Macron à Davos : lunettes noires et discours à l’ouest 

Macron à Davos : lunettes noires et discours à l’ouest 
Macron à Davos : lunettes noires et discours à l’ouest [photo d'illustration]
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Emmanuel Macron a livré à Davos un discours hors-sol, entre vision du monde déconnectée et hypocrisie assumée. Pour Alexandre Regnaud, le président français évolue dans une réalité parallèle et incarne, à lui seul, la trajectoire d’une Europe en voie de déclassement.

Lunettes de soleil sur le nez (nouvelle gifle de Hanoï ou abus de mouchoirs ukrainiens ?), Macron a partagé, ce 20 janvier à Davos, sa vision du monde avec la fine fleur du « Great Reset » et autres grands démocrates populaires. Vingt minutes sur la scène du World Economic Forum, pour discours que nous allons ici démanteler.  

Curieusement, il commence par un constat lucide sur les changements en cours : « un monde sans règles, où le droit international est piétiné et où la seule loi qui semble compter est celle du plus fort ». Soit également ce que disait Serguei Lavrov le même jour

Mais alors qu’on s’attendait logiquement à ce qu’il dénonce les nombreuses agressions des États-Unis de ces derniers mois — l’attaque contre le Venezuela, la déstabilisation en Iran, les actes de piraterie en mer des Caraïbes — il n’a curieusement cité (de manière intéressante, en butant sur les mots…) que la prétendue « guerre russe d’agression contre l’Ukraine ». Les lunettes noires l’empêcheraient-elles de voir la réalité ?

Pour Macron, dans ce nouveau monde, seule l’Europe est différente : « Nous préférons le respect aux intimidateurs. Nous préférons la science aux complots, et nous préférons l’État de droit à la brutalité. »

Le respect des habitants du Donbass bombardés depuis 2014 ? La science de Pfizer et Moderna ? L’État de droit des procès politiques ? De la réponse policière aux Gilets jaunes ou aux agriculteurs ? Encore un effet des lunettes noires, sans doute…

Pour lui, ce sont uniquement les autres qui sont méchants.

Les États-Unis d’abord, qui « exigent des concessions maximales et visent ouvertement à affaiblir et à subordonner l’Europe », notamment avec « l’accumulation sans fin de nouveaux tarifs douaniers ».

La Chine ensuite, à cause de ses « capacités excédentaires massives » et de ses « pratiques distortives » qui cherchent à « submerger certains secteurs économiques ».

En gros, ces pays devraient faire comme l’Europe, ne pas défendre leurs intérêts contre la concurrence et renoncer à avoir une économie performante et à en profiter. Ils devraient plutôt choisir la soumission et coopérer gentiment dans le monde merveilleux de la mondialisation heureuse du WEF. Et l’instrument idéal, qu’il cite à plusieurs reprises, pour cette coopération fantasmée serait le G7. Organe occidentaliste moribond, à la légitimité fanée par sa perte de poids économique réel. On ne pouvait pas faire plus irréaliste et éloigné des dynamiques en cours et des enjeux de demain. Le monde derrière des lunettes roses. 

Du modèle européen, Macron en parle bien sûr beaucoup. Il ne prononcera d’ailleurs que trois fois le mot France et fait son discours en anglais… autant pour la souveraineté nationale.

Pour une fois lucide, il estime que les Européens « sont les seuls à ne pas protéger leurs propres entreprises et leurs propres marchés », ce qui conduit leurs industries à être « littéralement tuées » par la concurrence déloyale. Il faut donc un « renforcement du marché unique » et faire de l’UE le marché intérieur des entreprises européennes, via une « préférence européenne ».

C’est sûr que le traité Mercosur va énormément aider à protéger le marché agricole de la concurrence déloyale et fait beaucoup pour la préférence européenne. Et puis ce n’est pas comme si Macron était lui-même directement impliqué dans la vente d’Alstom aux États-Unis en 2014, comme 1 608 autres entreprises françaises vendues à des intérêts américains sous son gouvernement, sans compter les autres pays. Les lunettes noires, toujours…  

Puis, le Mozart de la finance de déclarer : « Nous devons investir bien plus. Nous n’avons pas assez d’investissements privés. »

Je suis sûr que tout le monde connaît un patron de PME, ou même de grand groupe, qui aimerait bien pouvoir investir, mais qui arrive à peine à dégager un excédent une fois payée la montagne de taxes et d’impôts confiscatoires des gouvernements Macron. 

Il semble en être presque conscient, puisque lui-même attend que cela vienne de l’extérieur : « Ce dont nous avons besoin, c’est de plus d’investissement chinois dans les secteurs clés pour contribuer à notre croissance, pour transférer des technologies, et pas juste pour exporter leur production en Europe. »

Lunaire ! Macron et les lunettes roses, encore. Il vient de critiquer la Chine à peine quelques minutes auparavant, en leur reprochant ouvertement les succès de leur politique économique, les a menacés de sanctions commerciales en décembre, mais il veut bien de leur argent et de leurs technologies pour la croissance de l’Europe et dans son seul intérêt. Une forme de néo-colonialisme du pauvre. On ne pille plus les ressources des autres sur place, on utilise directement leur argent à notre guise. Il faut dire que c’est grosso modo comme ça que fonctionne l’Union européenne avec nos impôts. 

Et si, curieusement, ça ne fonctionne pas, il a une autre idée : « Nous avons l’épargne des Européens, qui est bien supérieure à celle des Américains. » Toujours le même plan de pillage de votre argent, mais à l’échelle européenne, ce qui accélèrerait aussi la fédéralisation, d’une pierre deux coups en exploitant le dernier filon disponible.

Entre lunettes noires et lunettes roses, ce discours de Macron à Davos est une sorte de cas d’école : absolument rien ne va !

La vision que donne ici Macron est totalement dépassée. Certes, il perçoit l’évolution du monde et une partie des défis que cela amène, mais il est incapable d’entrevoir des solutions adéquates, revenant toujours aux mêmes recettes mondialistes éculées.

Sa vision faussée et partiale l’empêche d’appréhender que ce sont précisément ces mêmes politiques et leur profonde injustice qui ont amené au réveil de toute une partie de la planète et à ce début d’émancipation qui bouscule le monde.

Trump l’a compris, qui joue selon les nouvelles règles, les BRICS aussi, qui contribuent à les forger, notamment par l’exemple de la témérité et de la résilience russe et de la prévoyance chinoise. Si Macron, dans ce contexte et par ce discours, est le reflet des positions du Vieux Continent face aux bouleversements en cours, alors il n’y a pas grand risque à prédire que l’Europe s’apprête à sortir de l’Histoire.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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