A Pékin, l’UE et la Chine réaffirment leur partenariat stratégique et la «connectivité eurasienne»

A Pékin, l’UE et la Chine réaffirment leur partenariat stratégique et la «connectivité eurasienne» Source: AFP
Le Premier ministre chinois Li Keqiang (c.) discute avec le président du Conseil européen, Donald Tusk (2e g.) et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (2e d.), lors d'une cérémonie au Grand Palais du Peuple à Pékin le 12 juillet 2016.

Eclipsé par la rencontre Poutine-Trump et, en France, par les célébrations footballistiques, le 20e sommet Chine-UE a été l’occasion de mesurer l’étendue méconnue du partenariat entre les deux blocs économiques, en particulier dans la logistique.

«En cette période d'incertitudes géopolitiques, le 20e sommet UE-Chine sera l'occasion de montrer que notre coopération est importante non seulement pour l'Europe et la Chine, mais aussi pour le reste du monde», déclarait, le 15 juillet Hans Dietmar Schweisgut, l’ambassadeur de l’Union européenne en Chine, dans une tribune publiée par la version anglophone du quotidien chinois Global Times.

Dans sa présentation des nombreux enjeux de la coopération sino-européenne, le diplomate appelait à «un soutien et à un renforcement d’un système de gouvernance globale conforme au droit, [une base pour...] avancer sur des questions comme le changement climatique, la politique étrangère et la connectivité eurasienne».

Sur ce dernier point : une allusion précise au projet de coordination entre les énormes investissements prévus par la Chine avec l’initiative Une ceinture, une route (objectif public-privé de 1 000 milliards de dollars, dont 150 milliards investis par l'Etat), et le Trans-European Transport Network, un programme mis en place par l'Union européenne (UE) doté de 700 milliards d’euros de fonds publics et privés investis dans 2 500 projets d’infrastructures de transport de personnes et de marchandises.

Le lendemain s’ouvrait pour deux jours à Pékin le 20e sommet UE-Chine, ménageant des rencontres entre le président chinois Xi Jinping, le Premier ministre chinois Li Keqiang et les responsables européens Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. Quelques jours auparavant des inquiétudes subsistaient encore sur la possibilité de parvenir à un accord étendu consigné dans une déclaration commune. Cela n’avait, par exemple, pas été possible lors de la 19e session du sommet en 2017. Au point que le site spécialisé et europhile Euractiv.com informait le 6 juillet dernier que «les responsables des deux parties avaient admis qu’ils n’étaient pas encore certains qu’elles parviennent à s’accorder sur une déclaration commune». 

Une déclaration commune de huit pages divisée en 42 points

Finalement la Chine et l’Union européenne (UE) ont non seulement signé une déclaration commune de huit pages qui détaille les multiples domaines de coopération bilatérale, mais l’ont accompagnée d’une déclaration de cinq pages sur le changement climatique et la coopération dans les domaines énergétiques.

Le Conseil européen a immédiatement publié sur son site les «Remarques du président Donald Tusk après le sommet EU-Chine à Pékin», qui résument les grands points de la déclaration commune : 

  • soutien à une résolution pacifique de la question nord-coréenne «pour une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne» ;
  • réaffirmation de l’engagement à la mise en œuvre complète et durable de l’accord sur le nucléaire iranien ;

  • appel au respect des règles du commerce international dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à un processus de réforme de l’organisation auquel la Russie et les Etats-Unis sont invités à participer, pour éviter «les conflits et le chaos». 

Mais le président du Conseil a aussi glissé un constat géopolitique sibyllin :

Aujourd’hui, au moment où l’Europe rencontre la Chine à Pékin, le président américain Trump et le président russe Poutine vont se parler à Helsinki. Nous sommes tous informés de ce que l’architecture du monde est en train de changer, juste sous nos yeux

La déclaration commune, elle, dresse un inventaire complet des axes de coopération entre l’Empire du Milieu et le Vieux Continent à travers de multiples structures ou accords de coopération bilatéraux, comme l’Agenda stratégique pour la coopération UE-Chine 2020, dont les deux parties s’engagent à prévoir le prolongement.

Il y est aussi fait mention de l’Accord étendu de partenariat stratégique EU-Chine, dont le 15e anniversaire a été célébré pendant le sommet de Pékin, ainsi que de la Plateforme de connectivité UE-Chine. Dotée d’un groupe mixte de travail permanent, elle s’intéresse aussi bien aux questions d’interopérabilité que d’investissement et de coopération financière entre le Réseau de transport trans-européen et «Une ceinture une route».

Orban a déjà imposé son propre format de coopération sino-européenne

Sur cet axe de coopération, l'action de Bruxelles semble aiguillonnée par l’Europe centrale et orientale. Sous l’impulsion du Premier ministre hongrois Viktor Orban, un large bloc européen de l'Est et du Centre a développé sa propre stratégie dans le cadre du Format 16+1. Né à Budapest en Hongrie, en 2011, à l’issue du premier forum économique et commercial Chine-Europe centrale et orientale, il associe la Chine à 11 pays de l’Union européenne : Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie, ainsi qu’à cinq de leurs voisins extra-communautaires : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, le Monténegro et la Serbie.  

Son dernier sommet s’est tenu à Sofia, la capitale bulgare, 10 jours avant celui de Pékin. Il a notamment entériné les projets d’infrastructures constitués par la ligne ferroviaire Budapest-Belgrade et ses connections avec des ports albanais, croates, monténégrins et slovènes sur l’Adriatique. Ils font partie de la toute récente initiative est-européenne des Trois mers (Adriatique, Baltique, mer Noire).

Le Pirée, tête de pont européen de la Route de la Soie

En 2016, année de création de l'initiative des Trois mers, la Chine a fait du port du Pirée, en Grèce, la tête de pont de son expansion logistique maritime vers l’Europe.

L’armateur public chinois COSCO, l'un des leaders mondiaux du fret, a en effet pris le contrôle de la société de gestion de ce port ouvert sur l’Adriatique, la Méditerranée et, via le détroit du Bosphore, sur la mer Noire.

Selon Michael Christides, ex-diplomate grec et actuel secrétaire de l’Organisation de coopération économique de la mer Noire, les investissements chinois dans les Balkans occidentaux inquiètent l’Europe du Nord. Cité par Euractiv.com, il explique que les pays d’Europe du Sud et de l’Est cherchent à attirer des investissements chinois vers leurs infrastructures logistiques et portuaires et qu’ils pourraient à terme concurrencer des ports comme ceux de Rotterdam ou de Hambourg, «leur faisant perdre d’importants volumes d’échanges».

Le mois dernier, un rapport du Sénat français intitulé Pour la France, les Nouvelles routes de la soie : simple label économique ou nouvel ordre mondial ? tentait d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur un retard supposé de la France dans l’anticipation du projet chinois «Une ceinture une route». Pascal Allizard, l’un des auteurs du rapport, cité le 12 juin par l’AFP s’était dit convaincu que l'Europe était «en train de rater le projet» et avait ajouté : «On a intérêt à rattraper très rapidement notre retard. Même si on ne le fait pas, le projet se fera et il vaut mieux être dedans et essayer d'orienter les choses et les flux.»   

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