Maire adjoint de Calais : «Nous sommes inquiets face à la période post-démantèlement»

François Hollande lors de sa visite à Calais © THIBAULT VANDERMERSCH Source: AFP
François Hollande lors de sa visite à Calais

Le problème de Calais ne se résume pas au démantèlement de la Jungle mais aussi à la façon dont la crise des migrants sera gérée ultérieurement, estime le maire adjoint de Calais Philippe Mignonet.

RT France : François Hollande, lors de son déplacement le 26 septembre à Calais, a promis de résoudre le problème de la Jungle. Croyez-vous toujours aux promesses du gouvernement ?

Philippe Mignonet (P.M.) : François Hollande, qui est tout de même président de la République, a annoncé que la Jungle serait démantelée. Et pas seulement la Jungle : il a parlé de l’ensemble des camps, le centre d’accueil provisoire, les conteneurs et également le centre Jules Ferry – c’est en tout cas l’interprétation que nous en avons. C’est d'un démantèlement total et global qu’il parle. Nous verrons dans les semaines à venir, car si la date est confidentielle pour les élus, elle ne l’est pas pour la presse qui annonce que le démantèlement pourrait démarrer à partir du 15 octobre. En tout cas nous savons qu’il n’y a d’autre alternative que de démanteler.

Une fois qu’un migrant est arrivé à Calais qu’en fait-on ?

Ce qui nous inquiète au-delà du démantèlement c’est la manière dont cela va être fait, ainsi que la période qui suivra le démantèlement. Comment le gouvernement va-t-il gérer la situation pour empêcher les migrants de revenir ? Hier, François Hollande disait qu’un dispositif policier fort serait maintenu sur Calais. Mais une fois qu’un migrant est arrivé à Calais qu’en fait-on ? Il faut pour ça contrôler les frontières et les trains qui partent à Vintimille et d’autres points de passage et d’arrivée des migrants. C’est bien en amont de l’arrivée des migrants à Calais qu’il faut agir.

Lorsque le président de la République dit que 85% des migrants se trouvant à Calais relèvent du droit d’asile il est dans une grossière erreur

RT France : Pour vous qui êtes sur le terrain, la promesse de démanteler la Jungle avant la fin de l’année paraît-elle réalisable ?

P.M. : Si le président de la République avait écouté ce que nous disions il y a six mois nous n’aurions pas aujourd’hui entre 10 000 et 11 000 migrants et cela aurait été beaucoup plus facile pour le gouvernement de gérer trois mille migrants. Lorsque le président de la République dit que 85% des migrants se trouvant à Calais relèvent du droit d’asile il est dans une grossière erreur. Nous dirions plutôt que 55% des migrants présents relèvent du droit d’asile et que les autres sont des migrants économiques pour lesquels il n'y a d’autres choix que de les renvoyer non pas à leur point d’entrée en Europe mais directement dans leur pays d’origine.

Nous ne saurons jamais le nombre exact des migrants qui viennent en Europe

RT France : Les migrants cherchant à rejoindre le Royaume-Uni ne cesseront pas de venir à Calais. Comment donc allez-vous gérer la situation ?

P.M. : C’est un vaste sujet. Schengen doit être repensé, il ne s’agit pas de sortir de Schengen comme le proposent certains à l’extrême droite -, cela ne résoudra pas le problème. Ce qu’il convient aujourd’hui c’est de réviser les accords de Schengen et leur fonctionnement, tout comme il faut contrôler les frontières extérieures de l’Europe, à commencer par là d’où viennent les migrants. Nous savons que la Libye est un point de départ très important – il faut donc contrôler qui part de Libye. Nous ne saurons jamais le nombre exact des migrants qui viennent en Europe – je crains aujourd’hui que la Méditerrané soit un vaste cimetière – ce que beaucoup semblent volontairement occulter.  Nous devons travailler tous ensemble sur des sujets pareils avec des partenaires comme la Russie qui, à l’inverse de certains pays européens comme la France, ont des appuis relativement forts et savent se faire entendre.

Calais est bien sûr un lieu privilégié pour un nombre de candidats

RT France : Plusieurs hommes politiques se sont déplacés à Calais, transformant quasiment la ville en terrain de campagne. Avez-vous l’impression que ces hommes politiques utilisent le problème de Calais pour leur propre gain politique dans leur campagne électorale ?

P.M. : Oui, mais non. Oui parce que l’opportunité d’une campagne électorale fait que pour certaines personnalités politiques cela peut devenir un terrain de jeux, un terrain fertile pour leur campagne électorale. D’autres s’inquiètent de la situation qui pourraient apparaître par ailleurs. Pour une campagne électorale, Calais est bien sûr un lieu privilégié pour un nombre de candidats qui vont se présenter directement ou via les primaires. Je pense que le sujet de l’immigration, pour Calais, n’a que peu à voir avec des problèmes de racisme – on n’en est pas là du tout -, mais avec le ras-le-bol face à une situation qui perdure depuis plus de vingt ans à travers les gouvernements successifs. La campagne électorale au niveau national se jouera aussi en partie à Calais pour celui qui a des engagements fermes mais réalisables.  

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