«L’agression des pays baltes ne répondrait à aucun intérêt russe»

Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg Source: Reuters
Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg

L'invasion des Etats baltes ne s'inscrit pas dans la vision de la politique étrangère de Vladimir Poutine, estime le directeur du Programme de recherche «Eurasie» de l'Institut des hautes études en géopolitique de Rome, Dario Citati.

RT France : Quels sont les enjeux du sommet de l'OTAN à Varsovie ?

L’OTAN pourrait se renforcer justement pour compenser la perte de la Grande-Bretagne

Dario Citati (D. C.) : Je crois que le sommet qui va démarrer demain est l’un des sommets les plus importants de l’histoire de l’OTAN parce que cela arrive entre deux éléments très particuliers dans l’histoire de l’Europe et de l’Occident. D’un côté le Brexit, la sortie de la Grande-Bretagne qui n’est pas encore officialisée, de l’autre les élections présidentielles américaines de novembre prochain. Ce sommet concerne l’existence même de l’OTAN. L’OTAN est composée par un ensemble de pays qui ont une vision de la sécurité bien différente, disons la sécurité est bien différente en Lettonie que celle que l’on a en Italie. Avec la sortie de la Grande-Bretagne, il peut y avoir deux scénarios opposés. D’un côté l’OTAN pourrait se renforcer justement pour compenser la perte de la Grande-Bretagne et l’influence britannique sur l’Europe pourrait se renforcer dans le cadre de l’OTAN. Mais en même temps, si par exemple, après une possible victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, Trump fait ce qu’il a dit, c’est-à-dire une diminution de l’engagement américain, ce sommet va se confronter à une décision nouvelle des Etats-Unis. Cela va vraiment être un moment très important justement pour définir ce qu’est l’OTAN et ce que va être son futur.

On ne peut pas prévoir le futur de l’Europe et des Etats-Unis

RT France : A quoi cela sert-il d’avoir un tel sommet quand il y a autant de facteurs imprévisibles tels que l’incertitude sur l’officialisation du Brexit et les prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis ?

D. C. : Justement, c’est là le grand pari de l’OTAN. A un moment où, je ne veux pas dire que tout semble s’écrouler, mais disons il y a beaucoup de moments critiques, on ne peut pas prévoir le futur de l’Europe et des Etats-Unis si Trump remporte les élections, on sait que la situation en Europe est très critique, et l’OTAN pourrait justement être l’instrument pour relancer du côté anglo-saxon une unité de l’Occident qui est en train de s’effacer. On pense au référendum d’octobre en Hongrie qui va peut-être être gagné par les gens qui sont contre l’admission des migrants sans le vote du parlement hongrois. Il y aura également un vote en Autriche. L’OTAN, dans la vision et la stratégie anglo-saxonne, peut être le moment d’unification. Cela arrive dans un contexte très difficile et c’est pourquoi cela va être très important.

L’agression des pays baltes ne répondrait à aucun intérêt russe

RT France : Comment évaluez-vous les tensions actuelles entre la Russie et l’OTAN ?

D. C. : Tout récemment, un livre de l’ex-commandant de l’OTAN, Richard Shirreff, est paru en Angleterre. Il s’appelle «2017 La guerre contre la Russie». C’est un roman dans lequel on raconte que la Russie, dirigée par un certain Valdimir Vladimirovitch, qui est évidemment Poutine, va attaquer l’Ukraine et va prendre le contrôle des pays baltes. Ce n’est qu’un roman, mais écrit par un général de l’OTAN à la retraite cela exprime bien la vision anglo-saxonne en ce moment. Dans son roman on exprime – et c’est une position partagée par le gouvernement polonais – le fait que la Russie est la principale menace pour l’Europe et l’Occident. Cette vision va se confronter contre une vision plus positive de la Russie qui cherche le dialogue, c’est la vision des pays de l’Europe occidentale. Cela va être un moment où ces deux positions vont s’affronter dans un contexte très difficile et donc dans la possibilité soit que la position anglo-saxonne va diminuer d’importance soit qu’au contraire l’OTAN va devenir le seul moment d’unité.

Jusqu’à présent, même les adversaires de la Russie reconnaissent à Poutine qu’il a une stratégie au Kremlin

RT France : Pensez-vous que cette menace russe est réelle ?

D. C. : Franchement, je ne crois pas. Je crois qu’il y a vraiment une exagération parce que c’est un sujet très difficile bien sûr, on ne peut jamais rien exclure dans l’histoire, mais même du point de vue russe, même si l’on acceptait la rhétorique occidentale selon laquelle la Russie a une volonté impérialiste, l’agression des pays baltes ne répondrait à aucun intérêt russe. On peut discuter de ce qu’il s’est passé en Crimée, on peut avoir des opinions différentes, mais on peut comprendre la position de la Russie dans ce cas-là. Dans le cas d’une agression des pays baltes, ce serait vraiment de la folie. Jusqu’à présent, même les adversaires de la Russie reconnaissent à Poutine qu’il a une stratégie au Kremlin, qu’il a une vision de la politique étrangère. C’est surtout une peur du côté des pays baltes et de la Pologne pour des raisons historiques très complexes. Mais je crois qu’il s’agit d’exagérations.

Il y a vraiment une volonté de la part de la Russie et de l’OTAN de renouer un rapport qui a évidemment énormément perdu depuis quelques années

RT France : La chancelière Angela Merkel a déclaré que l'Occident devait continuer à dialoguer avec la Russie, sans qui la «sécurité durable en Europe» ne peut être accomplie, tout en laissant planer des menaces en cas de conflit dans l'Est de l'Europe. De quoi est-ce que cela témoigne ?

D. C. : C’est une position ambigüe qui exprime l’ambigüité de l’Europe, qui d’un côté comprend bien qu’il ne peut pas y avoir de sécurité sans la Russie, et de l’autre côté a des peurs parfois justifiées, parfois exagérées comme dans le cas d’une menace d’invasion qui serait sur le point de se réaliser. Je crois que l’instrument principal même du côté russe doit être la diplomatie. La réalisation du conseil OTAN-Russie par exemple et le travail avec les pays de l’Europe de l’Est, c’est ça le plus difficile. Tous les pays d’Europe de l’Est n’ont pas la même position. La Hongrie par exemple a une position très pragmatique et même amicale envers la Russie. Sur des questions comme l’immigration et l’identité nationale, c’est paradoxal mais la Russie a une position beaucoup plus proche avec la Pologne, les pays baltes et l’Europe orientale en générale qu’avec l’Europe occidentale. Il y aurait en principe des moments et des possibilités de dialogue. C’est sur cela qu’il faut insister des deux côtés pour que le conseil OTAN-Russie recommencer à travailler. Il y a vraiment une volonté de la part de la Russie et de l’OTAN de renouer un rapport qui a évidemment énormément perdu depuis quelques années.

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