L'expulsion d'un journaliste d'une église à cause de ses origines maghrébines fait polémique

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A Chateaubriant (Loire-Atlantique), un correspondant de Ouest-France venu assister à l'office s'est vu reconduire à la sortie par les gendarmes, en pleine messe. La raison ? Il était d'apparence maghrébine, donc «suspect». Malaise des paroissiens.

Âgé de 46 ans, le journaliste était venu assister à l'office après avoir la veille interviewé le père Patrice Éon, prêtre de la paroisse Sainte-Croix, le tout, cinq jours après l’assassinat de l’abbé Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray par deux djihadistes. Il veut «juste écouter» et «prendre le pouls de la communauté catholique», comme l'indique le quotidien Ouest-France, son employeur.

A 10h30, alors que plusieurs centaines de fidèles sont présents dans l'église, deux gendarmes s'avancent alors vers le journaliste, lui demandant de les suivre à l'extérieur. Ils souhaitent contrôler son sac et son casque. Consternation. 

Un paroissien avait téléphoné à la gendarmerie pour signaler qu’un homme jugé «suspect» se trouvait dans l’église. Suspect car d'apparence maghrébine. L'amalgame est fait.

À la fin de l'office, le maire de Châteaubriant et des paroissiens, stupéfaits, sont restés discuter avec lui, sur le parvis de l’édifice, pour le réconforter. L'homme prend cette humiliation avec philosophie. 

«Ce qui s’est passé servira peut-être de leçon et permettra à chacun d’être plus prudent et moins jugeant afin que ça ne se reproduise plus», a témoigné le journaliste au lendemain de l'incident, assurant qu'il pardonnait cette humiliation car «la peur n’est pas quelque chose de raisonné».

Le même jour, dans un message apaisant et engagé publié sur la toile, le père Patrice Éon interviewé par le journaliste, s’interrogeait : «Va-t-on se mettre à suspecter tout visage nouveau qui entre dans notre assemblée sous prétexte que nous ne le connaissons pas ?  [...] Le climat est à la peur, mais [...] il faut raison garder ! L’église est un sanctuaire, un lieu sacré, un lieu où l’hospitalité est sacrée», a-t-il déclaré avant de demander pardon au journaliste pour l'humiliation qu'il a du subir. 

Vague d'indignation sur Internet

Dès le lendemain de l'incident, la toile a vu affluer de nombreux messages de consternation. Certains n'ont pas manqué de mettre en garde contre un climat de peur et le besoin d'un bouc émissaire, rappelant la période de la France de Vichy.

D'autres déplorent un climat de peur généralisé, amenant les gens à suspecter tous ceux qui ne leur ressemblent pas.

L'humiliation du journaliste de Ouest France suspecté d'être dangereux simplement en raison de son apparence maghrébine a choqué les internautes qui se demandent s'il y aura bientôt des affiches pour «les» reconnaître.

Certains ont tout de même tenu à saluer la réaction compréhensive et tolérante du journaliste.

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