Embourbé dans un scandale, le ministre canadien des Finances démissionne

- Avec AFP

Embourbé dans un scandale, le ministre canadien des Finances démissionne Source: Reuters
Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, donne une conférence de presse avec le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa, au Canada le 11 mars 2020 (illustration).

Bill Morneau a annoncé sa démission en pleine crise économique, sur fond d'enquête sur ses liens avec l'association caritative We Charity, qui employait sa fille et à laquelle le gouvernement avait attribué un important contrat sans appel d'offres.

«Alors que nous entamons une nouvelle phase de la lutte contre la pandémie [...], il est temps qu'un nouveau ministre des Finances puisse mener ce projet à bien sur un long chemin semé d'embûches», a déclaré dans le soirée du 17 août Bill Morneau, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre, alors que le pays traverse sa pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. «C'est pourquoi je démissionne de mes fonctions de ministre des Finances et de député», a-t-il ajouté. Bill Morneau a assuré avoir pris cette décision de sa propre initiative, sans y être contraint par le chef du gouvernement.

Bill Morneau, qui était en fonctions depuis 2015, a fait savoir qu'il comptait désormais briguer le poste de secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Le Premier ministre a promis dans un communiqué que «le Canada appuiera[it] fortement sa candidature en vue de diriger cette importante institution mondiale qui jouera un rôle essentiel dans la reprise économique mondiale».

Rendant hommage à l’action de Bill Morneau, Justin Trudeau a ajouté : «Grâce à son leadership, le Canada a développé une économie forte avec l'un des meilleurs bilans du G7, créé plus d'un million d'emplois et atteint le taux de chômage le plus bas de son histoire».

Mais depuis quelques temps, plusieurs médias canadiens rapportaient de profondes divergences entre le ministre des Finances et le Premier ministre sur la façon de relancer l'économie canadienne, affaiblie par la pandémie de coronavirus, sans mettre en péril les finances publiques. Pour cette année, le déficit attendu atteint plus de 340 milliards de dollars (216 milliards d'euros) contre 25 milliards en 2019.

Toutefois, avant le déclenchement de la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19, la dette fédérale représentait à peine plus de 30% du PIB, une situation que peuvent lui envier la majorité des économies du G7. Mais outre de potentielles divergences de point de vue, au demeurant démenties officiellement par un communiqué du Premier ministre le 11 août, le ministre des Finances est embourbé depuis des semaines dans un scandale impliquant sa fille et le Premier ministre lui-même.

L'affaire de l'ONG We Charity

Bill Morneau est ainsi visé par une enquête du commissaire canadien à l'éthique sur ses liens avec l'association caritative We Charity (Unis en français) qui employait sa fille, et à laquelle le gouvernement avait attribué un important contrat sans appel d'offres. Cette enquête vise également le Premier ministre Justin Trudeau, dont la mère, le frère et l'épouse ont été rémunérés par cette association à hauteur d'environ 300 000 dollars (191 000 euros) pour leur participation à divers événements.

Tout comme Justin Trudeau, Bill Morneau a présenté ses excuses pour avoir participé aux discussions sur l'attribution du contrat gouvernemental à l'association. Le contrat a depuis été retiré à We Charity, sans mettre fin à la polémique qui a fait reculer le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau dans les sondages. 

«Trudeau s'est amputé de la main droite pour essayer de sauver sa peau», selon l'opposition conservatrice

Le ministre démissionnaire avait déjà révélé le mois dernier avoir remboursé plus de 41 000 dollars de frais de voyage pris en charge par l'association We Charity, peu avant d'être entendu sur la question par une commission de la Chambre des communes.

Le chef sortant du parti conservateur, Andrew Scheer, voit dans cette démission «une autre preuve d’un gouvernement en plein chaos». Et ajoute sur Twitter : «Alors que les Canadiens s'inquiètent pour leur santé et leurs finances, le gouvernement de Justin Trudeau est tellement rongé par les scandales que [Justin] Trudeau s'est amputé de la main droite pour essayer de sauver sa peau.»

Cité par radio Canada, son collègue conservateur Luc Berthold estime que «Justin Trudeau doit démissionner pour avoir perdu le contrôle de son gouvernement». Rhéal Fortin, député du Bloc québécois n’est pas moins indulgent : «Il ne faudrait surtout pas que [Justin] Trudeau s’imagine que tout vient de se régler. […] J’espère encore que  [Justin] Trudeau va quitter ses fonctions de Premier ministre, ne serait-ce que temporairement, le temps de l’enquête du commissaire à l’éthique. […] On n’a plus confiance en  [Justin] Trudeau.»

Les médias canadiens ont depuis annoncé que le vice-Premier ministre Chrystia Freeland remplacerait Bill Morneau aux Finances. 

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

En cliquant sur chaque option, vous pouvez contrôler l'activation ou la désactivation du dépôt des cookies et de la création des profils : le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Les cookies techniques (cookies de session, d'authentification et de sécurité) sont indispensables au bon fonctionnement de nos services et ne peuvent être désactivés.
OK

Ce site utilise des cookies.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation, de la part de RT France et de tiers, de cookies et autres traceurs à des fins de mesure d'audience, partage avec les réseaux sociaux, personnalisation des contenus, profilage et publicité ciblée. Pour paramétrer l’utilisation des cookies veuillez accéder dans la rubrique «Paramétrer vos choix» et pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter la rubrique «Politique de Confidentialité»