LuxLeaks : «Il y a énormément de pression, de médiatisation autour des lanceurs d’alerte»

LuxLeaks : «Il y a énormément de pression, de médiatisation autour des lanceurs d’alerte»© JOHN THYS Source: Reuters
Luxembourg

Au regard de la pression que les lanceurs d'alerte subissent aujourd'hui, il est temps de créer des organismes internationaux qui pourraient les accompagner, selon Raphaël Halet, lanceur d’alerte inculpé dans le procès LuxLeaks.

RT : Le Parlement européen organise aujourd'hui une conférence-débat sur les lanceurs d'alerte. Peut-on en parler comme d'un phénomène de notre époque ? Pourquoi cela est-il devenu possible ?

Raphaël Halet (R. H.) : Ce phénomène est apparu parce qu’il y a beaucoup de scandales, beaucoup d’informations cachées à la fois par le gouvernement et par les multinationales. Ces informations portent sur des procédures allant à l’encontre de l’intérêt général. A partir du moment où il y a un scandale, où il n’y a pas de transparence pour le peuple, il y a des lanceurs d’alerte, des journalistes d’investigation qui enquêtent pour rendre cette information publique. [...]

Pour la plupart, les lanceurs d’alerte n’ont pas agi par intérêt personnel et privé, pour l’argent, ils ont agi pour l’intérêt général de manière désintéressée, de bonne foi. C’est un critère que l’on rencontre chez la plupart des lanceurs d’alerte. Je pense qu’il y aura de plus en plus de citoyens engagés ou de lanceurs d’alerte qui auront recours à ce genre de procédé.

Ils apportent plus de transparence, plus d’informations aux citoyens, au peuple. Plus d’informations, cela veut dire plus de prise de décisions, de votes éclairés de la part des citoyens. Cela a permis de faiore pression sur les hommes politiques, sur les multinationales, qui sont donc tous obligés d’en tenir compte, d’agir dans un sens ou dans l’autre. C’est vraiment un rapport de forces, un rapport d’intérêts, et ça change très vite en ce moment grâce à internet, aux réseaux sociaux, aux chaînes d’informations, cela apporte beaucoup.

Il est absolument nécessaire d’avoir des canaux, des organismes au niveau européen et international qui puissent permettre de recueillir les informations des lanceurs d’alerte, les traiter

RT : Pensez-vous qu’il devrait y avoir une législation internationale interdisant la poursuite des personnes ayant divulgué des informations importantes pour la société ?

R. H. : C’est absolument nécessaire, parce qu’il y en aura de plus en plus. On ne veut pas qu’il y ait des dérives, des scandales éclatant un peu n’importe comment grâce à la presse. Il est absolument nécessaire d’avoir des canaux, des organismes au niveau européen et international qui puissent permettre de recueillir les informations des lanceurs d’alerte, les traiter et dire : «C’est bien une alerte dans l’intérêt général, on doit faire quelque chose et réagir, c’est absolument nécessaire qu’il y ait une concertation.» Maintenant c’est le bon moment, car il y a énormément de pression, de médiatisation autour des lanceurs d’alerte, c’est maintenant que les politiques doivent agir.

RT : Où est la frontière entre un lanceur d’alerte et un criminel ?

R. H. : La frontière est très simple : le lanceur d’alerte n’agit pas pour lui-même, il ne tire aucun profit financier, médiatique, personnel. Un criminel tire un profit quelconque – de la médiatisation, de l’argent, d’autres avantages. Il faut voir ce que le lanceur d’alerte a gagné du fait de dénoncer et ce qu’il a perdu, on voit très vite si c’est un lanceur d’alerte ou un criminel.

RT : Comment se passe votre affaire des LuxLeaks ?

R. H. : Le procès en appel a lieu mi-décembre à Luxembourg. On refait la même chose, on se bat à nouveau pour les lanceurs d’alerte, pour l’intérêt générale et contre l’évasion fiscale qui est pratiquée à Luxembourg. J’ai énormément besoin de soutien et de dons. Le fait de m’aider financièrement me permet de continuer financièrement, signer les pétitions me permet de continuer mes combats pour défendre mon cas et celui de tous les lanceurs d’alerte.

Je ne vis pas avec des regrets, je vis avec des projets pour l’avenir

La condamnation c’est neuf mois avec sursis et mille euros d’amende. Si je fais appel et continue mes combats, je peux avoir la relaxe pour être libre, et que cela serve à d’autres lanceurs d’alerte et aux citoyens. 

RT : Regrettez-vous aujourd’hui d’être devenu lanceur d’alerte ?

R. H. : Non, je ne le regrette pas parce que cela m’a permis d’avancer, de changer les règles du jeu en matière fiscale, au niveau de l’Europe, voire même au niveau mondial. C’est difficile, même très difficile par moments, mais avec le recul je ne regrette pas. Quoi qu'il arrive, je ne vis pas avec des regrets, je vis avec des projets pour l’avenir.

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