Procès Merah : amertume chez les familles, colère au FN, craintes dans la communauté juive

Procès Merah : amertume chez les familles, colère au FN, craintes dans la communauté juive© Benoît Peyrucq Source: AFP
Abdelkader Merah lors de son procès

Abdelkader Merah a été jugé non coupable de complicité des assassinats commis par son frère. Sa condamnation à vingt ans de prison, dont deux tiers de peine de sûreté, pour association de malfaiteurs terroriste, a suscité déception et colère.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle», mais ne l'ont pas jugé coupable des sept assassinats commis par son frère, Mohamed, en 2012 à Toulouse et Montauban. Les juges ont également condamné l'autre accusé, Fettah Malki, à 14 ans de réclusion criminelle assortie d'une peine de sûreté des deux tiers, lui aussi pour association de malfaiteurs.

Amertume chez les parties civiles

Ce jugement, dont Eric Dupond-Moretti, l'avocat d'Abdelkader Merah, s'est félicité qu'il prouve que «même dans les affaires de terrorisme les plus graves, la preuve et la règle de droit [ne sont] pas reléguées au rang d'accessoires», n'a pas satisfait tout le monde, à commencer par certaines familles des victimes. Si leur avocat, Ariel Goldmann, a salué «un jugement qui devrait satisfaire, d'une certaine manière, les parties civiles», celles-ci ont parfois eu des réactions amères.

C'est le cas de Latifa Ibn Ziaten, la mère de la première victime de Mohamed Merah, qui a exprimé de vifs regrets. «Je pense que [les juges] n'ont pas été jusqu'au bout [...] On est trop naïf en France, il faut qu'on se réveille pour protéger notre pays, pour protéger nos enfants», a alerté cette Franco-Marocaine de 57 ans qui, depuis l'assassinat de son fils, parcourt la France à la rencontre des jeunes dans les cités, les écoles ou les prisons pour les convaincre de ne pas tomber dans une «secte terroriste».

Les avocats admettent néanmoins que les éléments matériels manquaient pour établir la complicité d'Abdelkader. En ne retenant pas ce chef d'accusation, ils veulent croire que la décision «peut avoir pour conséquence qu'il n'y ait pas d'appel de ce verdict». Seul Fettah Malki a, pour l'instant, fait part de sa décision de faire appel.

Le CRIF redoute un «signe de faiblesse» envers les islamistes

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a exprimé sa crainte que les terroristes islamistes voient dans ce verdict un «signe de faiblesse». Son président, Francis Kalifat, reconnaît que «la justice est passée», tout en regrettant qu'elle n'ait pas «été jusqu'au bout», alors que les éléments du dossier le justifiaient, selon lui. 

«Abdelkader Merah reste totalement coupable au regard de la douleur des familles et de l'horreur du crime commis par son frère qu'il avait radicalisé et instrumentalisé en bras armé de son idéologie mortifère», ajoute Francis Kalifat. Le décalage entre les attentes de certaines familles et le jugement rendu fait également réagir Joël Mergui, président du Consistoire. Celui-ci a qualifié le verdict de «fatalement décevant au regard des vies brisées».

Toutefois, le CRIF estime que «justice est presque rendue». «Ce procès a permis de bien comprendre la façon dont la haine se fabrique en France et doit nous inciter à une vigilance de tous les instants», estiment ses membres.

L'idée que les explications livrées par Abdelkader Merah doivent permettre de tirer des enseignements est également partagée par Joël Mergui. Selon lui, ce procès «aura permis de rentrer dans le mécanisme de la haine antisémite, lentement mais implacablement distillée au sein du milieu familial [et] aura attiré l'attention sur l'apprentissage de la terreur et la fabrication de tueurs implacables, endoctrinés pour répandre l'horreur, désorganiser nos sociétés et en saper les fondations».

Le FN et une partie de la droite dénonce un «laxisme»

De son côté, le Front national a dénoncé un verdict «dérisoire et incroyablement laxiste eu égard à la gravité du contexte». Dans un communiqué du parti, la décision des juges est qualifiée d'«injure à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme islamiste qui frappe la France depuis 2012».

Le Front national redoute que «dans les faits, [Abdelkader Merah] ne [passe] que 13 ans derrière les barreaux, au regard de la faiblesse dont fait preuve la justice depuis plusieurs années». Avec une peine de sûreté des deux tiers, et compte tenu des cinq années qu'il a déjà passé en détention provisoire, il serait potentiellement libérable d'ici environ neuf ans.

Le parti de Marine Le Pen réclame que «la perpétuité réelle et incompressible puisse être prononcée pour mettre hors d’état de nuire définitivement les individus liés au terrorisme islamiste». Une loi a pourtant déjà été votée en mars 2016, qui permet aux juges de prononcer de telles peines dans les affaires de crimes terroristes. Le code de procédure pénale prévoit toutefois un possible aménagement après trente ans de réclusion, sous des conditions précises.

La crainte d'une peine réduite après application des remises de peine est également partagée par Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France !, qui s'en est ému sur Twitter.

La députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône, Valérié Boyer, a également fait part de son appréciation mitigée du verdict, sans toutefois remettre en cause le travail des juges. 

Même son de cloche chez Isabelle Balkany, élue municipale Les Républicains de Levalois-Perret, qui évoquait de manière compassionnelle les victimes, sans toutefois s'en prendre aux magistrats.

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