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Notre patience est à bout, par Philippe Mesnard

Notre patience est à bout, par Philippe Mesnard© SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP Source: AFP
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Un réfugié rwandais, en situation irrégulière et déjà criminel, a assassiné un prêtre vendéen. L’Etat français est responsable et coupable, estime Philippe Mesnard, rédacteur en chef de Politique magazine, auteur de cette tribune.

Emmanuel Abayisenga, Rwandais Hutu, a donc assassiné un prêtre vendéen, le père Olivier Maire. Il avait déjà incendié la cathédrale de Nantes, l’année dernière, où il était bénévole. Il avait quitté le Rwanda pour la France en 2013, demandant continûment l’asile, asile qui lui était refusé avec la même continuité. Abayisenga n’avait pas toute sa tête – ou plutôt son état psychiatrique était fragile, pour parler comme la justice. Fragilité qui ne s’était pas améliorée pendant ses mois de préventive, ni malgré la honteuse prétendue reconnaissance de la France dans les massacres rwandais (massacres auxquels la famille du suspect avait participé), ni malgré le tout récent séjour de cinq semaines en asile psychiatrique qui venait de se terminer.

L’Eglise catholique, elle, a joué son rôle et pleinement exercé sa charité : accueil, pardon, accompagnement. Il serait odieux d’ironiser sur la manière dont elle a été payée de retour

La France a donc considéré qu’une personne à qui on refuse l’asile depuis huit ans, qui s’est rendue coupable d’un incendie criminel et est déséquilibrée, a toute sa place en France et, qui plus est, avec une simple obligation de résidence surveillée ; la France a pensé que ce ressortissant étranger pouvait attendre en toute liberté son procès, et que le procès lui-même pouvait attendre : on a connu la justice plus pressée, mais il est vrai que les affaires étaient plus politiques.

L’Eglise catholique, elle, a joué son rôle et pleinement exercé sa charité : accueil, pardon, accompagnement. Il serait odieux d’ironiser sur la manière dont elle a été payée de retour. On ne peut s’empêcher de penser aux derniers mots du père Hamel, enjoignant à Satan de s’éloigner de lui alors qu’il tombait sous les coups de deux islamistes... L’Eglise voulait croire qu’Abayisenga avait sa place en France, et on peut gager que ni l’incendie d’un lieu saint ni l’assassinat d’un prêtre ne la feront changer d’avis. L’Eglise a sa logique, l’Etat a la sienne, et il a montré à de très nombreuses reprises ces dernières années que les deux n’avaient aucun rapport.

Emmanuel Macron, de son côté, a tweeté (car ce président de la République tweete en permanence, pour que nul n’ignore qu’il pense et agit, quand bien même la bienséance exigerait autre chose que des tweets quand il s’agit de morts). Il a tweeté ses «pensées chaleureuses», ce qui est bien gentil, en expliquant que «protéger ceux qui croient est une priorité», une de plus, et sûrement traitée avec la même efficacité que toutes les autres.

D’ailleurs, puisqu’on parle d’efficacité, l’admirable Darmanin a expliqué qu’on ne pouvait plus expulser le Rwandais car il aurait fallu d’abord lever son contrôle judiciaire : entre 2013 et 2020, un immigré en situation illégale n’a pas été expulsé, il commet un crime, il n’est donc plus expulsable ! Parfaite logique judiciaire à la française, qui consiste à tout faire pour ne jamais se débarrasser des criminels. Au fait, Abayisenga avait eu quatre obligations de quitter le territoire français, et seule la quatrième était bloquée par son contrôle judiciaire, suite à l’incendie. Donc, l’Etat français avait failli, à trois reprises, mais considéré que tout était en règle.

Castex, lui, demande que «toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce drame afin que toutes les conséquences puissent en être tirées» (sic). Jean, comment te dire ? Il faut arrêter d’accueillir toute la misère du monde et expulser les expulsables. Si jamais Darmanin t’explique que c’est compliqué à cause de deux ou trois règlements, et bien, tu sais quoi ? Tu les change. Emmanuel et toi vous faites ça très bien depuis un an et demi, et comme ni le Conseil d’Etat ni le Conseil constitutionnel ne vous en empêchent, pourquoi te priver ? Allez, comme en plus c’est une «priorité», d’après le boss, lâche-toi. Au fait, c’est Emmanuel qui disait qu’il avait un objectif de 100% de taux d’expulsion pour les étrangers en situation irrégulière, non ? Ça devait être une priorité. Là, à vous trois, et quatre en comptant Dupont-Moretti, vous en êtes à 13,4%. C’est médiocre. Tire les conséquences, Jean.

Macron a failli. Darmanin a failli. Le système judiciaire a failli. Et comment réagissent tous ces faillis ? En expliquant qu’il faut éviter les fameuses «polémiques inutiles»

Il est vrai que c’est plus simple de fliquer les honnêtes gens, en France, que de traquer les criminels. Les premiers se laissent faire, les seconds regimbent, ils manquent d’esprit civique. Les premiers paient leurs amendes, les seconds sont défendus becs et ongles par un pouvoir judiciaire – et de belles âmes – qui tient absolument à ce que chaque délinquant ou criminel soit en fait une victime et chaque victime un oppresseur systémique.

Macron a failli. Darmanin a failli. Le système judiciaire a failli. Et comment réagissent tous ces faillis ? En expliquant qu’il faut éviter les fameuses «polémiques inutiles». Un étranger déséquilibré en situation irrégulière assassine un Français et ceux qui s’en émeuvent et dénoncent la situation qui aboutit à cette catastrophe ne seraient donc que des esprits futiles incapables de saisir le véritable sens de la situation ? Non. Ils ont tiré les conséquences, avant même que Jean Castex ne le fasse. Ils les avaient même tirées depuis longtemps, le père Olivier Maire n’étant que la dernière victime en date de l’aveuglement volontaire de l’Etat français. Jusqu’à quand Macron et son gouvernement abuseront de notre patience ?

 

 

 

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