Avec un coup de pouce des Irlandais, la reconnaissance de l'Etat palestinien pourrait progresser

Avec un coup de pouce des Irlandais, la reconnaissance de l'Etat palestinien pourrait progresser© Ammar Awad
Des Palestiniens à Jérusalem-Est

Pourquoi les Irlandais font-ils preuve d'empathie envers les Palestiniens ? Face à ces destinées historiques très proches, le journaliste Robert Bridge, épaulé par des experts irlandais, revient sur la reconnaissance de l'Etat palestinien.

Les peuples irlandais et palestinien ont un point commun qui remonte à plusieurs siècles - et dans le cas des Palestiniens aux temps bibliques : leur combat de longue haleine pour acquérir un foyer national malgré des obstacles insurmontables.

Ce qui distingue les deux peuples, cependant, est que les Irlandais ont réalisé leur rêve d’obtenir le statut d’Etat, alors que les Palestiniens restent dans le flou.

Les Irlandais ont obtenu le statut d'Etat en 1922, après la guerre d’indépendance irlandaise et la signature du traité anglo-irlandais (la lutte contre l’Irlande du Nord a néanmoins perduré jusqu'à la signature des accords du Vendredi saint en 1998). Par comparaison, les Palestiniens ont assisté à d'innombrables pourparlers de paix et suivi des feuilles de route menant nulle part. Leur rêve d'avoir une patrie reste toujours hors de portée.

Maintenant que Donald Trump est à la Maison Blanche, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a peu de raison de s'attendre à des réprimandes du style de celles d'Obama au sujet des colonies sur les territoires contestés, colonies dont la construction s'est intensifiée récemment de façon spectaculaire.

C'était sous Barack Obama, il faut le rappeler, que les Etats-Unis se sont abstenus lors du vote de la résolution onusienne qualifiant la «construction de colonies» par Israël dans Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée de «violation flagrante du droit international».

De nos jours, on peut jouir de beaucoup de choses «virtuelles» - du shopping virtuel au divertissement virtuel - mais aucun pays ne peut exister sans un bout de terre

Un véto de la part des Etats-Unis ou d'un des cinq membres permanents du Conseil aurait bloqué la résolution.

Quelques jours seulement après l'investiture de Donald Trump, Israël a annoncé son intention de construire 2 500 nouveaux logements en Cisjordanie.

Israël s'empare régulièrement et efficacement de l'ingrédient clé pour que les Palestiniens aient leur propre Etat : la terre. Dans la vie d'aujourd'hui on peut jouir de beaucoup de choses «virtuelles» - du shopping virtuel au divertissement virtuel - mais aucun pays ne peut exister sans un bout de terre.

Il n’est donc pas surprenant que certains pays, exaspérés par cette impasse qui dure depuis des décennies, aient cessé de s'attendre au succès de futurs pourparlers israélo-palestiniens, et décidé de reconnaître unilatéralement l’Etat palestinien.

En octobre 2014, la Suède a officiellement reconnu l’Etat palestinien, devenant le premier pays d'Europe occidentale à le faire. Plus de 150 députés du Parlement français ont signé récemment une lettre au président François Hollande, l'appelant à reconnaître officiellement l’Etat palestinien. Il paraît que l’Irlande pourrait suivre cet exemple.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Charles Flanagan, a récemment confirmé que cette mesure pourrait être imminente, faisant l'Irlande rejoindre les rangs des 137 pays membres de l'ONU qui ont déjà reconnu l’Etat palestinien.

«Je considère que la reconnaissance par l’Irlande de l'Etat palestinien dans un proche avenir pourrait être un pas utile dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient», a expliqué le ministre, évoquant la position du gouvernement.

Certains critiques évoquent cependant un deux poids deux mesures, car l'Irlande sanctionne des produits fabriqués en Israël mais continue de faire affaires avec d'autres clients internationaux douteux

En mai 2016 Charles Flanagan s'est prononcé pour la défense du mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), indiquant que «même si le gouvernement ne soutenait pas une telle politique», le mouvement BDS avait «une opinion politique légitime», et que le gouvernement «s’opposait aux tentatives de diaboliser les partisans de cette politique.»

Certains critiques évoquent cependant un deux poids deux mesures, car l'Irlande sanctionne des produits fabriqués en Israël mais continue de faire affaires avec d'autres clients internationaux douteux, comme en témoigne le court-métrage documentaire d'Ami Horowitz.

En septembre 2016, le sénateur de New York Chuck Schumer avait qualifié le mouvement BDS de «forme moderne de l’antisémitisme». Lors de son discours dans le cadre d'une conférence israélo-américaine en 2016, il avait déclaré que les organisateurs du BDS ne pensaient pas «qu'il devrait y avoir un Etat juif au Moyen-Orient et étaient coupables d’antisémitisme».

À la lumière des développements en cours, j’ai parlé avec certains collègues irlandais pour avoir leurs opinions personnelles quant à ce qui faisait les Irlandais sympathiser avec la cause palestinienne.

Les troubles en Irlande du Nord ont souvent été comparés au conflit en Palestine

Gearoid O'Colmain, journaliste et analyste politique basé à Paris

«Il faut se souvenir que l’Irlande est le seul pays post-colonial en Europe occidentale. Le peuple irlandais a une expérience historique unique de dépossession et de lutte pour l’autodétermination nationale. Karl Marx a dit que l'Irlande serait le talon d’Achille de l’Empire britannique. L’insurrection irlandaise de 1916 a eu un impact majeur sur la pensée de Lénine. C’est la raison pour laquelle les Irlandais ont toujours été particulièrement sensibles à l’oppression des Palestiniens. Les troubles en Irlande du Nord ont souvent été comparés au conflit en Palestine, les républicains irlandais, au nord et au sud de la frontière s'identifiant à la cause palestinienne, alors que que les loyalistes s'identifient à Israël.»

Danielle Ryan, pigiste et analyste des médias

«Je pense qu'il est sans aucun doute juste de dire que beaucoup d'Irlandais s'identifient au peuple palestinien en raison de leur propre histoire sous domination britannique. Ils ont une mentalité de lutte anticoloniale. Ils sont vraiment passionnés par le sujet. L’activisme pro-palestinien est très visible en Irlande. Même les Irlandais qui ne soutiennent pas fermement une partie du conflit ont une tendance inhérente à comprendre la complexité des territoires disputés.

Il y a naturellement une comparaison avec l’Irlande du Nord, que beaucoup d'Irlandais ne considèrent toujours pas comme une partie du Royaume-Uni.»

La solidarité envers les Palestiniens a toujours été un élément important des communautés nationalistes en Irlande du Nord

Finian Cunningham, journaliste indépendant basé en Afrique orientale

«Les Irlandais sont conscients de l’injustice historique à l'égard des Palestiniens. La solidarité envers les Palestiniens a toujours été un élément important des communautés nationalistes en Irlande du Nord. Cette solidarité provient en partie de l'expérience historique commune du colonialisme et de la dépossession des droits démocratiques. Le gouvernement britannique a trouvé un moyen de justifier son mandat en Irlande, en se référant à la population coloniale introduite sur le territoire irlandais et en provenance de Grande-Bretagne. C’est le même processus en Israël : le mouvement soutenu par la Grande-Bretagne a déplacé et dépossédé les Palestiniens et les a rendus "étrangers dans leur propre pays."

Les nationalistes irlandais s'identifient totalement à la cause palestinienne. À bien des égards, c’est la même cause.»

Bryan MacDonald, journaliste basé à Moscou

«Il faut comprendre le contexte de l’Irlande du Nord, où les unionistes pro-britanniques ont pris en quelque sorte une position pro-israélienne et les pro-irlandais et républicains, les nationalistes, une position pro-palestinienne. Les nationalistes pensent ainsi parce qu'ils ont senti que les Palestiniens étaient victimes d’une agression de l'empire israélien, d'une puissance plus forte. Ils ont développé une empathie pour l’OLP au moment où l’IRA se battait contre l’armée britannique.

Ils ont vu une similitude entre la lutte de l’OLP contre les Israéliens (et, si vous voulez, l’empire américain) et la lutte de l’IRA contre le gouvernement britannique.

Les unionistes, eux, ont commencé à défendre le point de vue israélien. Vous avez donc une situation bizarre à Belfast où vous pouvez trouver des drapeaux israéliens à côté de drapeaux britanniques et des drapeaux palestiniens à côté de drapeaux irlandais.

L’intérêt des Unionistes pour Israël est particulièrement ironique, quand on pense qu'Israël s'est formé à travers une guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne.»

Lire aussi : Le chef de la Ligue arabe : «La paix au Proche-Orient passe par une solution à deux Etats»

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