Par Karine Bechet-Golovko Tous les articles de cet auteur
Karine Bechet-Golovko, docteur en droit public, professeur invité à la faculté de droit de l'Université d'Etat de Moscou (Lomonossov), animatrice du site d'analyse politique Russie Politics.

Crise ukrainienne : la France, en revenant à elle-même, aurait pourtant un véritable rôle à jouer

Crise ukrainienne : la France, en revenant à elle-même, aurait pourtant un véritable rôle à jouer© Daniel Cole Source: AP
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Dans une Europe où la guerre refait surface, la France devrait avoir un rôle de diplomate, pour calmer le conflit Ukraine et Russie, si elle ne menait pas une politique atlantiste, analyse Karine Bechet-Golovko.

Le 28 mai, le chancelier allemand et le président français ont pris l’initiative d’un entretien téléphonique avec le président russe. Dans le contexte conflictuel extrême, qui existe aujourd’hui entre l’Europe et la Russie, cette initiative aurait pu être une bonne chose. Aurait pu ... Mais il semblerait que la communication ait malheureusement remplacé la diplomatie.

D’ailleurs, certains médias russes ne s’y sont pas trompés en titrant : «Macron et Scholtz ont demandé à Poutine de se rendre à l’Ukraine.»

Et en effet, avec l’unilatéralisme sans concession qui s’est emparé du discours politico-médiatique français, la question se pose. «Cessez-le-feu immédiat» – de la Russie, «retrait des troupes» – de la Russie, «négociations sérieuses» – de la Russie avec l’Ukraine, peut-on lire dans les médias français. Le communiqué de l’Élysée ne donne pas l’impression d’une démarche allant dans le sens d’une volonté sincère de sortie de crise, mais d’un coup-de-poing rageur sur la table. Une étrange «union sacrée» s’emballe sous nos yeux, sortie des méandres revisitées de 1914, entre cette fois le clan américain entraînant l’Europe dans son sillage au son de l’Ukraine en danger. L’on pourrait presque réentendre Maurice Barrès s’exclamer : «Devant la tombe ouverte de la frontière violée, il n’est plus question de politique qui divise.»

Au-delà de l’emballement, rappelons que ce conflit en Ukraine est un conflit secondaire, qui découle du refus par la Russie du monde unipolaire, global, atlantico-centré et qu’en Ukraine il n’a pas débuté en février de cette année, mais en 2004, avec la Révolution Orange et l’organisation par l’OSCE du 3e tour des élections présidentielles pour faire passer le «bon» candidat, qui n’a d’ailleurs pu faire qu’un seul mandat, ce qui a provoqué en 2014 l’organisation du Maidan par les forces atlantistes, dont Victoria Nulland avait reconnu le financement. De cette ingérence directe depuis des années en Ukraine, découle la situation actuelle. De cette violation de la souveraineté de l’Ukraine en 2004, découle le conflit.

La France et l’Allemagne, impliquées dans un conflit qu’elles ne maîtrisent pas, avec leurs livraisons d’armes et rhétorique atlantiste, se trouvent dans une situation délicate pour assumer un rôle d’intermédiaire, qui par ailleurs aurait pu être le leur.

La mission d’intermédiaire dans un conflit suppose d’être à mi-chemin entre les parties au conflit et indépendant des deux. Il est effectivement extrêmement regrettable, que la France et l’Allemagne, qui étaient garantes au même titre que la Russie, des Accords de Minsk, n'aient pas alors usé de leur diplomatie pour faire appliquer ces Accords par l'Ukraine, c'est-à-dire, fait modifier la Constitution ukrainienne pour que les territoires du Donbass puissent y trouver une place juridique spéciale au sein de l’Ukraine. Cette diplomatie n’était pas compatible avec le renforcement du cours atlantiste de l’Ukraine, des fourniture d’armes et des formations de l’OTAN.

Malheureusement, la France et l’Allemagne ont choisi «l’autre voie». Comme disait Bismarck, «la diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments». La position élue est bien celle décrite par le prédécesseur de Scholtz, celle d’une diplomatie intégrée dans un panel d’instruments de pression, appuyée par la force. Ce qui rejoint les déclarations de Borrell, déclarant en Ukraine que le conflit se résoudrait sur le champ de bataille.

La communication semble avoir remplacé la diplomatie et l’on se demande si ces dirigeants n’ont pas oublié que les mots ont un sens, que les mots obligent. La diplomatie en Europe, est-elle encore autre chose qu’un paravent, lorsque l’on peut lire sur le site de l’Élysée : «Le président de la République et le chancelier allemand ont demandé la libération des quelque 2 500 défenseurs d'Azovstal faits prisonniers de guerre par les forces russes.». Il est, certes, heureux de noter que la France cesse la reconstruction factuelle en mettant fin à son ancien discours de «l’évacuation» des combattants d’Azovstal, mais rappelons que ces «défenseurs» sont pour un grand nombre d’entre eux des membres du groupe néonazi Azov, ce qu’ils assument avec différents tatouages reprenant les symboliques nazies, la figure d’Hitler, etc. 

En quoi un Président français doit-il demander la libération de membres d’extrême droite néonazis ? Quel est le lien entre la France et ces individus, pour que leur libération provoque une telle activité internationale, alors que les civils qu’ils retenaient de force à Azovstal n’intéressent personne en Occident ?

Les valeurs de la France sont autres, la civilisation de la France s’est construite sur d’autres bases. Et en revenant à ses sources, en revenant à elle, la France aurait effectivement un rôle à jouer aujourd’hui. Elle est l’âme du Continent européen, elle tient une place particulière dans le cœur des Russes. Comme grande nation, la France pourrait ramener à de plus justes proportions les envolées atlantistes, qui portent une atteinte sérieuse aux intérêts nationaux des États européens.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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