L'affaire des arrêtés anti-burkini sème la zizanie au gouvernement
Après le soutien apporté par Manuel Valls aux maires ayant interdit le burkini, Bernard Cazeneuve et Najat Vallaud-Belkacem ont donné leurs appréciations de ces décisions. De nombreux hommes politiques et internautes y ont vu un énième «couac».
«La mise en œuvre de la laïcité et la possibilité de prendre ces arrêtés [anti-burkinis] ne doit pas conduire à des stigmatisations ou à "l'antagonisation" des Français les uns contre les autres, a estimé le ministre de l'Intérieur, à l'issue d'une rencontre avec le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Anouar Kbibech, mercredi soir.
Des propos pouvant sembler contradictoires avec le soutien sans ambigüité apporté une semaine plus tôt par le Premier ministre aux élus ayant pris des arrêtés anti-burkini. «Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d’éviter des troubles à l’ordre public», avait en effet déclaré Manuel Valls, dans un entretien accordé à La Provence du mercredi 17 août.
Jeudi, le chef du gouvernement a réitéré ce parti pris dans différents médias... mais a toutefois tenu à ajouter qu'il condamnait évidemment «tout ce qui [pouvait] apparaître comme une stigmatisation».
#Burkini Les arrêtés ne doivent pas conduire à «des stigmatisations» rappelle #Cazeneuvehttps://t.co/Fahquq0sOdpic.twitter.com/QVAIeqEKCw
— RT France (@RTenfrancais) 24 août 2016
Un troisième membre du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a livré son opinion sur l'affaire, déclarant jeudi matin que «la prolifération des arrêtés sur le burkini» n'était selon elle «pas la bienvenue».
«Jusqu'où va-t-on pour vérifier qu'une tenue est conforme aux bonnes mœurs ?», s'est demandée la ministre de l'Education nationale, alors que les verbalisations de femmes voilées, au titre d'arrêtés municipaux censés prohiber uniquement le burkini, se sont multipliées en début de semaine.
La ministre a été aussitôt recadrée par Manuel Valls, qui a regretté une «mauvaise interprétation des choses». «Ces arrêtés ne sont pas une dérive (...) Ces arrêtés ont été pris au nom même de l'ordre public», a-t-il martelé sur Europe 1.
Les arrêtés anti-burkini libèrent la parole raciste, il y a là une dérive politique grave. #E1Matinhttps://t.co/lmSYNjkWta
— Najat Belkacem (@najatvb) 25 août 2016
Dans l'après-midi de jeudi, enfin, le président François Hollande s'est exprimé sur cette affaire source de divisions... sans véritablement donner raison à quiconque : la «vie en commun» en France «suppose (...) que chacun se conforme aux règles et qu'il n'y ait ni provocation ni stigmatisation», a-t-il déclaré devant la presse.
«Confusion totale», «lâcheté», «couac», «cacophonie»...
Certaines figures des Républicains n'ont pas manqué de souligner cette apparente incohérence du gouvernement au sujet des arrêtés anti-burkini.
Le Sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi a ainsi déploré la «confusion totale» dont ferait preuve l'exécutif...
Confusion totale au Gvt!Valls soutient les maires qui prennent des arrêtés anti Burkini,Cazeneuve émet de fortes réserves!!Il y a un Gvt?
— Roger KAROUTCHI (@RKaroutchi) 24 août 2016
... tandis que le président du Département des Alpes Maritimes, Eric Ciotti, est allé jusqu'à parler de «lâcheté» quant à l'indécision du gouvernement.
.@ManuelValls a soutenu les maires, hier @BCazeneuve a fait marche arrière, on est dans cette lâcheté permanente du Gvt ! #Burkini#RTLMatin
— Eric Ciotti (@ECiotti) 25 août 2016
Une élue du 16e arrondissement de Paris, également LR, a pointé du doigt les divergences idéologiques qui sépareraient Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, en matière de laïcité et de traitement de la question islamique.
Il est de taille ce nouveau couac du gouvernement!Valls et Valaud-Belkacem affichent leurs dif idéologiques sur les arrêtés anti-burkini
— C.BoulayEspéronnier (@CBE16) 25 août 2016
Du côté du Front national, l'euro-députée Sophie Montel a quant à elle décrit une «cacophonie» au sommet de l'Etat.
Cacophonie au gouvernement: @najatvb s'insurge contre les arrêtés anti-#burkini. Un très mauvais signal de laxisme face au communautarisme !
— Sophie Montel (@Sophie_Montel) 25 août 2016
De nombreux internautes ont également relevé la différence de sons de cloches entre les membres du gouvernement, au sujet des décisions municipales banissant le burkini du bord de mer.
Burkini,le gouvernement,toujours pas d accord entre eux.Que fait le président #PasDeBol
— christ76 (@cdivayfreefr) 25 août 2016
#COUAC au gouvernement : @manuelvalls et @najatvb ne sont pas sur la même ligne concernant le #burkini.
— Jérémy Lne (@JeremyLne) 25 août 2016
Couac #Valls#VallaudBelkacem sur le #burkini: on leur tend des pièges gros comme des camions et ils tombent dedans comme des gros amateurs
— GermainTreille (@GermainTreill) 25 août 2016
L'affaire des burkinis tranchée jeudi après-midi par le Conseil d'Etat
La plus haute juridiction française doit tenir une audience publique, jeudi 25 août à 15h, afin de rendre une décision sur ces fameux arrêtés – une décision qui fera jurisprudence sur l'ensemble du territoire.
Ce mois d'août, dans la foulée de la décision du maire de Cannes, une vingtaine de maires du littoral méditerranéen ont pris des arrêtés visant à interdire la tenue de plage islamique qui couvre l'ensemble du corps à l'exception du visage.
Nouvelle verbalisation d'une femme pour le port d'un voile simple, sur une plage de #Nicehttps://t.co/NLb9V8ItHFpic.twitter.com/UZuwmK9cas
— RT France (@RTenfrancais) 24 août 2016
Ces arrêtés, motivés officiellement par des soucis d'ordre public ou de respect de la laïcité, ont conduit à la verbalisation de plusieurs femmes portant un simple voile sur la plage, suscitant de vives réactions dans le pays comme à l'étranger.