Yves de Kerdrel est directeur de la publication de Valeurs Actuelles et directeur des publications du groupe Valmonde. Editorialiste au Figaro, chroniqueur à I-Télé et à Radio-Classique.

Vivement que Fabius quitte le Quai d’Orsay

Laurent Fabius© Roman Iandoline Source: RIA NOVOSTI
Laurent Fabius

Dans trois mois Laurent Fabius devrait être logiquement nommé à la tête du Conseil Constitutionnel. Il ne reste qu’une chose à souhaiter, c’est que son successeur soit plus lucide sur l’avenir de cette région du monde.

A quelques semaines de son départ programmé du ministère des Affaires étrangères, Laurent Fabius veut à tout prix tenter de faire croire qu’il compte encore. Absent à Vienne vendredi dernier, le locataire du Quai d’Orsay essaie ce mardi de revenir dans le jeu en Syrie en organisant à Paris une réunion avec ceux qu’il appelle les «principaux partenaires de la région» mais sans la Russie et l'Iran, alliés indéfectibles de Bachar el-Assad. En revanche, les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de l'Arabie saoudite, de la Jordanie ou encore de la Turquie, sont attendus.

L’attitude de Laurent Fabius qui consiste à dire d’une part que l’avenir de la Syrie ne peut pas se concevoir avec le maintien de Bachar el-Assad, et d’autre part que l’avis de la Russie ne compte pas n’est pas seulement irresponsable ; c’est une faute majeure

La diplomatie consiste, en général, à trouver une voie de passage là où il n’y en a pas. C’est pour cette raison que les ministres des Affaires étrangères ont pour devoir moral d’examiner toutes les solutions possibles afin de résoudre un problème aussi essentiel que la lutte contre Daesh. L’attitude de Laurent Fabius qui consiste à dire d’une part que l’avenir de la Syrie ne peut pas se concevoir avec le maintien de Bachar el-Assad, et d’autre part que l’avis de la Russie ne compte pas n’est pas seulement irresponsable ; c’est une faute majeure.

D’abord parce que depuis que la Russie a décidé d’intervenir militairement en Syrie et de frapper aussi bien les rebelles que les forces de l’Etat islamique, on commence à observer un net recul des positions de Daesh. Et cela, tout le monde devrait s’en féliciter au moment même où ces barbares islamistes viennent encore d’exécuter trois innocents à Palmyre tout en massacrant le patrimoine historique de cette cité antique. Ensuite parce que la Russie, qui a toujours eu des liens étroits avec la Syrie et avec l’Iran, a eu l’intelligence de s’allier avec des régimes chiites pendant que les américains, eux, soutenaient des régimes sunnites ou wahhabites qui confondent le prosélytisme de l’islam et la guerre contre les «infidèles». Enfin parce que le seul chef d’Etat à avoir eu, depuis le départ, une vision claire de ce monstre qu’est Daesh, c’est Vladimir Poutine. A plusieurs reprises le Président russe a rappelé qu’il ne pouvait tolérer d’avoir à 850 kilomètres de ses frontières un foyer terroriste désireux d’abattre par tous les moyens la civilisation occidentale et chrétienne.

Dans cette affaire, s’il y a un problème il tient hélas à la personnalité de Laurent Fabius. Il s’est trompé trois fois

Le pire c’est que pour justifier cette conférence en catimini, les représentants du Quai d’Orsay ont déclaré : «On constate qu'il n'y pas de stratégie de sortie développée par les Russes». Ce qui est une absurdité aujourd’hui démontrée par les faits et par la présence militaire dans la région. La meilleure preuve en est que même John Kerry, le Secrétaire d’état américain a fait amende honorable et parle désormais régulièrement avec son homologue russe.

Dans cette affaire, s’il y a un problème il tient hélas à la personnalité de Laurent Fabius. Il s’est trompé trois fois. D’abord en voulant frapper Damas à l’automne 2013 et en restant convaincu que l’élimination de Bachar el-Assad était un élément incontournable. Ensuite en imposant des sanctions à la Russie dans le sillage des évènements survenus en Ukraine. Enfin en s’opposant aussi longtemps qu’il était possible à l’accord sur le nucléaire iranien. Or aujourd’hui c’est l’axe Moscou-Téhéran-Damas qui reprend la main en Syrie au grand désespoir de Laurent Fabius, qui pense toujours qu’une politique étrangère doit être dictée par la question des droits de l’Homme. S’il avait mis en avant à la fois l’intérêt des populations concernées, celui de la France et celui de la civilisation occidentale, il ne se serait pas retrouvé dans une telle impasse.

Dans trois mois Laurent Fabius devrait être logiquement nommé à la tête du Conseil Constitutionnel en remplacement de Jean-Louis Debré. Un poste moins exposé pour quelqu’un dont tout le monde sait qu’il a des problèmes de santé. Il ne reste qu’une chose à souhaiter, c’est que son successeur soit plus lucide sur l’avenir de cette région du monde. On parle beaucoup de Ségolène Royal pour occuper le Quai d’Orsay. Ce ne serait pas forcément un mauvais choix pour la France si l’on veut enfin rompre avec ce «droit-de-l’hommisme» qui nous fait tant de mal afin de renouer avec une vraie «real-politique».

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