Jean-Félix de la Ville Baugé : l’inclusion de mots anglais dans le français n’a que peu d’importance

François Hollande prend un seflie à Paris © Francois Mori Source: Reuters
François Hollande prend un seflie à Paris

L’écrivain Jean-Félix de la Ville Baugé qui a accordé un interview à RT France estime que le fait que le français emprunte des mots à d’autres langues est la preuve que la langue est vivante et même, selon lui, «un signe de parfaite santé».

Chaque année, au mois de mai, les dictionnaires français présentent les mots nouveaux qui vont intégrer leurs éditions et qui font ainsi leur entrée officielle dans la langue française. Le fait d’être très populaires et d’être souvent repris par les médias figurent parmi les critères sur lesquels ils se basent pour inclure ou non ces mots nouveaux.

Cette fois, les deux principaux dictionnaires de français ont présenté 150 nouveaux mots chacun, parmi lesquels on trouve «open data», «e-cigarette», «zumba», «hashtag» ou encore «selfie».

Si l’on sait qu’en général les Français ont une forte tendance à défendre leur langue, refusant de céder à la l’internationalisation du langage qui envahit notre quotidien, il y en a tout de même certains qui soutiennent ces emprunts faits aux langues étrangères, à l’anglais en particulier.

C’est notamment le cas de l’écrivain, directeur du Courrier de Russie Jean-Félix de la Ville Baugé qui croit que l’apparition de nouveaux mots dans une langue témoigne de sa vivacité.

«Le français s’est nourri du latin et du grec, donc ça ne me dérange absolument qu’il se nourrisse de l’anglais aujourd’hui, au contraire, c’est la preuve qu’il est vivant. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi des gens s’y opposent. Ou alors, c’est qu’ils sont en train de mourir et ils pensent qu’il faut que cette langue soit statufiée. Mais une langue statufiée, c’est une langue morte, par définition», explique l’écrivain.

Pour lui, il n’y a pas de raison de s’inquiéter et il n’y a rien de surprenant à ce que beaucoup de nouveaux mots viennent de l’anglais.

«C’est peut-être très triste mais beaucoup de technologies viennent des Etats-Unis, donc beaucoup de mots viennent des Etats-Unis et, accessoirement, on parle anglais aux Etats-Unis. Cela me paraît donc être plutôt un signe de parfait santé. Aucun mot ne pénètre la langue d’Oc, parce qu’on ne la parle plus», s’amuse-t-il.

Jean-Félix de la Ville Baugé n’est pas le seul de cet avis. Patrick Vannier, rédacteur du dictionnaire de l’Académie française, auguste institution fondée en 1635, partage son point de vue.

«Il y a toujours eu des anglicismes dans la langue française. Les emprunts à l'anglais sont un phénomène ancien, mais ce n'est pas obligatoirement un problème. Il y a une forme de prolifération d'anglicismes contre lesquels il faut se battre, mais la plupart des mots ont une durée de vie très courte. Peu s'inscrivent vraiment dans l'usage», souligne Patrick Vannier.

Selon les données de l’organisation internationale de la Francophonie, 274 millions de locuteurs de français sont aujourd’hui répartis sur les cinq continent et les prévisions pour l’année 2100 articulent le nombre d’un milliard. Un argument qui interpelle Jean-Félix de la Ville Baugé.

«Au lieu de pleurer en se disant que c’est horrible, que l’anglais pénètre la langue française etc., il vaudrait mieux se dire qu’il y a des centaines de millions de gens qui parlent français [… ], qu’il va y en avoir de plus en plus et qu’en fin de compte, que la langue soit pénétrée ou pas par l’anglais, cela n’a que très peu d’importance».

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