas couché présentée par Laurent Ruquier sur France 2, le 25 novembre, comptait dénoncer une certaine lecture de l'Histoire face à l'essayiste Alain Finkielkraut. Pour le Conseil représentatif des associations noires (Cran), les propos tenus ce jour-là par le chroniqueur étaient «haineux et méprisants». Le Cran s'est empressé de saisir le président du CSA.

Le problème quand le passé dépend du présent, c'est qu'il y a forcément des anachronismes et qu'on va de ce fait aller voir des crimes contre l'humanité chez Colbert [...] ce qui est absolument débilissime

Yann Moix s'élevait contre une vision «présentiste» de l'Histoire, c'est-à-dire une lecture anachronique des débats du passé en fonction des enjeux du présent. «Le problème quand le passé dépend du présent, c'est qu'il y a forcément des anachronismes et qu'on va de ce fait aller voir des crimes contre l'humanité chez Colbert, on va aller voir des crimes contre l'humanité chez Napoléon, ce qui est absolument débilissime, dans la mesure où c'est un concept moderne inventé à Nuremberg», a-t-il déclaré lors de l'émission sur la chaîne publique (à partir de 35'55 dans la vidéo ci-dessus).

L'écrivain a précisé sa pensée : «L'histoire est tiraillée entre le présent depuis lequel elle fait sens parce qu'elle doit ressembler à la société, et en même temps l'anachronisme qui la fait rendre aberrante quand on lui pose des systèmes de pensée qui n'existaient pas il y a deux cents ans.»

Ces propos ont ulcéré le Cran, qui s'est exprimé dans un communiqué publié le 30 novembre. Il demande au CSA de «recadrer et de sanctionner sévèrement le producteur de l'émission», car on ne peut selon l'association laisser ainsi «proférer et proliférer à l'antenne, qui plus est sur le service public, des propos qui laissent à penser que "Black lives don't matter"».

Le Cran estime dans ce communiqué que «le chroniqueur visait [sa] campagne [...] à propos de Colbert et de Napoléon, le premier ayant préparé le code noir qui a légalisé l’esclavage en France, et le second ayant rétabli en 1802 l’esclavage, qui avait été aboli en 1794». Il précise pour contredire Yann Moix, que l'esclavage avait été reconnu comme crime contre l'Humanité par le droit international en 2001.

Le texte du Cran fustige le «relativisme moral» et ceux qui s'y «laissant entendre qu’il n’était pas criminel à l’époque de traiter les Noirs comme des objets, ce qui tend évidemment à minimiser, et même à nier la réalité du crime». Il précise qu'«il y a eu de tout temps en Europe des esprits libres s’opposant à l’esclavage» et que «le parlement de Paris lui-même a[vait] refusé d’enregistrer le code noir».

En France, dans le cadre d'une campagne intitulée «Vos héros sont nos bourreaux», Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France ainsi que diverses personnalités, ont fait paraître une tribune en septembre 2017 dans le journal Le Monde. Ils avaient demandé à cette occasion que le nom de Jean-Baptiste Colbert soit expressément retiré des frontons des lycées et collèges. 

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