L'inévitable chute de la loi retraite

L'inévitable chute de la loi retraite© REUTERS/Christian Hartmann
Des professeurs marchent contre la réforme des retraites à Paris, le 24 janvier 2020.

Avocat inscrit au barreau de Marseille, spécialiste d'art et de géopolitique, Jean-François Marchi évoque l'inévitable chute de la loi retraite en convoquant les fantômes de Marie Laforêt, Guy Béart, Boris Vian ou celui du général de Gaulle.

Les yeux fatigués par une trop longue accoutumance au jeu, l’homme mise encore sur le 6 rouge pair et manque. Et c’est encore le 7, le 8 ou le 9. A force de répéter le même choix fatidique la chance sourit aux obstinés. Hélas, hélas, et plus qu’hélas, quand le sort s’acharne le hasard ne vaut rien. C’est au tour du Conseil d’Etat maintenant d’entrer dans le jeu et d’avancer sa mise sur le tapis vert : la loi est à refaire. Misons encore ! Essayons, la chance finira par tourner. Et voilà que les rues se remplissent de hordes vociférantes. Encore une mise, encore une petite mise, la discussion parlementaire aplanira tout ça. On se demande vraiment dans quel monde on vit. De la politique ceci ? De la réflexion cela ? Viens ma chère France, encore une danse comme eussent chanté Marie Laforêt et Guy Béart. La réforme chemine… mais mal.

Il faut croire qu’amoureux de Boris Vian, nos excellences se chantonnent à l’oreille mezza voce : Johnny fais-moi mal, moi j’aime l’amour qui fait boum !, tandis que la rue de son côté  reprenant en chœur Edith Piaf entonne : il m’ file des coups, il m’ prend mes sous - en évitant de chanter la fin - mais je l’aime. Baisse un peut l’abat-jour pourrait-on conclure pour être dans la note. Claude Rich avait inventé le terme «farcesque» dans Les Tontons fligueurs. Ça semble coller aux événements.

Bref, «Gribouille» est tout à son affaire et le pays s’enfonce. Pourquoi ne pas essayer de jouer l’article 16, les pleins pouvoirs ? Ou tout miser sur le 12, la dissolution de l’Assemblée nationale ? La chance finira bien par tourner quand même ! La politique c’est un métier, disait François Mitterrand. La preuve semble être faite : la haute fonction publique, ce n’est pas tout à fait la même chose.

Ceux qui ont connu la chute de la IVe République et l’avènement du général de Gaulle se souviennent encore de l’atmosphère de panique et d’impuissance qui agitait la société française, plus encore que de la division profonde de l’opinion quant aux conséquences de l’affaire algérienne. Il régnait une forme d’incertitude que ne pouvaient masquer les moulinets de l’armée et de la police jouant à l’Etat fort. Ce sont des périodes proclamatoires sur un fond de «je sais tout». Quand on entend la phrase «nous ne céderons pas !», ça rappelle immanquablement les débandades qui ont suivi. Comment en est-on arrivé là ? Les temps changent. Il n’est que de voir monsieur Trump à Davos !

Il faut dire que la pièce que l’on suit à la télévision ne se joue véritablement qu’à Paris, sans pour autant méconnaître qu’elle aura des conséquences dans le pays tout entier, tout un chacun étant en quelque sorte un éventuel futur retraité appauvri et mécontent.

Si l’on suit les sondages il semble que plus de 60% de la population nationale sont opposés au projet de loi quand 40% souhaitent l’arrêt des manifestations. Il ne s’agit pas d’une opposition entre deux thèses antagonistes. Tous ces gens-là disent la même chose : retrait de la réforme donc arrêt des manifestations. En résumé, un peu de bon sens et une saine appréciation des réalités devraient inciter le joueur à quitter la table des jeux. Le sabir néolangue parle d’addiction. Je préfère le mot assujettissement qui révèle davantage le lien de dépendance pouvant exister dans cette situation entre l’homme et son rêve.

Rêvons un peu justement. La route débroussaillée, les alentours de la demeure nettoyés, la liberté de tester et de transmettre restaurée et on sait que ce que l’on nomme liberté vaut bien tous les prix qu’on peut la payer en réponse à la question que trop de liberté conduirait à la ruine. Liberté de tester, liberté de donner, liberté de transmette, liberté d’avoir des valeurs et pas simplement en bourse, liberté d’avoir une culture et de vouloir la garder.

Et si toutes ces manifestations, et si toute cette rancœur qui s’exhale et purule, c’était avant tout la réclamation d’un peuple à vouloir rester ce qu’il est.  Sa seule et dernière liberté en somme.

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