Brexit : à Londres, les négociations reprennent à reculons

Brexit : à Londres, les négociations reprennent à reculons© TOBY MELVILLE Source: Reuters
Le Premier ministre britannique Boris Johnson arrive au ministère des Affaires étrangères pour une réunion à Londres, le 20 octobre 2020.

Le Royaume-Uni a fait savoir qu’il ne voyait pas «de base» à une reprise des négociations post-Brexit, mais il s’est félicité de la proposition de Bruxelles d'intensifier les discussions. Les jours sont désormais comptés pour échapper à un «no deal».

Alors que prenait fin le conseil européen à Bruxelles le 16 octobre, Boris Johnson déclarait depuis le 10 Downing Street à Londres : «Etant donné qu'ils ont refusé de négocier sérieusement [...] et que ce sommet semble explicitement exclure un accord à la canadienne, j'ai conclu que nous devrions nous préparer pour le 1er janvier avec des arrangements qui ressemblent davantage à ceux de l'Australie, basés sur des principes simples du libre-échange mondial.»

Quand Boris Johnson parle d’«accord à la canadienne», il fait référence au CETA signé entre l’Union européenne (UE) et le Canada en octobre 2016, et adopté partiellement et temporairement depuis 2017. Et il souligne : «Dès le départ, nous avons été tout à fait clair que nous ne voulions rien de plus compliqué qu'une relation à la canadienne, basée sur l'amitié et le libre-échange.»

Mais dès le départ l'UE a exclu cette option. Pour deux raisons principales : tout d’abord parce que la frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’UE, passant par l’île d’Irlande, induit des problèmes qui ne risquent pas d'avoir lieu avec le Canada ; mais aussi parce que l’UE redoute d’ouvrir son marché à une économie, basée à quelques Kilomètres des côtes de son plateau continental, totalement dérégulée, qui pourrait faire fi des normes sociales et environnementales ou sur les aides publiques, que l'UE s’impose.

Ainsi Bruxelles ne cesse de réclamer la mise en place d’un «level playing field». Mais Boris Johnson considère ces «règles du jeu équitable pour une concurrence non faussée», comme une «capacité prolongée à contrôler [la] liberté législative et les zones de pêche [du Royaume-Uni], d’une manière de toute évidence inacceptable pour un pays indépendant», selon sa déclaration du 16 octobre. D’autant que l’UE insiste pour que l’arbitrage des conflits à venir soit rendu par une juridiction de l’Union européenne – une des principales pierres d’achoppement de ces négociations.

Enfin, quand le Premier ministre anglais évoque un arrangement avec l’Australie, c’est tout simplement parce qu’avec l’ensemble de son gouvernement il se refuse à prononcer l’expression «no-deal».

«Comme prévu»

Ce même 16 octobre, au moment où il prononçait sa déclaration, la présidente de la Commission européenne Ursula van der Leyen annonçait sur son compte Twitter : «Pourparlers UE-UK : l'UE continue de travailler pour un accord, mais pas à n'importe quel prix. Comme prévu, notre équipe de négociation se rendra à Londres la semaine prochaine pour intensifier ces négociations.»

Lors d’un appel téléphonique en début de semaine rapporté par l’AFP, le négociateur européen Michel Barnier a fait savoir à son homologue britannique David Frost, que l'UE restait «disponible pour intensifier [les discussions] sur la base de textes juridiques».

Le Royaume-Uni continue de penser qu'il n'y a pas de base pour une reprise des négociations sans changement fondamental d'approche de l'UE

Downing Street a «pris note» de cette proposition. «Pour autant, le Royaume-Uni continue de penser qu'il n'y a pas de base pour une reprise des négociations sans changement fondamental d'approche de l'UE», a déclaré un porte-parole de Boris Johnson le 20 octobre, demandant aux 27 de traiter Londres «d'égal à égal [et] d'accepter qu'un mouvement doive venir de l'UE autant que du Royaume-Uni».

Au Parlement britannique, le ministre Michael Gove, chargé de la coordination de l'action gouvernementale, s'est montré plus positif. S'il a répété être prêt à un accord de type australien autrement dit un «no deal», il a aussi «salué» la proposition de Michel Barnier en déclarant : «Evidemment, nous devons nous assurer de travailler sur la base de l'intensification qu'ils proposent.»

Plus beaucoup de temps avant un Brexit sans accord

Début septembre Boris Johnson s’était fixé le 15 octobre comme limite pour négocier un accord. L’UE, elle n’a jamais fixé de limites mais estime qu’un accord est nécessaire avant la fin octobre pour qu'il puisse être ratifié par les Parlements, transposé et adopté d'ici à la fin de l'année. On peut prévoir qu'un prolongement des négociations sera possible, mais il n’y a plus, en théorie, de possibilité de prolonger la phase de transition qui s’achève le 31 décembre. Et au-delà, à défaut d’accord, se réalisera la situation de «no deal» ou Brexit-Dur.

Le gouvernement britannique, répète à l'envi qu’il se satisferait d'un «no deal» au 1er janvier, impliquant le rétablissement de quotas et droits de douanes entre les 27 et Londres. Mais à Londres, les discussions ont repris dès le début de la semaine avec les représentants de l'UE, y compris sur le sujet particulièrement épineux du projet de loi de marché intérieur, déjà adopté par la Chambre des communes et qui revient sur certaines dispositions du Protocole sur l’Irlande du Nord, partie de l’Accord de retrait signé par Boris Johnson fin 2019.  

Le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, et le ministre Michael Gove se sont rencontrés au sujet de ce différend, qui a poussé Bruxelles à entamer une procédure d'infraction contre le Royaume-Uni. Tous deux sont sortis de la rencontre sur une note plutôt positive, Michael Gove faisant état de «progrès significatifs» tandis que Maros Sefcovic a salué «l'orientation et l'engagement clairs» donnés par Londres en vue d'arriver à «un compromis sur toutes les questions sur la table».

Selon l'agence Bloomberg, le gouvernement britannique envisage de renoncer aux dispositions controversées de ce projet de loi, afin de faciliter les négociations.

Les enjeux pour le Royaume-Uni, l'UE et la France 

Le Royaume-Uni est une économie très commerçante : quatrième importateur mondial et dixième exportateur. Elle a beaucoup à perdre, au moins dans un premier temps, du dérèglement de ses relations commerciales avec l’UE, qui est son premier partenaire. a absorbé en 2019 43% de ses exportations ; et depuis laquelle sont venues 51% de ses importations.

Depuis l’Europe, Le Royaume-Uni importe principalement des produits tandis qu’il exporte ses services. En 2019, sur un commerce bilatéral de 735 milliards d’euros il a accusé un déficit commercial global de - 79 milliards d’euros, mais il a dégagé un excédent de 25 milliards sur les services, en partie financiers. Un «no deal», remettrait en cause l’activité des institutions financières sur le territoire des 27.

Pour la France, le Royaume-Uni est un bon client : le sixième en 2019 et son septième fournisseur. Dans les relations commerciales du Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine et les Etats-Unis passent avant la France.

Mais c’est un des rares pays avec lequel la France maintient un excédent de sa balance commerciale et c’est même le premier (devant Hong Kong et Singapour) en 2019 avec près de 12,5 milliards d’euros sur un échange d’environ 55 milliards d’euros, selon les informations de la Direction générale du Trésor.

Le Royaume-Uni était en 2016 le deuxième pays d’implantation des entreprises françaises à l’étranger, avec près de 3 800 filiales de groupes français représentant environ 120 milliards d'euros de chiffre d’affaires annuel et plus de 400 000 emplois. La présence britannique en France était de 1 200 filiales de groupes britanniques pour 34 milliards d'euros de chiffre d’affaires annuel et 88 000 emplois.

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