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Tombeau pour un président défunt

Tombeau pour un président défunt© STEPHANE MAHE Source: Reuters
Les funérailles de l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing à Authon (Loir-et-Cher).

L’ex-président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, VGE, est mort. Son septennat fut déficient sur plusieurs points, sa personnalité était assez méprisable, son engagement européen fut une catastrophe. Par Philippe Mesnard.

Valéry Giscard d’Estaing est mort. Il nous avait apporté le TGV, l’IVG, le droit de vote à 18 ans, l’Union européenne, le regroupement familial, que sais-je encore ? Une œuvre littéraire indigente, un parc dédié aux volcans, des images épatantes d’accordéoniste et le spectacle énervant d’un vieillard qui, parce qu’il gouverna sept ans, fut somptueusement entretenu par la République 40 années durant.

Polytechnicien, énarque, inspecteur des finances, député, conseiller général, secrétaire d’Etat à 32 ans, ministre des Finances à 36 ans, plus jeune président de la République à 48 ans, puis député européen, président de Conseil général : on nous explique – l’Élysée nous explique ! – qu’il consacra toute sa vie aux Français. Non, il la consacra à lui-même et les Français en payèrent le prix chaque jour, et le payent encore chaque jour et pour longtemps. Un premier prix : l’État consacrait 2,5 millions d’euros par an pour entretenir le train de vie de l’ex, surtout à cause de ses nombreuses propriétés qu’il fallait garder… Un second prix, celui de l’immigration incontrôlée, de la désindustrialisation, de l’inflation, des normes européennes mortifères…

Ces normes envahissantes, c’est lui qui les introduisit avec délectation tant il fut europhile, non pas patriote, mais saint-simonien moderne, ennemi des nations, comme son lointain double Macron. C’était un technocrate de la pire espèce, doublé d’un ambitieux et triplé d’un vaniteux : périlleux mélange. Non content de s’être rendu grotesque avec son patronyme «relevé» avec ses armoiries, c’est-à-dire ramassé dans la poussière des études notariales faute de descendants, Giscard composa avec soin un personnage d’aristocrate de la Régence, du style libertin éclairé, ce qui lui permit avec un flair infaillible de toujours choisir l’attitude la plus spectaculaire, et donc la plus ridicule. Prétendu Kennedy à la française (puisqu’il sacrifiait avec enthousiasme à l’américanophilie des élites), fossoyeur de la dignité présidentielle avec ses fameux dîners impromptus chez les Français et ses séances d’accordéon, il a ouvert la voie aux pantalonnades de François Hollande.

On pourrait gloser sur ses choix techniques, tout aussi tape-à-l’œil et de courte vue (le TGV a précipité la métropolisation du territoire), ou intelligents, mais sans que l’Etat soit capable de les accompagner, le président Giscard ayant la tête farcie de finances et d’Union européenne, préférant toujours les abstractions au concret, regardant l’industrie sombrer sans y croire, se prenant le choc pétrolier dans le buffet. Il préférait les grandes envolées au pays réel, qu’il ne redécouvrit qu’après son cuisant échec de 1981 en se recroquevillant en Auvergne, qu’il transforma en baronnie et dont il tira de copieux revenus. C’est là qu’il imagina Vulcania, prétentieux et austère parc scientifique qui fut immédiatement un bide tant le bon peuple s’ennuyait dans le parc aux folies de l’ex, branché sur les subventions publiques. Giscard écarté, l’affaire redémarra doucettement.

La France n’eut pas cette chance. Malgré les poignées de mains aux éboueurs et l’accordéon, abandonné par son camp que sa «modernité» antinationale et progressiste avait dégoûté, brocardé pour ses piteuses aventures sexuelles, son goût des chasses somptuaires et sa capacité à accepter des cadeaux frelatés, comme les diamants de Bokassa, rejeté par les moins de 21 ans à qui il avait cru malin de donner le droit de vote, Giscard est renvoyé en 1981. La voie est libre pour les socialistes qui n’ont plus à s’occuper d’avortement et se consacrent donc avec enthousiasme au reste. Giscard ronchonne : que ne lui a-t-on laissé les commandes ! Que ne lui donne-t-on celles de l’Union européenne ! Comme Macron aujourd’hui, Giscard s’imaginait un destin européen et, entre deux discours sur la modernité, lui qui avait sabordé la souveraineté nationale a continué longtemps à apporter tout son soutien au fédéralisme dévorant de l’UE, poussant au Traité de «Constitution de l’Europe» jusqu’en l’année fatidique de 2005.

Vieux sage incapable de reconnaître ses erreurs ou ne les concédant qu’une fois la déroute assurée : s’il parla d’invasion à propos d’immigration, c’est bien après avoir favorisé celle-ci pour satisfaire le grand patronat industriel. On dit qu’il ne voulut pas du regroupement familial, que le Conseil d’Etat lui imposa en 1978. Que n’a-t-il alors modifié la Constitution, comme il le fit en modifiant la saisine du Conseil constitutionnel ?

Giscard ne fit rien. Il préférait laisser de lui une image de réformateur, de sage, d’homme au-dessus des partis et des passions, au-dessus de la France. S’éternisant au-delà du raisonnable, il connut l’humiliation d’être oublié de son vivant, oracle inutile, ressorti parfois et promené sur les plateaux, voix inaudible, relique poussiéreuse appartenant à un passé que la modernité d’aujourd’hui a balayé. Il n’y a que les diamants qu’il reçut de Bokassa qui assureront durablement sa renommée posthume.

Philippe Mesnard

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