Rachid Nekkaz : l’Algérie est toujours colonisée sur le plan économique

Rachid Nekkaz lors d'une manifestation contre le gaz de schiste Source: AFP
Rachid Nekkaz lors d'une manifestation contre le gaz de schiste

L’homme politique algérien Rachid Nekkaz a effectué une marche de 3 124 km pour protester contre la vente des ressources naturelles de son pays aux étrangers. Il confie à RT France sa perception de la politique algérienne.

RT France : Comment analysez-vous le dernier communiqué de presse du président algérien ?

Rachid Nekkaz (R. N.) : Ce communiqué date du 24 février, c’est le jour où l’ancien président algérien Houari Boumédiène avait nationalisé les hydrocarbures. Et moi-même, j’ai décidé d’arriver à Timimoun le dernier jour de ma marche de 3 124 kilomètres le 24 février, pour le 45e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, c’est-à-dire, du gaz et du pétrole algériens. J’ai choisi cette date parce que j’estime qu’on a fait marche arrière depuis 16 ans. L’Algérie ne dispose plus de sa souveraineté économique sur son gaz et son pétrole.

Le pays est dans un processus antirévolutionnaire depuis 1999 et les communiqués de presse qui émanent de la présidence de la république algérienne sont complétement faux et contraires à la réalité du pays depuis fin 1999. L’essentiel des richesses pétrolières et gazières du pays ont été vendues aux multinationales étrangères. D’ailleurs, à la fin de l’année, l’entreprise française Total va exploiter du gaz de schiste là où j’ai marché, à Timimoun, dans la région d’Adrar dans le sud du pays, qui appartient déjà à 65% à Gaz de France. C’est un cadeau que le président algérien a fait à la France en 2002. Donc, vous voyez, entre les déclarations publiques algériennes et la réalité, il y a une montagne de mensonges. Et c’est ce qui est malheureux dans ce pays.

Tout le désert algérien n’appartient plus à l’Algérie, il appartient aux multinationales étrangères

RT France : A la diffusion du communiqué, l’écrivain Rachid Boudjedra a publié un éditorial où il se demande si le pays est redevenu révolutionnaire. Qu’en pensez-vous ?

R. N. : Elle l’a été au temps du président Boumédiène, qui est mort en 1978. Mais, depuis l’arrivée du président Bouteflika en 1999, l’Algérie est dans un processus antirévolutionnaire continu. Tout le désert algérien n’appartient plus à l’Algérie, il appartient aux multinationales étrangères, dont la majorité sont des multinationales françaises et américaines. C’est pourquoi aujourd’hui l’Algérie est obligée d’exploiter du gaz de schiste. L’Algérie a, par exemple, été obligée d’augmenter les prix de l’essence et du gasoil de 35% en janvier parce qu’il n’y avait plus assez d’argent. Depuis 1999, jamais la France, jamais les Etats-Unis n’ont émis la moindre critique sur le régime algérien, jamais. Jamais en 17 ans.

RT France : Dans ce communiqué de presse le président évoquait la nocivité du capitalisme et sa corrélation avec l’impérialisme…

R. N. : C’est complétement faux. Depuis peu, des compagnies étrangères peuvent rentrer dans le capital des entreprises publiques algériennes, et ça c’est une première dans l’histoire du pays. Une entreprise française, par exemple, peut être actionnaire d’une entreprise publique algérienne au bout de cinq ans et c’est même déjà le cas aujourd’hui avec notamment, Gaz de France qui possède 65% de la société Touatgaz depuis 2002 et ce jusqu’en 2043. C’est scandaleux.

Si vous enlevez le gaz et le pétrole à l’Algérie, l’Algérie n’existe plus, ça va être la famine, le pays se transformera en une Somalie

RT France : S’agit-il pour vous de répercussions de l’époque coloniale ?

R. N. : Nous sommes toujours totalement colonisés sur le plan économique. Et c’est la raison pour laquelle il est très important aujourd’hui d’avoir la maîtrise de nos ressources pétrolières et gazières. Si on ne fait pas l’OPEP du gaz avec la Russie et l’Iran, vous allez voir que dans maximum deux ans, l’Algérie va à nouveau être obligée d’emprunter à la Chine qui exerce un rôle très important aujourd’hui en Algérie et en Europe. Donc, oui, nous ressentons encore les séquelles d’un colonialisme économique. C’est une réalité dans le Sahara algérien. Il n’y a pas de quoi vivre en Algérie. Les gens ne se rendent pas compte, mais l’Algérie ne produit absolument rien, même pas des cotons-tiges. L’Algérie ne fabrique même pas de tasses pour boire du café. Tout est importé, absolument tout. C’est une calamité. Si vous enlevez le gaz et le pétrole à l’Algérie, l’Algérie n’existe plus, ça va être la famine, le pays se transformera en une Somalie.

Le président Bouteflika n’existe plus politiquement

RT France : Est-ce que le président dirige vraiment le pays ?

R. N. : Est-ce que vous savez qu’aucun Algérien n’a vu le président depuis 44 mois ? Le président Bouteflika a été un excellent ministre des Affaires étrangères à l’époque du président Boumédiène, c’est-à-dire, entre 1965 et 1978. S’il a été un excellent ministre des Affaires étrangères, la politique économique conduite sous présidence d’Abdelaziz Bouteflika est une catastrophe. Oui, il a rétablit la paix, après une guerre civile qui a causé 200 000 morts de 1992 à 1999, mais, sur le plan économique, c’est une catastrophe. Le pays dépend toujours à 98% des recettes du gaz et du pétrole. Parce que le pays a accepté la division internationale du travail, et donc, fournit du gaz et du pétrole à l’Europe.

A vrai dire, le président Bouteflika n’existe plus politiquement. C’est donc les voyous qui composent son entourage qui ont vendu le pays.

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