Rodrigo Duterte : «Si je devais me lancer dans une guerre, j'aurais besoin d'armes de précision»

Rodrigo Duterte : «Si je devais me lancer dans une guerre, j'aurais besoin d'armes de précision»
Rodrigo Duterte

A l'occasion de sa visite à Moscou, le dirigeant des Philippines a accordé à RT une interview consacrée aux sujets d'actualité : la lutte contre la drogue et le terrorisme, les relations avec l'administration Trump et avec la Russie.

RT: Monsieur le Président, c'est un honneur de vous recevoir. Merci beaucoup.

Rodrigo Duterte (R. D.) : Merci pour votre temps.

RT : Voilà presque un an depuis votre investiture. Avez-vous eu affaire à des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas en prenant vos fonctions ?

R. D. : Je m'attendais à presque tout ce qui m’est arrivé. Je fais de la politique depuis près de 40 ans, sans compter le mandat actuel. Je dirais donc que, sur le plan national, j’étais bien renseigné grâce aux informations et bien sûr grâce aux sources internes au gouvernement. Mais je ne m’étais jamais rendu compte de l'ampleur de la contamination des Philippins en ce qui concerne la drogue.

Quand je suis devenu président et que j’ai pu accéder à toute l’information, j'étais presque consterné

RT : On mentionne le chiffre de 4 millions de personnes...

R. D. : Avant c’était : juste un problème par ci, un problème par là. Je pensais que c'était comme à Davao. Je veux dire, il se peut qu’il y ait un cas, peut-être deux, mais là ça devenait très récurrent, tout le temps. Quand je suis devenu président et que j’ai pu accéder à toute l’information, j'étais presque consterné. Je ne savais pas que le nombre de toxicomanes atteignait des millions.

Quand j'étais maire, je disais aux dealers : «Ne détruisez pas ma ville. Et ne détruisez pas les jeunes de Davao, car ce sont nos atouts. Nous ne sommes pas riches. La plupart d'entre nous sont pauvres. Et nous dépendons de nos fils et filles qui nous nourrissent quand nous vieillissons. Nous ne sommes pas des gens riches. Nous n'avons pas de structures ici pour cela, ou très peu. Et nous avons besoin de nos enfants pour acheter les médicaments, pour payer l’hôpital, pour payer notre enterrement. Ne les pervertissez pas avec la drogue. Ne détruisez pas leurs âmes.» Et je leur ai dit : «Parce que je vais vous tuer.» J’ai été très clair avec eux.

Si j'autorise ces criminels à nous inonder – et il y a déjà 4 millions de consommateurs – que deviendra mon pays dans dix ans ?

RT : Vos relations avec l'administration américaine précédente étaient loin d'être parfaites. Etes-vous prêts à donner une chance à l'administration Trump ?

R. D. : Cela a réellement été enregistré. J'ai dit : «Monsieur le président, je suis le président Duterte des Philippines, je voudrais vous féliciter pour votre élection en tant que président, pour votre victoire. Il a dit : «Oh, j'attendais votre appel. Vous faites ce qu’il faut. Ils inondent aussi mon pays de drogue». Et vous avez dû l’entendre il y a quelques jours, quand on a annoncé qu’il allait sévèrement lutter contre la drogue. Et c’est justement le mot que j’utilisais pendant ma campagne. J'utilisais le mot «sévère». Vous savez, je dois protéger les innocents pour que mon pays puisse vivre dans la paix et la prospérité. Si j'autorise ces criminels à nous inonder – et il y a déjà 4 millions de consommateurs – que deviendra mon pays dans dix ans ? Dites-moi…

RT : Monsieur le Président, à propos de Daesh. J'ai rencontré des prestataires militaires privés aux Etats-Unis en 2015.

R. D. : Blackwater ?

RT: Oui, des prestataires privés de sécurité. Ils se faisaient appeler bénévoles, et ils m'ont dit qu'ils s’entrainaient – à tirer et tout le reste – pour aller aux Philippines combattre Daesh. C'était en 2015, et à cette époque, le président avait dit à maintes reprises que Daesh n’existait aux Philippines. Et puis, aujourd'hui, deux ans plus tard, nous apprenons que Daesh promet des attaques terroristes dans les semaines à venir, durant le Ramadan à Manille. Donc Daesh existe aux Philippines. Pensez-vous…

R. D. : Oui, je vais vous répondre. On a eu tellement de ces étrangers décapités à la vue de la communauté internationale. Je pense qu'ils ne cherchaient que de la reconnaissance. Mais Daesh n'a en fait été reconnu par personne. Ils cherchent et espèrent la reconnaissance. Et ils se présentaient comme membres de Daesh. C’est seulement au début de cette année, qu’ils ont désigné et présenté leur chef, Isnilon Hapilon. Et de la partie sud de Mindanao, il est maintenant arrivé dans le centre de Mindanao. Et c'est pour cela que j'ai dit, vous savez, quand vous vous battez contre des révolutionnaires, ils ne sont pas si nombreux. Ce n'est pas une armée. C'est un groupe d'hommes dédié à la destruction de la vie humaine. Si je devais me lancer dans une guerre, j'aurais besoin d'armes de haute précision afin de réellement atteindre ma cible et éviter les victimes civiles.

RT: Allez-vous acheter des armes de Russie ?

R. D. : Je sais que la Russie en a. Je n'ai pas encore décidé, mais je suis simplement en train de penser que les armes russes sont plus brillantes que celles des Américains.

RT: Plus brillantes ?

R. D. : Je pense qu’elles sont plus sophistiquées, plus précises. Et j'ai dit que, comme la Russie est plus brillante que l'Amérique, je vais aller en Russie. Aussi parce que les Russes en plus d’être brillants, sont généreux et aident tout le monde.

RT: Alors, qu'en est-il de Daesh ? Pensez-vous que les militants de Daesh ici, aux Philippines, sont des locaux ou des étrangers ?

R. D. : Il y a tellement d'hommes d’apparence caucasienne capturés ou tués, déjà au moins six. Et ils sont principalement du Moyen-Orient.

Dans chaque génération, il y a toujours un grave problème à résoudre

RT: Et comment allez-vous lutter contre le terrorisme ? Une tâche face à laquelle tant de pays ont échoué.

R. D. : En fait il s’agit plutôt de le maîtriser. C'est un état d'esprit auquel on ne peut se soustraire facilement. Donc, vous devez vous battre, et ensuite convaincre les autres qui ne sont pas encore atteints, ou tout du moins pas influencés par ce qu’est ou ce que fait Daesh. Et lorsque vous les convainquez, la violence peut être réduite au minimum. Mais chaque génération a toujours eu ses problèmes. La Seconde Guerre mondiale, par exemple, l'Europe. Si nous avons le temps, une minute ? Ils me critiquent en disant que nous tuons des Philippins. Environ 10 000. Vous vous souvenez de la Première Guerre mondiale ? Les Européens ont tué 15 millions d'autres Européens. La conscience était-elle alors différente de la conscience aujourd’hui ? Ils étaient tous des Européens. Tout a commencé quand l'archiduc Ferdinand a été assassiné, et cette guerre, de 1914 à 1918, a tué 15 millions d'Européens. Et maintenant, les Européens s’émeuvent à voix haute de 1 000, 2 000, 3 000 ou 4 000 personnes ? Pourquoi ? La conscience des Européens était-elle alors différente de leur conscience actuelle ? Quand vous vous massacriez, nous ne nous plaignions jamais.

RT: Alors de quoi s’agit-il à votre avis ?

R. D. : Il s'agit de regarder le monde réel. Dans chaque génération, il y a toujours un grave problème à résoudre. Et vous devez être sérieux à ce sujet. Et parfois ne pas aller dans l’excès, mais au-delà de ce qui est réellement nécessaire, car vous voulez être sûr que votre pays est en sécurité. Si vous devez tuer un gars de plus. Au nom de la sécurité du pays, alors faites-le. Mon Dieu, faites-le ! Et s’il s’agit de 100 morts de plus, pour que le pays soit 100 fois plus sûr, si vous êtes un dirigeant et vous ne savez pas quelle décision prendre, alors vous ne méritez pas d’être pouvoir.

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