Syrie: pour le PG, l'Occident a perdu beaucoup de temps en n'écoutant pas la Russie !

© Stringer Source: Reuters

A la tribune de l'ONU, François Hollande s'est montré inflexible quant à au départ de Bachar el-Assad avant toute résolution de la crise syrienne. Pour le Parti de Gauche, cette vision stratégique est vide de sens et inefficace.

RT France: Comment analysez-vous le discours de François Hollande à l'ONU concernant le dossier syrien ?

Djordje Kuzmanovic: Pour nous au Parti de Gauche, ce discours s'inscrit dans la droite ligne de ce qui a été fait jusque-là et qui a contribué à la situation catastrophique où se trouve la Syrie. C'est le vide stratégique complet au sommet de l'Etat. Ce n'est pas le positionnement qui correspond à l'idée que nous nous faisons de la France : indépendante et qui sait montrer la voie de la paix. Notre exécutif n'est plus apte qu'au suivisme par rapport aux Etats-Unis et à l'obéissance par rapport à l'Allemagne. D'où ce discours platdevant l'Assemblée Générale de l'ONU, décalé du président François Hollande. 

RT France: François Hollande semble avoir durci le ton face à Bachar el-Assad hier à l'ONU, et ce alors que début septembre, lors de sa conférence de rentrée, le départ du président syrien ne semblait plus un préalable à toute solution en Syrie...

Djordje Kuzmanovic: 

François Hollande semble s'être finalement rallié à la position défendue depuis le début par son ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, à savoir vaincre à la fois Assad et Daesh en même temps. Quant à expliquer ce revirement ? On peut imaginer qu'il y a eu des débats au sein du Conseil de Défense, et que début septembre, le Président a un peu «basculé» au vu de ce que lui rapportait quelques-uns de ses conseillers, dont on suppose que certains sont tout de même sérieux. Mais chacun sait la réalité de la situation sur le terrain : s'il n'y avait pas eu l'armée régulière syrienne, soutenue massivement par la Russie, Daesh aurait pris Damas ! Imaginons-nous la catastrophe humaine et géopolitique que cela aurait représenté.

Alors ce revirement est peut-être dû au fait que de manière unilatérale François Hollande vient d'annoncer un bombardement en Syrie. Mais, je crois qu'il a surtout agi en réaction au fait que Moscou déployait des forces en Syrie pour aider le gouvernement dans sa lutte contre les terroristes, finalement pour donner l'impression à tous que la France fait aussi quelque chose contre Daesh. Sauf que dans le cas de la France c'es de manière unilatérale, hors d'un mandat de l'ONU ou d'un accord de coopération telle la Russie en a avec la Syrie - c'est donc internationalement illégal en plus d'être inefficace

3 ans après la proposition initiale formulée par Moscou, on se retrouve à revenir vers cette ligne. Mais nous avons perdu beaucoup de temps et il y a eu beaucoup de morts.

RT France: Quelle est justement la position du PG concernant la crise syrienne ?

Djordje Kuzmanovic: Nous priorisons les combats. Pour nous, le plus grand risque c'est Daesh, ce serait véritablement une catastrophe si ce groupe parvenait à prendre totalement la Syrie. Nous sommes donc sur la ligne,proposée entre autre par la Russie, qui consiste à négocier globalement une issue politique au conflit. La Russie avait déjà proposé en 2012 de négocier une porte de sortie pour Bachar el-Assad, mais sans supprimer complètement l'appareil d'état syrien. Pourquoi ? Car c'est justement cette politique-là qui a été appliquée contre les Baasistes en Irak et qui a conduit au renforcement de Daesh. Par ailleurs, nous estimons que le bon niveau d'intervention pour régler ces problèmes internationaux majeurs est celui de l'ONU, avec un mandat clair -pas comme ce qui s'est passé en Libye- qui inclut toutes les forces en présence, y compris donc le gouvernement syrien. Mais aussi, les Iraniens, les Jordaniens, les Kurdes: toutes les parties prenantes autour de ce conflit. Il faut bien entendu contraindre les monarchies du Golfe à cesser leur double jeu dangereux et criminelle. Une opération conjointe pourrait éventuellement être menée au sol avec des troupes essentiellement locales (syrienne et kurde) -afin de ne pas se retrouver dans une situation comme celle que nous avons connue en Irak ou Afghanistan- le tout appuyé depuis les airs par l'aviation et les forces spéciales des nations coalisées.

RT France: Les médias occidentaux expliquent aujourd'hui que Vladimir Poutine vient de signer son grand retour sur la scène internationale et d'emporter une victoire diplomatique...

Djordje Kuzmanovic: Oui la presse occidentale s'en aperçoit seulement aujourd'hui, mais dans le reste du monde et en particulier dans les BRICS, avec plus de 110-120 pays qui suivent le vote des BRICS à l'ONU, la position russe est considérée comme étant la bonne depuis très longtemps. La stratégie occidentale n'a à l'inverse fait que renforcer Daesh. 3 ans après la proposition initiale formulée par Moscou, on se retrouve à revenir vers cette ligne. Mais nous avons perdu beaucoup de temps et il y a eu beaucoup de morts.

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