Laïcité, terrorisme, état d'urgence : ce que proposent Manuel Valls et Benoît Hamon

Laïcité, terrorisme, état d'urgence : ce que proposent Manuel Valls et Benoît Hamon © bertrand GUAY Source: AFP

Pendant un débat sans grands rebondissements, la laïcité et «la lutte contre le terrorisme et l'extrême-droite» ont eu une importance particulière. Mais aucun des candidats n'a su se démarquer par des propositions concrètes.

Laïcité, voile, radicalisation, terrorisme, état d'urgence... S'il y a quelques sujet à retenir de ce dernier débat de la primaire de la gauche entre Manuel Valls et Benoît Hamon, ce sont bien ceux-là. 

Voile : asservissement ou droit inébranlable ? 

Manuel Valls a dans une premier temps affirmé qu'Alexis Bachelay, porte-parole de Benoît Hamon, avait «organisé une réunion avec le CICF (Collectif contre l'islamophobie en France) sur la sortie de l'état d'urgence», ajoutant : «Oui il y a une ambiguïté». L'ancien Premier ministre a néanmoins tenté de calmer le jeur après les accusations qu'il avait lancées il y a quelques jours, après le premier tour de cette primaire. 

Concernant le voile, Benoît Hamon est resté plutôt évasif. Car s'il affirme que «quand ce voile est le symbole de l'asservissement, objectivement, rien ne doit être laissé de côté pour le combattre», il ajoute cependant que, «quand une femme décide librement de porter le foulard islamique, elle est libre de le faire. Les musulmans ont le droit de pouvoir exprimer ce que sont leurs convictions».

Et d'ajouter : «La droite et l'extrême droite utilisent la laïcité comme un glaive contre nos compatriotes musulmans.» Benoît Hamon n'a pas précisé où se trouvait, pour lui, la limite entre une femme asservie par le port du voile et celle qui faisait le libre choix de le porter par conviction.

Ces propos de Benoît Hamon n'ont guère plu à Manuel Valls qui lui, a un avis bien tranché sur la question du voile. En effet, pour l'ex-Premier ministre, il ne peut y avoir le moindre accommodement : «La laïcité est un bouclier, c'est la liberté de croire ou de ne pas croire. J'ai vu la montée des communautarismes, des fondamentalismes, et la mise en cause de la place de la femme dans notre société. J'ai voté la loi de 2010 interdisant la burqa. C'est un combat politique. Il ne peut pas y avoir le moindre accommodement parce que nous devons protéger nos compatriotes de confession musulmane qui sont sous pression des fondamentalistes. Aujourd'hui, il y a une revendication politique du voile qui conteste la République. Nous devons la combattre.»

Allant plus loin dans sa description de sa vision de la laïcité, Manuel Valls a déclaré : «Je suis convaincu, au contraire, que nos compatriotes musulmanes ont droit à notre protection, et ont droit de s'habiller comme ils le souhaitent. Aujourd'hui, il ne faut rien céder. Ma laïcité est celle de Caroline Fourest, celle d'Elisabeth Badinter [qui se sont prononcées pour l'interdiction du port du burkini sur les plages publiques françaises], celle qui se sont battues pour la crèche Babylou, car derrière il y a le problème de l'émancipation de la femme. Nous devons leur dire que nous sommes là pour les aider à s'émanciper.»

Etat d'urgence : une nécessité ou une mesure injustifiée ? 

Manuel Valls a également critiqué l'abstention de Benoît Hamon lors du vote pour la prolongation de l'état d'urgence. L'ex-premier ministre a en effet mis sur la table le fait que Benoît Hamon «n'avait pas voté la prolongation de cette mesure» en s'abstenant à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas la première fois qu'il attaque son rival sur le fait qu'il n'a pas voté tous les textes relatifs à la sécurité et au terrorisme proposés par la gauche.

Benoît Hamon s'est défendu en insistant sur le fait que l'état d'urgence «ne [pouvait] être permanent» et «n'[avait] été efficace que durant le premier mois après sa mise en oeuvre». Ainsi, «la prolongation ne se justifie pas. On peut mener une lutte implacable contre le terrorisme en restant attentif à ce qu'est l'État de droit», a ajouté le candidat.

Renforcement des frontières et élaboration d'un renseignement de qualité optimale

Une fois la question de l'Etat d'urgence abordée, vient logiquement celle de la lutte antiterroriste. Et qui dit lutte antiterroriste dit ... renseignement. 

Sur ce point, Manuel Valls a martelé qu'il fallait que la France ait «un renseignement local de très grande qualité». Et de poursuivre en s'inspirant du formulaire que tout étranger doit remplir pour entrer aux Etats-Unis : «L'ESTA européen est une proposition française et il faut continuer dans cette voie. La droite avait abîmé les renseignements territoriaux. Nous l'avons remis en place, mais nous en avons payé le prix. Nous devons avoir un renseignement local de très grande qualité.»

Pour son rival Benoît Hamon, si la coopération entre services de renseignement européens est évidemment nécessaire cette dernière «pourrait être améliorée pour que l'échange d'information soit plus efficace».

«Une des propositions que je fais, c'est celle des visas humanitaires, afin d'identifier les personnes qui rentrent sur notre territoire. Sans visa, les flux augmentent et on ne sait pas leurs intentions», a ajouté Benoît Hamon. «Je voudrais mettre en place l'équivalent du formulaire ESTA (un formulaire détaillé qui évalue le potentiel de dangerosité d'une personne qui pénètre sur le territoire) en France».

C'est alors que Manuel Valls a renchérit en élargissant à la question des frontières, affirmant : «L'Europe doit se définir par des frontières. Il faut déjà savoir où l'Europe commence et où elle finit, c'est pour cela que je suis contre l'entrée de la Turquie», a-t-il ajouté.

Judiciariser les terroristes qui rentrent en France : bonnet blanc, blanc bonnet 

Les questions portant sur l'Etat d'urgence et la qualité du renseignement ont automatiquement amené à une question cruciale, la plus longue et la plus structurée de tout le débat : celle des terroristes qui opèrent à l'étranger et reviennent en France. Et sur ce point, les deux candidats semblent tout à fait d'accord :

«Il faut continuer à combattre l'EI en Irak et en Syrie et se préparer à les judiciariser», a martelé l'ex-Premier ministre à propos des terroristes revenant sur le sol national après avoir mené des actions à l'étranger, notamment en Syrie. «Ils devront être en prison ou sous le regard de la justice [...] c'est le travail de nos services de renseignement», a insisté Manuel Valls.

Pour Benoît Hamon, c'est «leur situation qu'il faut judiciariser». Il estime en effet que les Français djihadistes de retour de Syrie sont «coupables d'un crime qui justifie que l'on judiciarise leur situation et qu'ils soient interpellés quand on identifie leur retour». Avec un objectif, «nous protéger au maximum».

«Je suis pour la plus grande fermeté et la plus grande rigueur quant au retour de ces personnes sur le territoire Français», a-t-il ajouté.

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