Les journalistes pro-russes en Ukraine subissent «harcèlement et autres problèmes graves» - HRW

© Irina Gerashchenko Source: Sputnik

En Ukraine, la situation des journalistes et des médias suspectés d’être pro-russes ou pro-rebelles est fort inquiétante, a déclaré Rachel Denber, la directrice adjointe de Human Rights Watch Europe et Asie centrale, à RT.

Human Rights Watch a demandé à l’Ukraine de lever l’interdiction d’entrée sur le territoire ukrainien de 17 journalistes et directeurs de médias russes.

La nouvelle liste noire a été approuvée par le président Porochenko la semaine dernière et complète une précédente liste de 41 journalistes de différents pays.  

Human Rights Watch reconnaît que les inquiétudes de l’Ukraine en ce qui concerne la «propagande russe» puissent être légitimes, mais l’organisation a déclaré que cibler des journalistes ne faisait que nuire à l’Ukraine.

Human Rights Watch a également appelé l’Union européenne et les Etats-Unis à déclarer qu’ils ne soutiennent pas de telles mesures et à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle respecte la liberté de la presse.

En publiant le nom des personnes accréditées et en insinuant qu'elles coopéraient avec des terroristes, ce site internet mettait ces journalistes en danger

RT : Que pensez-vous de la liberté de la presse en Ukraine? Est-elle en train de s’aggraver ou de s’améliorer ?

Rachel Denber (R. D.) : En général, en Ukraine, on peut observer une pluralité d’opinions dans les médias. Ceci étant dit, il y a eu des cas de harcèlement, et des journalistes et des médias qui, dans leurs articles, sont perçus comme pro-russes ou pro-rebelles, ont rapporté d’autres problèmes graves.

Je pense que l’une des choses que Human Rights Watch a signalé est la publication d’une liste de personnes ayant obtenu l’accréditation des autorités rebelles pour travailler dans les régions séparatistes de l’Ukraine sur le site internet «Mirotvorets» [«gardien de la paix»]. Ce type d’accréditation est nécessaire pour votre sécurité si vous allez travailler dans ces régions.

Au lieu de condamner cette publication, certains hauts fonctionnaires ukrainiens l’ont approuvée

En publiant le nom des personnes accréditées, leur téléphone, leur e-mail et d’autres coordonnées, et en insinuant que ces personnes coopéraient en quelque sorte avec des terroristes, ce site internet mettait ces journalistes qui ont fait leur travail en danger. Et au lieu de condamner cette publication, certains hauts fonctionnaires ukrainiens l’ont approuvée.

Certaines lois ont été adoptées l’année dernière pour «faire face à la guerre d’informations russe et combattre la propagande» et interdire le communisme, les symboles communistes et «la propagande pro-communiste».

RT : Votre organisation a également appelé l’Union européenne et les Etats-Unis à exprimer leur désaccord avec les «mesures arbitraires contre les médias». Attendez-vous une réaction de leur part ?

R.D. : J’espère qu’ils le feront parce que les Etats-Unis et l’Union européenne sont censés être des amis et des alliés de l’Ukraine. Et c’est ce qu’un ami et allié ferait. Il soulignerait la contradiction de cette politique et convaincrait, persuaderait les fonctionnaires ukrainiens que ce n’est pas la bonne manière de s’y prendre.

L’Ukraine veut atteindre un niveau plus élevé, elle finira par respecter la liberté de la presse

RT : Les dirigeants ukrainiens ont toujours promis de remettre le pays sur pieds pour joindre l’Union européenne. Est-ce que de telles actions réduisent ses chances de joindre l’Union européenne un jour ?

R.D. : J’espère que l’Ukraine aura une oreille attentive dans ce dialogue entre amis et alliés. Parce qu’au bout du compte c’est dans leurs intérêts.

RT : En ce qui concerne la situation en Ukraine, pensez-vous qu’elle s’aggrave ou voyez-vous une lueur d’espoir pour la liberté de la presse ?

R.D. : Je ne suis pas pessimiste. Je ne veux pas prédire quoi que ce soit. Donc j’espère que l’Ukraine va chercher à se rapprocher de l’Occident, parce que l’Ukraine veut atteindre un niveau plus élevé, elle finira par respecter la liberté de la presse. Cette loi anti-communiste n’a pas encore été mise en œuvre ; j’espère qu’elle ne sera pas mise en œuvre. J’espère que les relations que l’Ukraine entretient avec l’Union européenne et ses pays membres, des institutions comme le Conseil de l’Europe, les Nations Unies et l’OSCE et d’autres institutions avec des valeurs, vont pousser l’Ukraine à adopter des politiques et des pratiques conformes aux valeurs de sa constitution.

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