Pétition des mille : grandeur et misère du «devoir de réserve», par Régis de Castelnau

Pétition des mille : grandeur et misère du «devoir de réserve», par Régis de Castelnau
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Avocat et blogueur, Régis de Castelnau revient pour RT France sur la polémique provoquée par la parution d'une tribune signée par nombre de militaires.

La publication d’une pétition, signée par un grand nombre de militaires, s’inquiétant de l’état de leur pays a provoqué un grand tintamarre. Le danger d’un fascisme imaginaire stimulant, l’appétit répressif des antifascistes de pacotille. Au nom d’un devoir de réserve inventé pour la circonstance.



L’épisode de l’appel des « mille milis » a permis un certain nombre de dévoilements.

D’abord les sondages qui montrent un soutien massif (58 %) des Français à l’initiative des signataires et ensuite le chiffre d’un Français sur deux souhaitant l’intervention de l’armée même sans ordre ! Eh bien dites donc…

On se demande bien pourquoi les Français sont si nerveux alors que n’est-ce pas, ils sont en sûreté avec Macron & ses macronards aux manettes.

Comme d’habitude, on a pu constater que tous les habitués des plateaux, comment qu’ils étaient pas trop forts en tout. En droit militaire cette fois-ci. Les spécialistes autoproclamés ont joué des coudes pour confirmer que c’était bien eux qui étaient les plus spécialistes, et pour certains comment qu’ils étaient pas trop antifascistes.

Et tout le monde de doctement disserter sur le devoir de réserve des militaires, de cracher sur les signataires en les traitant de factieux, et d’acclamer le général Lecointre, piètre chef d’état-major accablant servilement ses camarades au lieu de se contenter d’exécuter sans commentaire les ordres d’Emmanuel Macron, son chef hiérarchique.

Concernant le fameux devoir de réserve, pour ceux que cela intéresse, on recommandera de se reporter aux Articles L 4121-1 à L 4121-8 du Code de la Défense. Leur lecture montrera qu’en ce qui concerne la tribune des mille devenus rapidement près de dix mille, les procédures contre les signataires, goulûment acclamées par nos antifascistes en carton, ne seront peut-être pas juridiquement aussi simples.

Ce devoir de réserve est le fruit du lien de subordination de l’armée à l’autorité civile combinée avec l’exigence de neutralité politique dans l’exercice des fonctions. Charles de Gaulle ne l’a pas respecté, le 17 juin lorsqu’il est parti pour Londres désobéissant aux ordres du gouvernement de la IIIe République dont Philippe Pétain venait de prendre la tête. Il fut condamné à mort pour cela, inutile de raconter la suite.

 

Il y a beaucoup d’autres exemples mais pour ma part, j’en retiens un qui me touche, allez savoir pourquoi.

Cela s’est passé le 23 juin 1915 au GQG de Chantilly en présence de Joffre, Poincaré, Viviani et Millerand. Écoutons ce qu’en dit Jean-Yves le Naour dans son ouvrage « 1915 » aux pages 121 et 122 :

« Mais les plus rudes coups viennent encore du général de Castelnau qui vide son sac, dénonce les opérations sans queue ni tête conçue par le commandement comme son incapacité à penser au-delà du front occidental…… [et s’adressant à Joffre] « Mais certainement, mon général ce n’est rien. Le champ de bataille c’est le monde entier et vous ne voulez pas le voir. » Puis c’est autour de Millerand alors ministre de la Guerre, de recevoir une volée de bois vert et, comble de l’ironie une leçon d’autorité politique délivrée par un militaire. Parce que le ministre a prétendu que l’idée du commandement interallié, si souhaitable en théorie, est quasiment irréalisable en pratique, le « Capucin botté » lui fait la leçon : « c’est une dérobade pour vous soustraire à vos responsabilités, à votre tâche. Parfaitement Monsieur le ministre c’est comme ça ! Le gouvernement a des devoirs, les militaires en ont d’autres mais chacun les siens. Nous autres généraux, nous remplissons nos fonctions qui consistent à diriger les opérations, mais le gouvernement n’assure pas son devoir qui est de conduire la guerre. »

Mon dieu quelle horreur que cette violation du devoir de réserve ! Un général qui accuse son supérieur hiérarchique d’aveuglement, et le pouvoir civil exécutif de se dérober pour ne pas assurer ses devoirs ! Rien que ça !

Nul doute que s’ils avaient vécu à cette époque, nos spécialistes autoproclamés et les antifascistes de comédie auraient exigé le limogeage de l’insolent, voire son exécution sur le front des troupes.

C’est qu’ils ne rigolent pas avec le règlement, ceux-là.

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