Sahara occidental : Alger contre Riyad et Rabat, une guerre d'investissements et de territoires

Le ministre de l’Economie et des finances marocain, Mohamed Boussaid et son homologue saoudien Ibrahim Ben Abdelaziz Assaf,© Capture d'écran Twitter
Le ministre de l’Economie et des finances marocain, Mohamed Boussaid et son homologue saoudien Ibrahim Ben Abdelaziz Assaf,

Lors d'une rencontre à Bahreïn, l'Arabie saoudite et le Maroc et Rabat ont signé une convention d'investissement de 200 millions d'euros, malgré la demande adressée à Riyadh par Alger de ne pas investir dans le Sahara occidental.

Pour le quotidien marocain La Tribune Nouvelle, cet investissement constitue des dons pour le soutien du financement de la première tranche du projet agricole d’irrigation de la plaine de Saïss, dans la région de Fès-Meknès (80 millions de dollars / 70 millions d'euros), du projet d’équipement des hôpitaux publics (50 millions de dollars / 43 millions d'euros) et du programme de financement des PME marocaines (100 millions de dollars / 87 millions d'euros).

A Bahreïn, le ministre marocain de l’Economie et des finances, Mohamed Boussaid, a déclaré devant son homologue saoudien, Ibrahim Ben Abdelaziz Assaf, que la signature de ces conventions s'inscrivait «dans le sillage des relations stratégiques et particulières existant entre les deux pays, et qui ne cessent de se renforcer à tous les niveaux, notamment dans les domaines économique et financier». 

Le responsable saoudien a, pour sa part, salué les efforts déployés par le Maroc, notant que Rabat était «un exemple pour les autres pays en matière de développement et de croissance».

Sahara occidental, un enjeu territorial

Un tel soutien financier vise à soutenir plusieurs projets d’infrastructures sur le territoire marocain, mais aussi et surtout, au-delà de la ligne de démarcation entre le Maroc et le Sahara Occidental. Cette ancienne colonie espagnole, qui n'a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique depuis le départ des Espagnols en 1976, est aujourd'hui revendiquée par le Maroc, ce à quoi s'oppose fermement l'Algérie qui invoque le droit à l'auto-détrermination des tribus autochtones sarahouïes.

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En soutenant financièrement les projets de constructions d'infrastructures au Sahara occidental, l’Arabie affiche clairement son soutien à la position marocaine et se met ainsi encore plus Alger à dos.

Par ailleurs, la récente visite du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon dans ce territoire, réaffirmant notamment la nécessité de mettre en place un référendum d'autodétermination, a provoqué la colère du Maroc. En représailles, Rabat a décidé de retirer ses contingents engagés dans les opérations de maintien de la paix sous l’égide de l'ONU.    

Alger dénonce un pacte «entre monarchies absolutistes»

De fait, les liens cordiaux qu'entretiennent le Maroc et l'Arabie saoudite agace au plus au point l'Algérie, les rapports entre Alger et Ryad se dégradant continuellement. L’Algérie reproche notamment à l’Arabie saoudite son bellicisme dans le règlement de certains conflits régionaux. Pis, Alger fustige régulièrement le Royaume des Saouds pour son soutien aux groupes terroristes.

Les relations entre les deux pays sont si mauvaises que le président algérien Abdelaziz Bouteflika aurait refusé de recevoir, en février dernier, le ministre saoudien des Affaires Etrangères, alors en visite à Alger. L'Algérie a par ailleurs tenté à plusieurs reprises et à travers des manœuvres diplomatiques de convaincre Riyad de ne pas investir au Sahara occidental.

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Malgré cela, les affinités entre le Maroc et l’Arabie saoudite ont tendance à se consolider : le Maroc profite en effet d’un accord signé en 2012 avec le Qatar, l’Arabie saoudite, le Koweït et les Emirats Arabes Unis, stipulant que Rabat bénéficiera d’une enveloppe d’un montant de cinq milliards de dollars (4,4 milliards d'euros) sur cinq ans (2012-2017).

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Alger considère cet accord comme «un gage de soutien mutuel entre deux monarchies absolutistes», accusant le royaume saoudien de «participer activement à la propagation de révoltes populaires et autres révolutions colorées dans les pays arabes», selon algerie-focus.com.

La prudente neutralité de Paris

Ce qui agace davantage l'Algérie, c'est bien la position de soutien non vraiment clairement assumée de la France au Maroc. En visite en Algérie à la fin du mois de mars dernier, le ministre français des Affaiores étrangères Jean-Marc Ayrault a préféré aborder superficiellement le sujet afin, sans doute, de ne pas irriter Algériens et Marocains.

«C'est une question délicate, difficile, qui ne doit pas être une pierre d'achoppement dans l'amitié entre la France et l'Algérie», a déclaré le chef de la diplomatie française. 

Son homologue algérien, Ramtane Lamamra, a lui rétorqué que ce sujet consituait «Pendant 40 ans, un point de désaccord entre la politique extérieure de l'Algérie et celle de la France», ajoutant que la communauté internationale devait «s'acquitter de ses responsabilités historiques pour l'autodétermination du peuple du Sahara Occidental» et que la France «trouverait un rôle à sa mesure dans le soutien de ce processus», a-t-il en outre ajouté.

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