Tandis que Trump négocie, le Pentagone traîne des pieds

Tandis que Trump négocie, le Pentagone traîne des pieds© Carlos Barria Source: Reuters
James Mattis, ministre de la Défense et Donald Trump

Les efforts du président américain pour améliorer les relations avec la Russie sont entravés par son propre establishment. Alors que Trump et Poutine se sont enfin rencontrés, Finian Cunningham dresse le bilan de ce conflit interne à Washington.

Le jour même de l'historique poignée de main entre Donald Trump et Vladimir Poutine lors du G20 à Hambourg, le Pentagone organisait une réunion planifiant une guerre contre Moscou.

Si cette réunion au siège de l'armée américaine, non loin de Washington, n'était pas inconnue du public, elle a à peine été évoquée par les médias occidentaux. Les deux principaux participants en étaient le secrétaire à la Défense, James Mattis, et son homologue britannique, Michael Fallon.  

L’expression «les moyens de contrer la Russie» est un euphémisme pour évoquer une «planification militaire»

La revue militaire américaine Defense Onea décrit ce sommet au Pentagone ainsi : «Alors qu'avait lieu la rencontre entre Trump et Poutine, les chefs des défenses américaine et britannique discutaient des moyens de contrer la Russie.»

L’expression «les moyens de contrer la Russie» est un euphémisme pour évoquer une «planification militaire». Mais c'est une formule acceptable pour décrire la rencontre entre Mattis et Fallon auprès du public. Et ce d'autant plus que le président Donald Trump tendait une main amicale à Vladimir Poutine au même moment.

Cela ne signifie pas que quelque chose de séditieux est en train d’être fomenté contre le président américain. Le secrétaire d'Etat à la Défense britannique Michael Fallon a dit aux journalistes qu’il «saluait» la rencontre de Trump et Poutine qui avait lieu au même moment, à environ 6 500 kilomètres de là, à Hambourg. Pourtant, cette feuille de vigne utilisée par Fallon et ses hôtes du Pentagone ne saurait cacher l'agressive russophobie se trouvant à l'origine de la discussion entre les chefs militaires.

«Nous ne considérons pas que les actuelles relations entre l’Occident et Vladimir Poutine soient habituelles… mais nous apprécions le dialogue qui se tient», a expliqué le ministre britannique. La première partie de cette citation est importante.

«Pendant qu’une partie du gouvernement Trump cherche à améliorer les relations avec Moscou, l’autre se prépare au pire», explique Defense One.

Ce type de raisonnement révèle l’hostilité et la russophobie qui sont ancrées dans les milieux politiques américain et britannique, et illustre la néfaste pression qui pèse sur un Donald Trump faisant des avances amicales au président russe.

Donald Trump a enfin rencontré son homologue russe, environ sept mois après son entrée à la Maison Blanche. L’entrevue a eu lieu dans une ambiance positive, amicale, respectueuse. Certains sont même allés jusqu'à prédire une restauration des relations russo-américaines. Donald Trump semble avoir su se placer au-dessus de la russophobie maladive des médias américains et voir en Poutine un partenaire éventuel pour régler de nombreux problèmes internationaux. Pourtant, cette rencontre a suscité encore plus de russophobie et de critiques aux Etats-Unis.

Les médias américains et l’establishment de Washington n’ont pas perdu leur temps pour s’en prendre, une nouvelle fois, à Donald Trump. Il a été accusé d’avoir laissé Vladimir Poutine se jouer de lui, et même d’avoir trahi les intérêts des Etats-Unis. L’ancien chef du Pentagone, Ashton Carter, a dit que les discussions de Donald Trump à Hambourg étaient l'équivalent d'un dialogue avec «un voleur qui a cambriolé votre maison.»

Le New York Times, le Washington Post et CNN, parmi d’autres, ont affirmé qu'il y aurait collusion entre le fils aîné de Donald Trump, Donald Jr., et des personnalités proches du Kremlin, que des pirates russes auraient ciblé les centrales nucléaires américaines, et que le Kremlin aurait financé les activistes environnementalistes pour gêner l'industrie américaine de la fracturation hydraulique. Il n'est pas étonnant que Donald Trump ait dû réagir. Il a ainsi nié être prêt à coopérer avec la Russie dans la sphère de la cyber sécurité.

Cette semaine, les Etats-Unis sont à la tête des manœuvres militaires les plus importantes de l'histoire de l'OTAN en mer Noire. Deux jeux de guerre distincts sont en train de se dérouler sur le flanc sud de la Russie : Saber Guardian, autour de la Bulgarie, et Sea Breeze, tout près de la Crimée. L’armée américaine a justifié cela en arguant que cela mettait en évidence sa «capacité à amasser des forces à tout moment n’importe où en Europe».

La Russie et la Chine, elles aussi, effectuent ce mois-ci des exercices navals conjoints en mer Baltique. Cependant, il y a une différence de taille : la mer Baltique est une zone essentielle pour la sécurité du territoire russe. Alors que les troupes américaines, britanniques, canadiennes, norvégiennes, françaises, allemandes (et ainsi de suite...) n’ont rien à voir avec la mer Noire, si l'on omet l'insolent élargissement de l’OTAN aux frontières russes.

En outre, les jeux de guerre que l’OTAN menés cette semaine en mer Noire sont le point culminant de mois de renforcement de son dispositif militaire dans la région. En février, le président russe Vladimir Poutine a prévenu qu'une telle escalade pouvait provoquer un conflit. L'OTAN suit son chemin à grande vitesse, et en faisant preuve d'une indifférence totale vis-à-vis de la Russie.  

Tout cela souligne bien l'importance de la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine qui a eu lieu la semaine dernière. Oui, de fait, il était réjouissant de voir que Donald Trump avait suffisamment d’indépendance d’esprit et de sens commun pour saluer Vladimir Poutine respectueusement.

Il n'en reste pas moins que, alors même que Donald Trump négocie, le Pentagone n'en a cure. Et pas que lui : pratiquement tout l’establishment politique et médiatique des Etats-Unis n'en tient aucun compte. C'est tout le système politique américain et sa branche militaire qui semblent fonctionner d’un seul moteur : celui de la russophobie et de l’agression. Et c'est cela qui est inquiétant.

Du même auteur : «La main» des Saoudiens et des Etats-Unis dans les attentats de Téhéran pousse à une guerre totale

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