Que risque l'artiste russe Pavlenski, réfugié en France, après avoir mis le feu à une banque ?

Que risque l'artiste russe Pavlenski, réfugié en France, après avoir mis le feu à une banque ?© Maxim Zmeyev Source: Reuters
Piotr Pavlensky à Saint-Pétersbourg en 2012

Accusé de harcèlement sexuel en Russie, l'artiste controversé Piotr Pavlenski, qui a mis le feu à la banque de France, pourrait bien perdre son statut de réfugié politique s'il venait à être considéré comme une menace à l'ordre public.

Que risquent l'artiste russe controversé Piotr Pavlenski et sa femme Oksana Chalyguina, qui bénéficient du statut de réfugiés politiques en France depuis mai 2017, et qui ont été arrêtés par la police et placés en garde à vue pour «dégradation par incendie» après avoir mis le feu à la banque de France dans une performance le 16 octobre ?

Menace pour la sûreté de l'Etat français ?

La réponse à cette question dépend en fait du chef d'accusation retenu contre eux. «Je vous confirme le placement en garde à vue cette nuit de deux individus (un homme et une femme) du chef de dégradations volontaires de biens par l'effet d'une substance incendiaire. L'enquête a été confiée par le parquet de Paris à la sûreté territoriale», a confié à RT France une source judiciaire proche de l'enquête.

Or un incendie volontaire relève du code pénal et est donc qualifié comme un crime. Et selon l'Article L711-6 de la loi du 29 juillet 2015 sur les conditions d'octroi d'asile, il peut être mis fin au statut de réfugié lorsqu'«il y a des raisons sérieuses de considérer que la présence en France de la personne concernée constitue une menace grave pour la sûreté de l'Etat» mais aussi lorsque «la personne concernée a été condamnée en dernier ressort en France soit pour un crime, soit pour un délit constituant un acte de terrorisme ou puni de dix ans d'emprisonnement, et [lorsque] sa présence constitue une menace grave pour la société».

Ce que confirme à RT France Marion Beaufils, juriste pour la Cimade, une association qui accompagne les personnes étrangères dans la défense de leurs droits : «Dans le cas où il y a menace à l'ordre public ou à la sûreté de l'Etat, [la perte du statut d'asile et de réfugié] peut être décidée par le préfet [qui demande à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lancer une procédure].»

S'ils étaient reconnus coupables d'incendie volontaire, l'artiste et sa femme seraient informés par écrit du lancement de la procédure. «Pour lui retirer son statut, [l'Office français de protection des réfugiés et apatrides] est obligé de convoquer la personne par courrier et de lui expliquer que c'est pour un retrait. Il organisera ensuite un contradictoire afin de recueillir ses informations et explications», explique Marion Beaufils.

Poursuivi pour harcèlement sexuel, il trouve refuge en France

Posant devant les portes, en feu, de la succursale de la Banque de France à Bastille, Piotr Pavlenski n'en est pas à son coup d'essai : l'artiste contemporain s'est en effet rendu célèbre en réalisant des performances visant à choquer et qu'il estime être à visées politiques.

«Mettre le feu sur la banque de France, c'est mettre l'éclairage sur la vérité que les autorités nous ont forcé à oublier», a-t-il expliqué dans un message expliquant son geste, relayé par la militante des Femen Inna Shevchenko, et dans le quel il qualifie la banque de «nouveau foyer d'esclavage».

En 2012, il s'était cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riot, groupe de punk rock féministe dont les membres cagoulées s'étaient produites sans autorisation dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Parmi ses autres coups d'éclat, il avait arrosé d'essence et incendié les portes du siège du FSB, une action pour laquelle il avait été condamné à 500 000 roubles (7 900 euros) d’amende. Il s'était également cloué la peau des testicules sur les pavés de la place Rouge.

Dans un entretien, accordé en septembre à la radio allemande Deutsche Welle, Piotr Pavlenski décrivait en ces termes la vie de sa famille dans l'Hexagone : «Nous ne travaillons pas, nous ne payons rien et nous squattons la maison dans laquelle nous vivons». «Nous prenons de la nourriture dans les magasins : ici la sécurité n'est pas très attentive. Les transports sont également relativement mal contrôlés», ajoutait-il, assurant vivre «comme la plupart des Français».

Accusé d'agression sexuelle en Russie et risquant une peine de 10 ans d'emprisonnement, Piotr Pavlenski, ainsi que sa femme, a obtenu le statut de réfugié politique en France en janvier 2017. La ministre de la Culture de l'époque, Audrey Azoulay, désormais directrice générale de l'UNESCO, avait salué cette décision, sans toutefois nommer l'artiste. «C'est parce que la France défend les libertés que les artistes du monde y trouve (sic) refuge», avait écrit la ministre sur Twitter.

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