«L'OTAN : une organisation agressive en quête de mission»

«L'OTAN : une organisation agressive en quête de mission»© Ints Kalnins
Des avions des forces de l'air norvégiennes et italiennes dans le ciel lituanien

Donald Trump a déclaré que l'OTAN était obsolète car elle ne défendait pas vraiment le territoire de ses membres contre le terrorisme islamique, la seule menace réelle qui vise l'Europe, a déclaré l’ancien diplomate américain, Jim Jatras.

Washington se déclare préoccupé par le fait que Moscou déploie des missiles balistiques Iskander dans l'enclave occidentale de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie, en réponse à l’installation de nouveaux missiles de croisière américains près de la frontière russe.

Les relations tendues avec Moscou ne sont pas la seule chose qui dérange l'Alliance atlantique.

Ainsi les médias occidentaux se préoccupent des projets du nouveau président américain élu, Donald Trump, concernant l'OTAN. Les élites européennes s'inquiètent de plus en plus des changements que ce dernier pourrait faire subir à l'Alliance.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a exhorté les membres de l'OTAN à suivre l'exemple britannique et à verser leur cotisation de 2% du PIB à l'Organisation.

Outre le Royaume-Uni, la Pologne, l'Estonie, la Grèce et les Etats-Unis sont les seuls membres qui s'acquittent de la totalité de la contribution financière qu'ils doivent verser à l'Alliance. Avec une cotisation annuelle de 3,61% de leur PIB, ce sont les Etats-Unis qui versent la contribution la plus élevée au bloc militaire, lit-on dans le rapport annuel 2015 de l'OTAN.

RT : Que pensez-vous des médias occidentaux qui craignent les plans de Donald Trump pour l'OTAN ?

Jim Jatras (J. J.) : Lorsque l'Union soviétique et le Pacte de Varsovie ont cessé leurs activités en 1991, l'OTAN aurait également dû fermer ses portes. Cela ne s'est pas produit. Malheureusement, l'OTAN n'a aucune fonction particulière en tant qu'organisation défensive, comme nous l'avons vu en Bosnie et au Kosovo, [où] elle a agi comme une organisation agressive. C'est une organisation en quête de mission. A l'heure actuelle Donald Trump dit qu’elle est obsolète car elle ne défend pas vraiment le territoire de ses membres contre le terrorisme islamique, qui est la seule menace réelle qui vise l'Europe. Donc, franchement, à quoi ça sert ?

RT : Pourquoi les élites européennes sont-elles inquiètes des changements que Donald Trump peut effectuer au sein de l'Alliance ?

J. J. : Il semble que le consensus en faveur de l'OTAN soit encore très fort au sein de l'establishment politique américain. C'est partiellement dû à un phénomène d'inertie : cette alliance est quelque chose qui a toujours été là. Et ne l'oublions pas : l'OTAN est essentiellement un outil de Washington qui sert à maintenir son contrôle sur l'Europe en ce qui concerne sa sécurité. Rappelez-vous, dans les années 1990, l'UE a indiqué qu'elle voulait développer sa propre capacité de défense, et cela a quasiment provoqué la panique à Washington. L'establishment américain a très vite réagi pour étouffer ces vélléités d'indépendance européenne et insisté sur le fait que les affaires de sécurité devaient être gérées par l'OTAN. Les Européens pourraient aider s'ils le voulaient, mais ils n'avaient pas le contrôle sur le processus.

Malgré tout le bruit autour de l’ainsi-nommée menace russe, personne en Europe ne se sent menacé par la Russie

RT : Si nous imaginons que l'OTAN  éclate un jour, quelles pourraient en être les conséquences ?

J. J. : Si l'OTAN éclate effectivement, nous verrons une politique plus axée sur les intérêts nationaux de ses différents Etats membres qui vont promouvoir leurs propres intérêts souverains et non pas subordonnés à un groupe de bureaucrates à Bruxelles, et encore plus, à Washington. Je pense qu'il est également très intéressant de voir ce qui se passe avec la jumelle de l'OTAN – «l'organisation euro-atlantique», l'UE, menacée d’éclatement avec le retrait britannique et l'espoir de l'élection de Marine Le Pen en France l’année prochaine. Je pense que beaucoup d'Européens se disent : «Nous voulons retrouver notre pays».

RT : Les Etats-Unis affirment que l'OTAN est une «alliance défensive» qui ne menace pas Moscou. Est-ce vrai ? Défend-elle l'Europe ?

J. J. : Se défendre contre qui ? L'une des critiques que Donald Trump a faite à l’égard des pays européens et de l'OTAN, c'est le fait que les dépenses militaires des pays membres n’atteignent pas le seuil de 2%. Il considère, à juste titre, qu’ils profitent des Etats-Unis. Pourquoi ne dépensent-ils pas autant ? Ce sont des pays riches. Ils peuvent dépenser cet argent s'ils le veulent. Même la Grèce, qui n'est pas très bien placée, figure parmi les pays qui dont les dépenses dépassent le seuil [de 2%] car ils font face à une menace – mais de la part de la Turquie, qui est aussi membre de l'OTAN. Si ces pays ne dépensent pas d'argent, c’est parce qu'ils ne se sentent pas menacés. Malgré tout le bruit autour de l’ainsi-nommée menace russe, personne en Europe, à l’exception peut-être de la Pologne et des Etats baltes, ne se sent menacé par la Russie ou tout autre danger extérieur. La seule menace réelle à laquelle il font face est la menace du terrorisme. Et l'OTAN ne semble pas savoir ce qu’il faut faire la concernant.

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