Présidentielle 2017 : «Il n’y a pas de candidat fort à gauche»

Présidentielle 2017 : «Il n’y a pas de candidat fort à gauche»© Christian Hartmann Source: Reuters
Manuel Valls

L’ancien chef du gouvernement essaie de s’imposer en tant que rassembleur de la gauche en étant «en rupture» avec la position de la gauche classique sur de nombreux sujets. Pour l’avocat Asif Arif, la candidature de Manuel Valls est mal venue.

RT France : La candidature de Manuel Valls est-elle une bonne nouvelle pour la gauche ?

Asif Arif (A. A.) : Je ne pense pas, parce que Manuel Valls c’est celui qui a divisé la gauche sur plusieurs sujets. D’abord parce qu’il a utilisé à outrance le 49.3. Je crois que c’est l’un des Premiers ministres qui l’a le plus utilisé sous la Ve République. C’est quand même quelqu'un qui, sur des sujets essentiels de gauche, comme la lutte contre la discrimination, n’a pas été très actif. Concernant les questions de laïcité, cela a été quelqu’un de complètement en rupture avec la position de la gauche classique, qui est plutôt une position d’ouverture et de tolérance sur ces questions. Donc je pense que plutôt que de rassembler, Manuel Valls va encore plus diviser.

Le momentum est mal choisi pour Manuel Valls

Je pense qu’il essaie de s’imposer comme le rassembleur. Là, il sort d’un quasi-mandat de Premier ministre, il a l’aura qui va avec. Il se sent pousser des ailes, il se dit que c’est son moment. Mais je pense que le momentum est mal choisi pour Manuel Valls. Va-t-il bénéficier de la faiblesse des autres candidats de la gauche qui sont considérés plus comme des frondeurs ? Je pense à Gérard Filoche, à Arnaud Montebourg… Tout va dépendre des électeurs, mais je pense que la candidature de Manuel Valls est mal venue. Surtout que le discours qu’il a fait pour annoncer sa candidature a quand même été assez audacieux.

Manuel Valls est un énième candidat qui s’inscrit dans cette logique d’incohérence du discours politique

RT France : Pourquoi audacieux ?

A. A. : Par exemple, dire qu’il en a marre que les réfugiés soient stigmatisés par-là, les musulmans soient stigmatisés par-là, alors que c’est lui qui était – pas plus tard que cet été – en train de remettre de l’huile sur le feu quand il y a eu une décision du Conseil d’Etat sur la question du burkini, en disant qu’il n’était pas d’accord avec les décisions du Conseil d’Etat, remettant donc en cause l’Etat du droit…

Et aujourd’hui il vient dire qu’il n’en peut plus de la stigmatisation des musulmans… Il n’est pas du tout crédible. Il faut qu’il y ait à un moment donné une certaine cohérence dans le discours politique, et je pense que ce que reprochent les Français aujourd’hui aux hommes politiques, et il y a une défiance des Français vis-à-vis de la politique, c’est parce qu’il y a un manque de cohérence, parce qu’on n’arrive pas à tenir un discours politique constant et cohérent. Manuel Valls est un énième candidat qui s’inscrit dans cette logique d’incohérence du discours politique. Cette politique à géométrie variable essaie toujours de prendre en considération des données électoralistes. Cela commence à agacer beaucoup de gens.

Aujourd’hui il n’y a pas de candidat fort à gauche

RT France : Pensez-vous que la primaire permettra de déterminer le candidat le plus fort de la gauche ?

A. A. :  Non, parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de candidat fort à gauche. Un candidat fort ce serait un candidat qui avant même la primaire apporterait une certaine adhésion générale de la gauche. Aujourd’hui il n’y en a pas vraiment, parce qu’il y a une scission de la gauche. A la limite, si François Hollande se présentait, la gauche se serait peut-être dit : on a un candidat qui a fait un mandat de président, on devrait au moins défendre son bilan. Mais le fait qu’il ne se présente pas contribue encore plus à désagréger la gauche. C’est parce qu’il n’y a plus de candidats légitimes. Manuel Valls n’est pas apprécié au sein du parti socialiste. Maintenant on va voir, peut-être il va faire ses 20-22% au-delà d’Arnaud Montebourg et des autres candidats. S’il fait ça, c’est pas parce que la gauche aura voté massivement pour lui, parce qu’il va y avoir des gens à droite qui vont participer à la primaire, voter pour lui pour éviter le pire. Est-ce dans l’intérêt des individus de droite de voter pour Manuel Valls qui serait un candidat «fort» contre un autre candidat de droite ? Je ne sais pas. J’ai peur que cela tourne un peu à la mascarade.

Aucun extrême ne pourra fonctionner en France

RT France : Mais cette «mascarade» profite-t-elle aux candidats de l’extrême gauche, comme Jean-Luc Mélenchon ?

A. A. :  Aucun extrême ne pourra fonctionner en France. Il y a un système dans lequel on est obligé de se confondre au gouvernement, quand on rentre dans la fonction présidentielle. Que ce soit l’extrême gauche ici ou l’extrême droite, il y aura toujours un jeu démocratique qui va les pousser à se fondre dans un moule démocratique et qui va les pousser à se ranger et à ranger des idées un peu trop grossières. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon ne participe pas à la primaire. Je ne pense pas que cela puisse les renforcer, parce qu’au fond les socialistes vont se dire : si l’on est pas à la sortie de la primaire, c’est pour soutenir le candidat à la sortie de la primaire, pour que tout le monde se range derrière et pas pour que chacun essaie de construire sa propre chapelle.

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