L'Europe du Nord se tournerait vers l'OTAN car l'UE ne représente aucune protection

© Kevin Lamarque Source: Reuters

Les Etats-Unis comme la Russie s’orientent vers une logique de tensions très fortes dans l'espace baltique, estime l'analyste géopolitique Cyril Bret, commentant le sommet entre les Etats-Unis et l'Europe du nord.

RT France : Quels sont les enjeux les plus importants qui ressortent du sommet Etats-Unis - pays d'Europe du nord ?

Cyril Bret (C. B.) : Je pense que l’enjeu le plus important est que les Etats-Unis, les membres de l’OTAN et les pays de l’espace baltique sont en train de préparer les grandes échéances qui arrivent pour le printemps et l’été : premièrement, la discussion au parlement suédois sur l’accord avec l’OTAN de facilité de transit - qui n’est pas un accord d’adhésion -, puis la préparation des trois grandes échéances de juillet : le sommet de l’OTAN qui aura lieu à Varsovie, les exercices annuels Baltops qui donnent toujours lieu à des tensions très vives entre les troupes de l’OTAN et soit la marine, soit la chasse russe, et enfin le plus important pour les Européens : la réunion qui aura lieu au Conseil de l’Union européenne sur la levée, le maintien ou le démantèlement partiel des sanctions à l’égard de la Fédération de Russie. L’enjeu le plus important est que les Etats-Unis ont créé autour d’eux, durant ce sommet, une unanimité sur la ligne dure dans la perspective de ces trois échéances.

La Russie est l’Etat baltique le plus puissant et tous les Etats baltiques voisins ont pour axe principal de leur politique étrangère la résistance à l’influence russe

RT France : D’où vient cette unanimité entre les Etats-Unis et leurs alliés nordiques quant à la prolongation des sanctions à l’égard de la Russie ?

C. B. : C’est tout simplement l’héritage historique et la position géographique. La Russie est l’Etat baltique le plus puissant et tous les Etats baltiques voisins, qu’ils aient une tradition de neutralité comme la Finlande et la Suède ou qu’ils aient rejoint l’OTAN comme les Etats baltes et la Pologne, ont pour axe principal de leur politique étrangère la résistance à l’influence russe et par conséquence une alliance sans faille - pour le moment en tous cas - avec la seule instance qui leur paraît capable de garantir leur sécurité et la résistance à la puissance russe, c’est-à-dire l’OTAN. D’ailleurs, on voit bien que dans l’espace baltique, l’Union européenne n’est pas considérée comme une alliance de rechange, comme une protection ou comme une garantie à l’égard de la Russie.

L’enclave de Kaliningrad est un levier de puissance très important pour la Russie et une gêne avérée pour l’OTAN

RT France : Pourquoi les pays nordiques considèrent-ils la Russie comme une menace ?

C. B. : Ce n’est pas forcément une menace mais en tous cas une puissance. Je pense que le motif principal de leur position est leur faiblesse relative - démographique, économique et militaire. La Suède et la Finlande - et je ne parle pas des pays baltes - sont des nains militaires comparés à la Russie. C’est avant tout leur propre faiblesse qui les fait se tourner vers l’OTAN.

RT France : Cette peur de la Russie, de la part de ces pays, est-elle justifiée ?

L’OTAN rassure à la fois les pays nordiques et baltiques mais sa grande maladresse est que l’OTAN reprend le fil des années 2000 dans son attitude envers la Russie

C. B. : Il ne faut pas oublier que ce sont des pays qui sont très difficilement défendables puisque ce sont de très grands espaces relativement vides, qui du fait de leur tradition de neutralité, ont des forces militaires axées sur la défense et qui sont numériquement très faibles. Ce sommet entre les Etats-Unis et les pays nordiques acte donc le fait que les Etats-Unis comme la Russie s’orientent vers une logique de tensions très fortes dans cet espace. C’est très important. Cela fait deux ans que je dis que les tensions vont se déplacer de l’Europe centrale vers l’espace baltique, un espace très exigu, très entremêlé. L’enclave de Kaliningrad est un levier de puissance très important pour la Russie et une gêne avérée pour l’OTAN. On l’a vu dans l’exercice Baltops de 2015.

RT France : La semaine dernière un site du bouclier anti-missile a été inauguré en Roumanie. Serait-ce encore un pas en avant dans les tensions entre les Etats-Unis et la Russie ?

C.B. : Tout à fait. L’OTAN rassure à la fois les pays nordiques et baltiques mais sa grande maladresse est que l’OTAN reprend le fil des années 2000 dans son attitude envers la Russie. Le bouclier anti-missile est en train de redevenir un point de tensions très fortes entre la Russie et l’OTAN.

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