Jonathan Steele : «Qui faut-il abattre en premier ? El-Assad ou Daesh ?»

Aleppo© Abdalrhman Ismail
Aleppo

Editorialiste du journal britannique The Guardian, Jonathan Steele a confié à RT que sous la menaces des bombardements américains, les forces gouvernementales et les rebelles modérés syriens pourraient s’unir dans la lutte contre Daesh.

RT : Est-ce qu’il y a une possibilité que ce soutien américain fasse dégénérer la situation en un conflit ouvert avec les forces restées fidèles à Bachar el-Assad ? 

Jonathan Steele (J.S.) : C’est possible mais l’inverse pourrait aussi se produire parce que des informations américaines suggèrent que les forces rebelles syriennes modérées ont reçu l’ordre de n’attaquer aucune cible du gouvernement syrien pour le moment. Elles doivent se concentrer sur la lutte contre Daesh. Cela pourrait donc être le début d’une sorte de cessez-le-feu entre ces rebelles modérés et l’armée gouvernementale syrienne dans le but, bien sûr, de lutter ensemble contre Daesh. Et si c’est ce qui se passe, cela serait une évolution très importante.

RT : Il y a une mois, le chef du Pentagone a reconnu la préparation de programme d’entraînement pour des soldats en Syrie, est-ce que c’est vrai ?

J.S. : Les Etats-Unis ont déjà formé près de 60 soldats pour qu’ils luttent aux côtés des rebelles modérés. Ils espèrent constituer une force de 300 à 500 soldats et cela avait été annoncé il y a un an. Mais ils n’en ont que 60. Et cette autorisation de recourir à des frappes aériennes, c’est parce que le front Al-Nosra, en lien avec Al-Qaïda, qui est l’un des groupes islamistes les plus radicaux attaque ces rebelles modérés et les Américains veulent les défendre. Mais comme je l’ai dit, je crois que cela pourrait engendrer un mouvement important dans la direction opposée. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry se sont rencontrés aujourd’hui John Kerry au Qatar. Ils doivent aussi s’entretenir avec le chef de la diplomatie saoudienne. Quelque chose se passe sur le plan diplomatique pour essayer de faire évoluer la situation. Cela signifie qu'on pourrait assister à une ouverture autorisant le gouvernement syrien à développer ses contacts avec notamment, l’Arabie saoudite, et entraîner une diminution des soutiens saoudiens, turcs et jordaniens aux forces anti-Assad.

RT : Et que se passera-t-il si Bachar el-Assad tombe mais que la coalition ne parvient pas à vaincre Daesh ?

 J.S. : Ce serait bien sûr un cauchemar inquiétant… que Damas puisse tomber d’ici quelques mois peut-être. Personne ne veut que cela se produise et c’est la question du choix du moindre mal : qui faut-il abattre en premier ? El-Assad ou Daesh ? Les Turcs estiment qu’il faut commencer par el-Assad mais les Etats-Unis sont tout de même conscient qu’il est bien plus important d’abattre Daesh parce que l’organisation terroriste constitue une menace pour tout le monde alors qu’El-Assad relève plutôt de problèmes internes.

RT : Est-ce que la Syrie peut connaître le même destin que la Libye ?

J.S. : La Lybie de Kadhafi est tombé en quelques mois alors qu’el-Assad tient toujours, depuis plus de quatre ans. Il n’y a aucune raison de croire que la chute d’el-Assad pourrait être imminente même si les forces gouvernementales ont perdu la ville de Palmyre il y a quelques mois. Ils ont perdu certains territoires mais les villes de l’Ouest du pays autour de Damas, où réside la majorité de la population sont assez bien sécurisées par les troupes gouvernementales. Je ne crois pas qu’el-Assad soit sur le point de tomber.

 

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