L’économie algérienne face au défi pressant de sa diversification

L’économie algérienne face au défi pressant de sa diversification Source: AFP
A Alger, le 10 décembre, un homme brandit une affichette portant l’inscription «Non au vote» lors d'une manifestation anti-gouvernementale.

La chute des cours du pétrole en 2014 a brutalement rappelé à l’Algérie les limites de décennies d’économie de rente dont la population paye aujourd’hui le prix fort. Le temps presse pour créer un nouveau modèle économique.

Quel que soit le président issu de la consultation électorale algérienne du 12 décembre, il va devoir faire preuve de créativité et de rapidité pour affronter les très sérieux défis que doit relever l’économie du pays.

L’Algérie souffre avant tout et depuis des décennies d’une très grande dépendance aux hydrocarbures qui assurent 60% des recettes budgétaires et 95% des rentrées de devises. Or, les revenus du secteur ont été divisés par deux depuis la chute des cours du brut en 2014, passant de 60 à 30 milliards de dollars par an.

Cette situation met sous pression les finances publiques calées sur un baril à 120 dollars alors qu’il stagne aux environs de 60 dollars. En cinq ans, les réserves de devises que l’Etat avait accumulées ont fondu de moitié passant de 200 à moins de 100 milliards de dollars.

Et la situation est particulièrement inquiétante à moyen terme, car l’économie est confrontée à un double déficit du budget (9% du PIB en 2019 et 7% prévus dans la loi de finances pour 2020 ) et du commerce extérieur (5,3 milliards de dollars équivalent à 4,8 milliards d’euros soit 3% du PIB). A ce rythme et sans remontée des cours du brut, l’Etat pourrait être confronté à l’assèchement de ses capacités financières d’ici cinq ans. 

Taux de chômage élevé en particulier chez les moins de 24 ans

Le taux de chômage reste élevé, et a même connu une augmentation en 2018 se rapprochant de 12% de la population active. Il frappe particulièrement les moins de 24 ans (29%) et les femmes (19%). Sur les quelque 1,5 million de chômeurs que comptait le pays en 2018, 408 000 étaient diplômés de l’enseignement supérieur et 386 000 avaient reçu une formation professionnelle.

Les chiffres de 2019 ne sont pas encore connus, mais ils devraient connaître une nette détérioration si l’on en croit les déclarations alarmantes de Sami Agli, le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), principale organisation patronale du pays, le 18 novembre sur la première chaîne de la radio nationale.

Selon Sami Agli, les entreprises algériennes, durement frappées par la chute de la commande publique en 2019, auraient licencié, depuis le début de l’année, près de 500 000 personnes (4% de population active) pour raisons économiques. Le secteur BTPH (Bâtiment, travaux publics, hydraulique) serait le plus durement touché avec près de 70% d’entreprises au bord du dépôt de bilan.

Poids du secteur public sur l'économie productive

La dernière étude sur l’emploi de l’Office national des statistique (ONS) parue en 2018 révèle aussi le poids très important du secteur public qui continue d’absorber 37,2% de l’emploi total. De plus, la croissance en Algérie génère peu d’emplois. Dans son rapport sur les perspectives économiques en Afrique (PEA) pour 2019, la Banque africaine de développement (BAD) a estimé que «la croissance du produit intérieur brut (PIB), estimée à 2,7% en 2019 et à 1,9% en 2020, sembl[ait] insuffisante à moyen terme pour améliorer la protection sociale, diversifier l’économie et réduire le chômage».

Parmi les raisons le plus fréquemment avancées pour ces résultats décevants, les commentateurs avancent le poids de l’administration et la corruption qui bloquent le développement des entreprises du secteur privé, comme l’illustre le retentissant procès d'ex-hauts responsables de l'Etat. Sur le banc des accusés se sont retrouvés, le 4 décembre, deux ex-Premiers ministres (Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia), trois anciens ministres de l'Industrie, en fuite à l'étranger selon les médias, l'ex-ministre des Travaux publics et des Transports et un ex-wali (préfet).

La filière automobile, en principe grande pourvoyeuse d’emplois, a été particulièrement représentée dans les procès récents pour corruption qui ont secoué l’Algérie, alors qu’elle n’a fait son apparition que très tardivement avec des résultats plutôt mitigés, comme des prix pour les modèles assemblés localement supérieurs à ceux des mêmes modèles importés.

Forte dépendance alimentaire aux exportations

Les chiffres du commerce extérieur fournis par l’administration des douanes révèlent mieux que tout autre indicateur l’absence d’une industrie et d’une agriculture suffisamment développées pour fournir des emplois à la population et assurer ses besoins. Ainsi, malgré une réduction des importations imposée par l’Etat pour préserver les réserves de devises, le taux de dépendance du marché intérieur atteint encore, en valeur, plus de 90% pour les produits d’alimentation et les biens de consommation.

Ces chiffres, notamment en ce qui concerne l’agriculture, masquent cependant d’importantes disparités, puisque le pays aurait réussi en quelques années à développer son agriculture maraîchère.  Mais il reste extrêmement dépendant pour des produits de base comme le blé, l’huile végétale, le lait et même le sucre.

Dans l’industrie et l’agroalimentaire le pays a connu de belles réussites comme celle de l’emblématique groupe CEVITAL acquéreur en 2014 de l’entreprise française d’électroménager Brandt. Mais son président Issad Rebrab, réputé homme le plus riche d’Algérie ainsi que de nombreux autres entrepreneurs algériens est actuellement incarcéré pour corruption. On ne sait toutefois s’il est corrupteur ou victime d’un système qui encourage les patrons algériens à graisser la patte de hauts fonctionnaires pour faire fonctionner leurs entreprises.

Des atouts malgré tout

Pourtant, l’Algérie est loin d’être un pays défavorisé. Elle dispose à la fois d’abondantes ressources naturelles en plus des hydrocarbures, d’une position géographique stratégique entre Afrique et Europe et surtout d’une démographie favorable. L'accroissement de la population de près d’un million de personnes par an garantit à la fois une main d’œuvre abondante et un important marché intérieur de consommation.

De plus, l'Algérie a quasiment achevé le remboursement intégral de sa dette extérieure qui ne représente plus que 1,06% du PIB. Mais elle paye aujourd’hui la politique de rente pétrolière qui a favorisé, depuis l’indépendance, la création d’un secteur industriel public peu compétitif et la subvention des importations au détriment de l’émergence d'une production locale.

Jean-François Guélain

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