Ex-ministre irakien de la Défense: en 2004 le gouvernement irakien a été nommé depuis les Etats-Unis

Le Premier ministre irakien (2004-2005) Iyad Allaoui et le président américain (2000-2008) George Bush. Source: Reuters
Le Premier ministre irakien (2004-2005) Iyad Allaoui et le président américain (2000-2008) George Bush.

Des «inspecteurs» américains au sein du gouvernement et des promesses non tenues - Hazem Shaalan, un ministre de l'époque du premier gouvernement d'après Saddam, dévoile le mensonge des Etats-Unis.

RT : A quel point étiez-vous indépendant dans la prise de décisions au sein de votre ministère ?

Hazem Shaalan (H. S.) : Je n'étais pas indépendant dans mon ministère [...] Au sein du ministère, dans chaque département il y avait des inspecteurs américains. Il y avait aussi des Australiens et des Britanniques. Il n'y avait pas un seul département sans inspecteur au ministère. Quand on a commencé à entendre des cris parlant de corruption au sein du ministère de la Défense, personne, y compris [l'ancien Premier ministre irakien] Iyad Allaoui, n’a osé affirmer que le ministère de la Défense était contrôlé par l'armée américaine.

Les décisions du Premier ministre étaient approuvées par les Américains

RT : Malgré le fait qu’Iyad Allaoui et son équipe aient été élus ?!

H. S. : Nous avons tous été nommés par un [chef de l'administration civile intérimaire en Irak, le diplomate américain Paul] Bremer. Le premier gouvernement irakien a été nommé directement par Bremer. Il n'y a pas eu d'élections. Il [Allaoui] a été nommé par les Américains et moi [aussi] j'ai été nommé par les Américains. Il y avait des inspecteurs américains et avec lui, et avec moi.

RT : Comment preniez-vous vos décisions ?

Nous ne disons pas que Saddam Hussein était un raté dans toutes les phases de sa vie politique. Non, Saddam Hussein a construit un pays

H. S. : Les décisions du Premier ministre étaient approuvées par les Américains [...] Notre gouvernement n'a pas été un gouvernement élu. Nous avons été nommés. Nous étions protégés par la décision de Bremer. En d’autres termes, celui qui travaillait avec les Américains, était affranchi de toute responsabilité relative aux manquements dans son travail.

RT : Les Américains informaient-ils les autorités locales des tortures qu’ils infligeaient aux prisonniers dans les prisons irakiennes ?

H. S. : Non, nous n’en étions pas informés. Nous ne pouvions même pas aller dans les prisons sans une autorisation spéciale [des Américains].

RT : Qu’avez-vous ressenti en voyant les photos des tortures exercées par des soldats américains contre les Irakiens ? Cela a-t-il changé votre perception des Américains ?

H. S. : C’étais très malheureux... Mais mes idées sur les Américains avaient changé bien plus tôt, immédiatement après mon arrivée en Irak [de retour d'Angleterre].

RT : Soutenez-vous ceux qui sont nostalgiques de l'époque de Saddam Hussein  ?

Les Américains sont précisément la cause de tous les changements qui ont lieu en Irak

H. S. : Nous ne disons pas que Saddam Hussein était un raté dans toutes les phases de sa vie politique. Non, Saddam Hussein a construit un pays. Des milliers d'ingénieurs travaillaient en Irak dans tous les domaines. En outre, [il y avait] des médecins, du personnel militaire, des gens très instruits [...] Oui, il y a de la nostalgie de cette époque. Il n'y avait pas d'hostilité entre les Irakiens. Nous étions des gens ordinaires. Un étudiant était un étudiant, un fonctionnaire – un fonctionnaire, un ouvrier – un ouvrier.

RT : Pensez-vous que les Américains sont responsables des troubles que connaît actuellement l’Irak et libérant le soi-disant chaos que contrôlait Saddam Hussain, en chassant ce dernier du pouvoir ?

H. S. : Les Américains sont précisément la cause de tous les changements qui ont lieu en Irak [...] Nous avons été choqués par la destruction totale qui a commencé : infrastructures, bâtiments, etc. Et quand nous avons demandé aux Américains pourquoi ils faisaient ça, on nous a répondu qu’après la dévastation, commencerait la reconstruction. Ils ont dit : «Nous allons construire mieux que ce que c’était». Telles étaient les promesses. Mais elles n’ont pas été tenues et maintenant, nous ne pouvons même pas faire croire à un enfant irakien que son avenir sera meilleur.

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