Expert militaire : «on protège les écoles et lieux de culte mais pas les sites militaires sensibles»

Des militaires français (capture le Monde)
Des militaires français (capture le Monde)

C'est une affaire particulièrement embarrassante pour les autorités françaises que ce vol sur la base de Miramas. Jean-Vincent Brisset, ancien Général et expert dans les questions militaires pose la question de la vulnérabilité du dépôt d'armes.

RT France : Comment un tel vol a-t-il pu se produire ?

Jean-Vincent Brisset : C'est un vol qui me surprend sur plusieurs points. Je connais bien les bases de l'armée de l'air et des dépôts de munitions. Normalement il y a, pour garder ces bases, deux rangées de barbelés, des électrifications pour des alarmes de rupture, des chiens également. Les bâtiments eux-mêmes sont aussi gardiennés, avec encore une rangée de protection supplémentaire. Cela fait quand même beaucoup de protections à passer. Ce qui est encore plus surprenant à Miramas est que des grillages ont été découpés mais sans que cela ne déclenche aucune alarme. Pourquoi ? La question doit se poser. Quoi qu'il en soit, la France est sous Vigipirate renforcé et un énorme dépot de matériel militaire semble pourtant être gardé de manière très légère.

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RT France : Les voleurs semblaient donc très bien renseignés ?

Jean-Vincent Brisset : Ces voleurs ont sans doute très bien préparé ce vol, et connaissaient les bâtiments. Mais d'un autre côté, s'ils se sont donnés beaucoup de mal pour pénétrer dans une base avec autant de niveaux de protection pour ne voler au final «que» ce qui a été indiqué par les autorités militaires, cela est vraiment très étonnant. A partir du moment où ils sont entrés, et ont pu circuler dans les bâtiments, je suis surpris qu'ils en aient pris aussi peu. Il y a là comme une contradiction.

RT France : A quels types d'action servent généralement les armes dérobées et dans quelles mains pourraient-elles tomber ?

Jean-Vincent Brisset : Elles servent généralement à faire du sabotage et à commettre des attentats. Quant à la question de savoir qui a organisé ce vol, c'est encore trop tôt pour se prononcer. Il peut y avoir, derrière ce vol, la volonté de commettre des actes terroristes dans un but bien précis. Cela peut concerner aussi le grand banditisme car ce sont des armes qui se revendent très bien sur ce marché. Il peut aussi y avoir la volonté de faire du chantage, de l'agitation de l'opinion publique. Rien n'est à exclure pour le moment. 

Cependant, ce qui me surprend vraiment dans cette affaire est que, à part les grenades, pour trouver ce genre d'explosifs, il existe quand même des endroits beaucoup moins protégés. On peut penser à des lieux de stockage d'explosifs agricoles ou d'explosifs industriels qui sont beaucoup plus accessibles que ces bases militaires. Or à Miramas, il s'agit d'une zone militaire sensible ce qui suppose que les militaires ont le droit d'ouvrir le feu très rapidement contre ce genre d'attaque. C'est prendre beaucoup de risques pour un vol assez réduit au final, au regard des possibilités qu'offre la base en terme d'armes.

RT France : Pensez-vous que ce vol si aisé peut être la conséquence de certaines restrictions sur le budget de l'armée française ?

Jean-Vincent Brisset : Je ne pense que cela ait un lien avec les coupes budgétaires, mais plutôt avec le plan Vigipirate. On ne peut pas placer des soldats dans des lieux sensibles civils, devant des écoles ou des lieux de culte et protéger dans le même temps les lieux sensibles militaires. Il n'y a qu'un certain nombre de militaires et ce nombre n'est pas extensible. J'ignore si l'Armée de Terre va souligner ce point, mais c'est vraiment un élément dont il faudra tenir compte. 

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