Privatisation de la FDJ : vers une répétition du scénario des autoroutes ?

Privatisation de la FDJ : vers une répétition du scénario des autoroutes ?
Depuis septembre 2014, la haute-fonctionnaire Stéphane Pallez, dirige la Française des jeux. Son entreprise figure en tête de liste des privatisables.

Le capital de la Française des Jeux, véritable vache à lait de l'Etat, devrait être ouvert d'ici le printemps 2018 à des investisseurs privés, voire introduit en Bourse. A quel prix l'Etat partagera-t-il la propriété de cette machine à cash ?

Est-ce une curée qui s'annonce ? Emmanuel Macron vient de donner le coup d’envoi de plusieurs privatisations. Parmi les entreprises que l'Etat aurait dans le collimateur figurent en premier lieu le groupe ADP (anciennement Aéroports de Paris) et FDJ (anciennement Française des Jeux).

ADP gère le premier aéroport d’Europe par le nombre de passagers devant London Heathrow et Amsterdam Schiphol et a généré en 2017 un résultat net de 577 millions d’euros, en hausse de 31,2%. Quant au monopole public (détenu à 72% par l’Etat) de jeux de loterie et de paris sportifs, il a reversé en 2016 plus de 3 milliards d’euros directement au Trésor, en plus des 9,4 milliards et près de 800 millions d’euros payés respectivement aux joueurs et aux revendeurs. Les résultats de son activité en 2017 ne seront connus que le 30 mars, mais on peut d’ores et déjà parier sur une hausse du chiffre d’affaires. Ce dernier n’a cessé d’augmenter et a presque triplé depuis 20 ans. L'Etat s'apprête ainsi à privatiser des entreprises en excellente santé financière.

Un monopole d’Etat dont la vente rappelle celle des autoroutes

La vente d’actions d’un monopole d’Etat assis sur un marché captif d’importance nationale (26 millions de clients) rappelle les différentes étapes de la privatisation des réseaux d’autoroutes publics français à partir de 2015. Elle avait rapporté près de 15 milliards d’euros au Trésor public. Mais le cas de la Française des Jeux est particulier et constitue même un casse-tête pour les analystes du marché qui attendent cette vente depuis dix ans.

En effet, selon le cabinet d’audit public BIPE, le groupe FDJ a en réalité apporté à l’Etat 5 milliards d’euros de contributions directes et indirectes en 2016. Pourtant, à cause de son modèle économique particulier, sur 14,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016, le groupe n’a réalisé que 176 millions d’euros de résultat net. Et, après provision pour investissements divers, il n’a reversé que 124 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires, dont environ 90 millions à l’Etat, à comparer aux 3,3 milliards de versements directs au Trésor avant le bilan comptable.

5 milliards d'euros de revenus annuels pour l'Etat actionnaire

Malgré tout, sur cette base, l’ouverture de 20% du capital rapporterait 25 millions d’euros environ par an, pour un coût initial extrêmement bas de seulement 15,8 millions d’euros. En effet, FDJ n’étant pour le moment pas coté en bourse, sa valeur est celle de son capital social, soit 76,4 millions d’euros. Autrement dit, l’acquéreur des 20% de ce capital dans les conditions actuelles réaliserait près de 10 millions d'euros de bénéfice dès la première année. Et l'on parle en réalité d'abaisser la part de l'Etat à 30% voire 20%, ce qui laisserait environ 50% du capital en mains privées. Une affaire difficile à faire passer auprès de l’opinion publique dont une partie semble, au vu des sondages, considérer que Macron fait des cadeaux aux riches.

La solution, pourrait être d’introduire le groupe FDJ en Bourse, et c'est une des options envisagées par le gouvernement. Cela aurait d'abord le mérite d'ouvrir le capital aux petits épargnants, mais aussi de valoriser l'entreprise. Sur les forums d'investisseurs on estime en effet que la valorisation de FDJ par le marché serait plus proche de 1,5 milliard d'euros, soit environ 10% de son chiffre d'affaires. Une estimation raisonnable et surtout, représentant un enjeu financier plus cohérent avec l'objectif officiel des privatisations : abonder un fonds public de 10 milliards d'euros destiné à financer l'innovation.

On en saura peut-être plus, dès le 10 mars. Lors d’une réunion interministérielle à Matignon, le Premier ministre Edouard Philippe devrait préciser les détails du projet de loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), encadrant ces privatisations. La présentation de ce dernier au Conseil des ministres est prévue pour le 18 avril. En attendant la chaîne Public Sénat s'est essayée à un sondage sur son compte Twitter officiel. Pour le moment, 79% des répondants se sont déclarés opposés à ce projet. 



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