Une voiture tueuse jette un froid sur l'avenir de l’industrie américaine du véhicule sans pilote

Une voiture tueuse jette un froid sur l'avenir de l’industrie américaine du véhicule sans pilote Source: Reuters
Capture d'écran d'une vidéo montrant la réaction de la propriétaire d'un véhicule autonome Uber impliqué dans une collision mortelle avec un piéton, à Tempe aux Etats-Unis, le 18 mars 2018.

Alors que l’administration veut encourager à tout prix la recherche sur les véhicules sans pilote, un accident repose la question de la sécurité de ces systèmes. Ses défenseurs avancent pourtant l’argument de la sécurité.

La mort d’une jeune femme à Tempe, dans le Nevada, fauchée par un véhicule sans conducteur, jette un coup de froid sur le développement de cette technologie poussée par l’administration américaine. L’accident qui s’est produit le 19 mars dernier, impliquant une voiture Uber Technologies est, vis-à-vis de l’opinion publique et des parlementaires, le premier test important pour cette technologie sur laquelle parie une partie de l’industrie américaine. Une affaire d'autant plus gênante pour les constructeurs qu'ils intensifient leurs efforts de lobbying pour lever les barrières réglementaires de sécurité pour développer cette industrie. Or, coïncidence fâcheuse, le Nevada a été le premier Etat américain à approuver localement une loi autorisant les véhicules sans conducteur sous certaines conditions. C'est aussi dans le Nevada, à Las Vegas, que s'était produit un accident de bus sans conducteur, le premier jour de sa mise en service, sans faire de victime cette fois. 

Depuis plusieurs mois, plusieurs constructeurs réclament avec insistance une révision de la réglementation sur les véhicules autonomes. Et, dès le 21 mars, malgré l’accident, Uber et Waymo, la filiale du holding Alphabet propriétaire de Google, ont écrit aux sénateurs américains pour leur demander d’approuver «dans les semaines à venir» l’assouplissement de la loi actuelle jugée comme un frein au développement d’une technologie jugée prometteuse. Uber, General Motors et Toyota Motor ont investi massivement et dirigé leurs recherches en se basant sur l’hypothèse d’une modification des normes de sécurité actuelles qui prévoient obligatoirement la présence d’une personne titulaire du permis de conduire pour assurer un contrôle ultime du véhicule. 

Un lobbying intense des industriels 

Une situation délicate, car l’argument des constructeurs se fonde sur le taux d’accidents observé actuellement aux Etats-Unis avec les véhicules traditionnels. L’intelligence artificielle garantirait un respect des règles de circulation et ne présenterait pas le risque de conduite sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants, ou encore de distraction par des enfants agités ou un appel téléphonique.  

«Cela va être un obstacle malencontreux que nous devrons prendre en compte pour regagner la confiance de l’opinion publique dans la sécurité de ces équipements», analyse Mark Rosenker, ancien président du bureau de sécurité du transport national cité par Reuters. Mais selon lui, le public devrait se garder de sur-réagir à ce drame et garder à l’esprit que chaque année 40 000 personnes dont environ 6 000 piétons meurent sur les routes des Etats-Unis dans près de 6 millions d’accidents.

Dans un premier temps, l’accident de Tempe devrait encore ralentir ou modifier un projet de loi actuellement examiné au Congrès visant à accélérer et faciliter les tests en conditions réelles des véhicules autonome, déjà bloqué par une poignée de sénateurs démocrates.

Côté républicain, le sénateur John Thune, à la tête de la commission du Commerce, estime que «cette tragédie souligne la nécessité d’adopter une politique et des lois taillées sur mesure pour les véhicules autonomes».

Malgré la menace du «shutdown», 100 millions de dollars d'argent public pour la recherche et le développement

Mais le débat politique est loin d’être tranché, même si l’administration actuelle est favorable à la levée des obstacles juridiques. Elaine Chao, secrétaire au Commerce résumait début mars, c’est-à-dire près de trois semaines avant l’accident de Tempe, la position officielle ainsi : «Notre but est de mettre en place des réglementations basées sur le bon sens qui garantissent la sécurité sur les routes sans freiner l’innovation.»

En outre, le département du Transport étudie actuellement une proposition déposée en janvier par General Motors en association avec la NHTSA, association pour la sécurité routière sur les autoroutes, d’exemption légale, pour une quantité réduite de véhicules autonomes sans volant ni pédales de frein ou d’accélérateur et conçue pour se passer totalement d’un pilote.

Le Congrès continue depuis des mois de se déchirer sur des négociations budgétaires pour éviter un «shutdown» c’est-à-dire une nouvelle fermeture temporaire de certaines administrations en cas de dépassement du budget. Mais il a quand même réussi à sanctuariser une enveloppe de 100 millions de dollars pour soutenir un programme de recherche et de développement de véhicules 100% autonomes. Celui-ci prévoit d’ailleurs le financement, pour un montant de 1,5 million de dollars, d’une étude sur les retombées potentielles en matière d’emplois de cette nouvelle technologie.

Des milliers de voitures sans pilote sur les autoroutes

Par ailleurs, en septembre, la Chambre des représentants avait adopté à l’unanimité une disposition spéciale autorisant des exemptions légales pour 80 000 véhicules autonomes par an et par constructeur, s’ils arrivaient à démontrer que ces voitures du futur étaient aussi sûres que les véhicules actuels.

En mai 2016, un modèle S semi-autonome, lui, de la marque californienne Tesla avait été impliqué dans un accident qui avait entraîné la mort de son propriétaire. Ce dernier s'était encastré à 120 km/h dans un poids lourd. Mais l’enquête de la sécurité routière avait conclu que le système avait bien fonctionné, tandis que le propriétaire qui avait placé son véhicule en pilotage automatique avait négligé de répondre à sept avertissements de sécurité consécutifs.

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