Procès Merah : la mère exaspère les parties civiles avec ses mensonges

Procès Merah : la mère exaspère les parties civiles avec ses mensonges© Jacques Demarthon / AFP Source: AFP
Zoulikha Aziri le 18 octobre aux assises de Paris.

Entendue à la barre de la Cour d'assises spéciale de Paris le 18 octobre, la mère des frères Merah a chargé Mohamed pour couvrir son fils Abdelkader, en proférant des mensonges qui ont indigné les proches des victimes.

Vêtue d’un foulard ocre et d’une robe beige, Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah, s’est exprimée le 18 octobre durant 3h30 à la barre, ses mots traduits de l'arabe par une interprète. Durant sa prise de parole, elle a incriminé son fils, le terroriste Mohamed Merah, et d'autres membres de sa famille, pour mieux récuser les charges de complicité qui pèsent sur Abdelkader dont le procès se tient depuis deux semaines. Avec les mensonges qui ont émaillé son intervention, elle a ulcéré la salle et les familles des victimes qui l'ont fréquemment huée. Appels au calme, protestations, discussions non tenues : le tribunal s'est retrouvé chaviré le temps de sa comparution.

Charger Mohamed pour disculper Abdelkader

«Abdelkader n'a rien à voir dans l'histoire qui s'est passée. Ce qu'a fait Mohamed, c'est très grave mais il est mort», a affirmé d’emblée la mère de la famille Merah, poursuivant une ligne de défense immuable, dépourvue de crédibilité. Elle n'a pas trompé l'avocate générale, qui a noté qu'elle comprenait qu'elle voulait protéger Abdelkader, selon un tweet d'une journaliste de France Inter présente à l'audience.

 

C'est moi qui ai appris la religion, la prière à mon fils.

 «Abdelkader, il était normal, ne posait pas de problème», a insisté la mère, niant des évidences que l’accusé lui-même avait avouées, reconnaissant qu’avant de basculer dans l’islam radical en 2006, il était violent, y compris envers sa mère. A rebours également des rapports accablants de l'assistance sociale. Elle le présente comme un homme «gentil à la maison» alors qu’il a été condamné à deux ans de prison pour avoir poignardé à sept reprises son frère Abdelghani, qui l'a décrit au procès comme un homme «sadique», «pervers», «prosélyte» et «dangereux». Mais Zoulikha Aziri s’acharne, affirme que son fils pratiquait «un islam normal», alors qu’il était radicalisé et faisait du prosélytisme salafiste. Ce point est important dans le procès pour déterminer si Abdelkader a tenté de renforcer les convictions religieuses de son frère et savoir, en quelque sorte, s'il était le cerveau des attentats. «C'est moi qui ai appris la religion, la prière à mon fils», «c'est moi qui l'ai envoyé en vacances et suivre des cours en Egypte», a-t-elle notamment affirmé. «Pourquoi l'Egypte ?», demande le président de la Cour d'Assises, sachant qu'Abdelkader s'y est rendu pour suivre un enseignement salafiste. «Comme ça», répond-elle.

Elle prétend qu'Abdelkader ignorait que Mohamed était parti au Pakistan, pour s'entraîner dans un camp djihadiste. D'ailleurs, elle assure que les deux frères étaient en froid à cette époque. Elle nie même ses propres déclarations à la police de 2012. «J'ai pas dit ça», répète-t-elle sans attendre la fin des questions, irritant par son insolence les proches des victimes et le président.

Mohamed est parti pour la bonne cause

La mère des frères Merah décrit en revanche Mohamed comme «un fou». «Depuis tout petit, il a eu des problèmes. Il me disait, "j'ai un homme qui me parle dans la tête"», a-t-elle raconté. Des propos accablant son fils, alors même qu'elle se serait déclarée fière qu’il ait «mis la France à genoux». Et quid de ses conversations avec Abdelkader au parloir, enregistrées à son insu ? «Mohamed est parti pour la bonne cause», aurait dit Zoulikha Aziri. «C'est faux !», tonne-t-elle, «ramenez-moi l'enregistrement !»

Mensonge encore sur son mariage avec Mohamed Essid, parti combattre en Syrie, qu’elle attribue à un souhait de Mohamed alors qu’Abdelkader a déclaré l’avoir organisé. Son antisémitisme, qui aurait valu à son ex-belle fille un crachat au visage de sa part ? «Tous mes médecins sont juifs», lance-t-elle, déclenchant des rires gênés.

 

Pas d'aveu sur un point clé

Mais son audition n’a pas permis de valider le point clé susceptible d'incriminer Abdelkader Merah.

Le 4 mars 2012 vers 23 heures, la box internet de Zoulikha Aziri se connecte au site «Le Bon Coin», sur l’annonce de la vente de la moto d'Imad Ibn Ziaten – le premier soldat tué par Mohammed Merah –, qui précisait qu’il était militaire. «Il n'y avait personne chez moi, j'étais seule», a affirmé la mère, ne reconnaissant avoir vu Adelkader ce jour-là. L'enquête n'a pas permis de déterminer qui s'était connecté. Mais l'accusation affirme que c’est Abdelkader. La mère conteste : «C'est Mohamed, depuis l'extérieur, il avait mes codes !». «Impossible, les experts l'ont dit», lui rétorque Mehana Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten. «Je sais mieux que les experts ! Personne n'est venu chez moi», s’entête Zoulikha Aziri. 

«Si, Madame, la famille veut la vérité !» s’emporte l'avocat, dans un climat à haute tension. «C'est Mohamed», persiste Zoulikha Aziri. 

Le tribunal choqué par le comportement de la mère des frères Merah

Cette femme défiante se permet par la suite de provoquer l'avocate générale, en lui disant qu'elle commence à l'«énerver». Dans une salle indignée, le frère d'Imad Ibn Ziaten a quitté la salle en pleurs, en lui lançant : «Vous êtes méchants, vous êtes de la merde». La star du barreau Eric Dupont-Moretti, avocat de Zoulikha Aziri, a défendu sa cliente : «C'est la mère d'un mort», a-t-il déclaré, provoquant la colère de la salle.

Oui, cette femme a menti sur un certain nombre de points, c'est une évidence.

Comment tenter de réhabiliter l’image d’une femme aux déclarations provocatrices, dont les mensonges se sont égrenés au fil de l'audience ? «Oui, cette femme a menti sur un certain nombre de points, c'est une évidence», a admis Eric Dupont-Moretti, qui a rappelé qu'elle ne déposait pas sous le statut de témoin. Il a ajouté : «Dire que cette femme a perdu son fils n'est pas une injure faite aux autres victimes. Les larmes s'additionnent, elles ne s'opposent pas», a-t-il lancé avant que la mère ne quitte la salle escortée par des gendarmes et vilipendée par des proches des victimes.

A sa sortie, une foule de journalistes l'ont suivie et questionnée avec fermeté. Elle a fini par répondre au micro de la chaîne I24, tenant des propos difficilement intelligibles, au sujet de ses mensonges, d’où l’on pouvait discerner : «On ne peut pas parler de sa vie privée devant tout le monde, ça fait honte pour nous.»

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